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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101138

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101138

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, M. B C, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jour et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 février 2022 à 12 h 00.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant malien né le 16 février 1997, est entré en France le 8 juillet 2017. Le 19 janvier 2018, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le refus opposé à sa demande par le préfet de Seine-et-Marne a été annulé par un jugement n° 1806643 du tribunal administratif de Melun du 27 février 2020, en raison d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. A l'issue du réexamen de sa demande, le préfet de Seine-et-Marne a, par l'arrêté du 10 septembre 2020, dont M. C demande l'annulation, refusé à nouveau de lui délivrer un titre de séjour, obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () ".

3. Si M. C fait valoir son entrée en France le 8 juillet 2017 afin de rejoindre son père, naturalisé français depuis 2007, ayant fondé une famille en France et entrepris de nombreuses démarches depuis 2007 afin que le requérant puisse le rejoindre sur le territoire français, ces considérations ne suffisent pas à caractériser un motif exceptionnel, ni davantage une circonstance humanitaire, au sens et pour l'application de l'article L. 313-14 précité, justifiant que le préfet de Seine-et-Marne fasse usage de son pouvoir de régularisation à son égard. Ainsi, en l'état des éléments versés au dossier, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 423-23 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé, notamment, sur son entrée récente sur le territoire, alors qu'il a vécu 20 ans au Mali, sur son absence de ressources et d'activité professionnelle caractérisant une absence d'intégration et l'absence d'élément attestant de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de sa relation avec son père. Il ressort des pièces du dossier que le père de M. C a sollicité le bénéfice du regroupement familial pour le requérant, demande qui n'a pu aboutir en raison de la naturalisation obtenue par son père en 2007. Puis, ce dernier a effectué deux tentatives en 2008 et 2013, en vain, pour obtenir un visa de long séjour, en qualité d'enfant de français, au bénéfice du requérant, qui ont échoué en l'absence de production de document authentique établissant leur filiation. Toutefois, hormis l'hébergement du requérant par son père et l'ensemble des démarches émanant de ce dernier, lesquelles peuvent caractériser un lien entre celui-ci et son fils, il ne ressort de ces pièces que les transferts d'argent émanant du père, notamment en 2010, 2011, 2013 et 2015, sans aucun autre élément, notamment des relevés téléphoniques, permettant d'établir le caractère stable, ancien et intense de leur relation, alors que le père du requérant est présent en France depuis 2004 et que le requérant a vécu avec son oncle au Mali, où vit également sa mère, jusqu'à ses 20 ans. Par conséquent, dans les circonstances de l'espèce, et en l'état des éléments versés au débat, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, en édictant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, n'a pas méconnu les dispositions précitées de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment, ainsi que de l'absence de démarche particulière d'intégration sociale depuis l'entrée en France de M. C que, en prenant la décision attaquée, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour présentées par M. C doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être énoncé, que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de séjour, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, de sorte que le moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 613-1 du même code : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

10. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que sont mentionnées l'ensemble des considérations qui la fondent, notamment les différents textes applicables ainsi que les éléments tenant à la situation personnelle et familiale de M. C depuis son entrée en France, de sorte que le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet de Seine-et-Marne ait porté sur sa situation personnelle une appréciation manifestement erronée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent également être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

13. Si M. C conteste le délai de départ de trente jours accordé par le préfet de Seine-et-Marne, il ne fait état d'aucun élément ni circonstance de fait justifiant qu'un délai de départ plus long lui soit accordé. Ainsi, en l'état des écritures et des pièces du dossier, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision doit également être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doit être rejeté ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Rochiccioli.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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