vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101364 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DES BOSCS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2021 et le 17 février 2023, la société par actions simplifiée Edifys, représentée par Me des Boscs, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 105 060 euros ainsi que la décision du 15 décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société a satisfait à l'obligation de vigilance qui lui était imposée en se faisant présenter, lors de l'embauche, des cartes nationales d'identité dont elle ignorait le caractère frauduleux et a cru, de bonne foi, que ses salariés étaient de nationalité portugaise ;
- la société n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, l'enquête ayant été classée sans suite ;
- à titre subsidiaire, dès lors que seul l'emploi de deux salariés peut lui être reproché, le calcul des contributions spéciale et forfaitaire retenu par l'OFII est erroné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la société Edifys ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 27 mai 2019 sur un chantier réalisé par la société Edifys, les services de la gendarmerie nationale ont constaté la présence de
dix ressortissants brésiliens dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'OFII en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 17 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société RTC la contribution spéciale mentionnée à l'article
L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 72 400 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 32 660 euros. La société Edifys demande au tribunal d'annuler la décision du
17 septembre 2020 ainsi que celle du 15 décembre 2020 par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article
L. 5312-1 ".Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".
3. Il résulte des dispositions précitées que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
4. La société Edifys soutient qu'elle ne peut être sanctionnée dès lors que les
dix salariés mentionnés dans la décision en litige, lui ont tous remis lors de leur embauche, une carte nationale d'identité portugaise dont elle ne soupçonnait pas le caractère frauduleux. Elle a d'ailleurs produit la photocopie des cartes d'identité portugaises de sept de ces dix salariés. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal d'infraction que les gendarmes ont constaté la présence de dix ressortissants brésiliens travaillant sur un chantier pour le compte de la société Edifys et que huit des dix salariés, M. B F, M. B C, M. H, M. I, M. L, M. G, M. K et M. J ont déclaré avoir présenté une fausse carte d'identité portugaise au gérant de la société Edifys et ne jamais l'avoir informé de leur situation administrative réelle. En revanche, il résulte de l'instruction que M. D F a indiqué n'avoir fourni, lors de son embauche, qu'une photocopie de sa fausse carte d'identité portugaise et M. A E, qu'un passeport brésilien. Dans ces conditions, et alors qu'elle n'était pas tenue d'effectuer les vérifications auprès des services de la préfecture pour s'assurer de l'authenticité des cartes nationales d'identité portugaise, qui ne présentaient pas de caractère manifestement frauduleux, bien qu'elles se sont avérées être des faux, la société Edifys peut utilement se prévaloir de sa bonne foi en ce qui concerne l'emploi de M. B F, M. B C, M. H, M. I, M. L, M. G, M. K et M. J. En revanche, au vu des déclarations de M. D F et M. A E devant les services de gendarmerie et en présence d'un interprète assermenté, la société Edifys n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a fait une inexacte application des dispositions précités au point 5 concernant ces deux salariés.
5. En second lieu, ni les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail ni celles de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 2, ne subordonnent la mise à la charge de l'employeur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire à la condition que les faits qui les fondent constituent une infraction pénale. Par suite, la société Edifys ne peut utilement se prévaloir du classement sans suite de l'enquête pénale par le procureur de la République de Meaux.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Edifys est fondée à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'OFII du 17 septembre 2020 ainsi que de la décision du 15 décembre 2020 rejetant son recours gracieux en ce qu'elles lui appliquent les contributions spéciale et forfaitaire pour l'emploi de M. B F, M. B C, M. H, M. I, M. L, M. G,
M. K et M. J et que le surplus de sa requête doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Edifys au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 septembre 2020 et sa décision du 15 décembre 2020 rejetant le recours gracieux formé par la société Edifys sont annulées en tant qu'elles appliquent la contribution spéciale et la contribution forfaitaire au titre de l'emploi de M. B F, M. B C, M. H, M. I, M. L, M. G, M. K et M. J.
Article 2 : L'Etat versera à la société Edifys une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Edifys, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
La rapporteure,
F. BouchetLe président,
T. GallaudLa greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026