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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101223

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101223

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantPITTI-FERRANDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 février 2021, 1er décembre 2022 et 23 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le maire de Maisons-Alfort a fait opposition à la déclaration préalable qu'il a déposée en vue de la fermeture d'un auvent au rez-de-chaussée de sa maison d'habitation située 62 rue Guy Moquet ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Maisons-Alfort une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de notification de la réception des pièces complémentaires demandées par la commune de Maisons-Alfort dans le cadre de l'instruction du dossier et que la réponse apportée par la commune de Maisons-Alfort lui a été notifiée à l'expiration du délai d'instruction ;

- l'arrêté en litige devant être regardé comme une décision de retrait d'une décision tacite de non opposition à déclaration préalable née au terme de l'instruction de la demande, cet arrêté est entaché d'un second vice de procédure tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable précédant le retrait d'une décision administrative créatrice de droit ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son projet est conforme à la réglementation applicable et qu'il avait obtenu l'accord de l'architecte des bâtiments de France ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le projet portant uniquement sur la fermeture d'un auvent, il ne peut être soumis aux dispositions des articles UM7, UM9 et UM13 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, au coefficient d'emprise au sol et à la réalisation d'espaces libres de plantations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, la commune de Maisons-Alfort, représentée par la SELARL Genesis avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas assortie de moyens au sens de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,

- et les observations de Me Menesplier pour la commune de Maisons-Alfort.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 décembre 2020, le maire de Maisons-Alfort a fait opposition à la déclaration préalable déposée en mairie le 31 août 2020 par M. B A portant sur la fermeture d'un auvent au rez-de-chaussée de sa maison d'habitation située 62 rue Guy Moquet. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le défendeur :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ".

3. Contrairement à ce qu'allègue la commune de Maisons-Alfort, M. A soutient dans sa requête introductive d'instance que l'arrêté attaqué a été pris sans que la commune lui ait préalablement notifié la réception des pièces complémentaires qu'elle lui avait demandées, que la réponse apportée par la commune de Maisons-Alfort lui a été notifiée à l'expiration du délai d'instruction et que son projet, qui avait obtenu l'accord de l'architecte des bâtiments de France, est conforme à la réglementation applicable. Cette requête est par suite suffisamment motivée. La fin de non-recevoir soulevée par la commune de Maisons-Alfort doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est d'un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () / c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; () ". Aux termes de l'article R. 423-22 de ce code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l' article R. 423-38 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R .423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R.423-42 à R. 423-49. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé le 31 août 2020 en mairie de Maisons-Alfort la déclaration préalable en litige. La demande de production de pièces manquantes par le service instructeur a été notifiée au requérant, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, le 2 octobre 2020, soit à l'expiration du délai prévu à l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, cette demande de pièce complémentaire, qui était tardive, n'a pu avoir pour effet de modifier le délai d'instruction fixé à l'article R. 423-24 du même code. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir qu'il était bénéficiaire d'une décision implicite de non opposition à déclaration préalable, laquelle est née le 1er octobre 2020, de sorte que l'arrêté attaqué du 18 décembre 2020 doit être regardé comme une décision de retrait de cette décision implicite.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () / retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-1 de ce dernier code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ()".

7. M. A soutient, sans être utilement contesté, ne pas avoir été mis à même de présenter des observations écrites ou orales préalablement au retrait de la décision implicite de non opposition à la déclaration préalable née le 1er octobre 2020. Par suite, l'arrêté du 18 décembre 2020 est entaché d'un vice de procédure.

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

9. En l'espèce, en ayant été empêché de pouvoir présenter ses observations avant l'intervention de la décision attaquée, M. A a été privé d'une garantie. Par suite, il est fondé à demander l'annulation de cette décision.

10. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le maire de Maisons-Alfort s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. A en vue de la fermeture d'un auvent au rez-de-chaussée de sa maison d'habitation doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Maisons-Alfort demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Maisons-Alfort une somme de 1 500 euros à verser à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le maire de Maisons-Alfort a fait opposition à la déclaration préalable déposée par M. B A est annulé.

Article 2 : La commune de Maisons-Alfort versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Maisons-Alfort au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Maisons-Alfort.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. D, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. DLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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