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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101526

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101526

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOROSOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février et 29 juillet 2021, Mme E A, représentée par Me Morosoli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a refusé le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de la jeune D C ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation de regroupement familial depuis la France en faveur de la mineure, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et subsidiairement de réexaminer sa demande dans le délai de trente jours suivant cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme A soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de vérification des conditions du regroupement familial par l'OFII par application des articles L. 421-3 et R. 421-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 §1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne entrée en France en 2016 et titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2027, a sollicité le 19 août 2019, sur le fondement de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de la jeune D C, née le 23 mars 2005, qui lui a été confiée par un acte de recueil légal algérien du 8 septembre 2008, dit " B ". Cette demande a été implicitement puis, par décision expresse du 22 juillet 2021, explicitement rejetée par la préfète du Val-de-Marne. Mme A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle entend faire application, précise que l'enfant recueilli légalement par B judiciaire résidant aux côtés de la requérante sur le territoire français est dispensé de posséder un titre de séjour avant sa majorité et devra solliciter, à cette majorité, la délivrance d'une carte de séjour au regard de ses attaches familiales sur le territoire. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 411-5. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " A l'issue de l'instruction, le maire émet un avis motivé. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. Le dossier est transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui peut demander à ses agents de procéder, s'ils ne l'ont déjà fait, à des vérifications sur place dans les conditions prévues à l'article L. 421-2. " ; et aux termes de l'article R. 421-19: " Dès réception du dossier et de l'avis motivé du maire ou, à défaut d'avis, à l'expiration du délai mentionné à l'article R. 421-18, l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° Vérifie, le cas échéant, le respect des conditions de ressources et de logement prescrites aux articles R. 411-4 et R. 411-5 () ". Par ailleurs l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, stipule que " () Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Si les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France, le préfet n'en est pas moins tenu, lorsqu'il envisage de rejeter, en raison de ses conditions de logement ou de ses ressources, la demande de regroupement familial présentée par un ressortissant algérien, de consulter le maire de la commune de résidence de celui-ci, dans les conditions prévues aux articles L. 421-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Si Mme A se prévaut de ce que le maire de sa commune de résidence n'a pas été consulté comme le prévoient les dispositions citées au point 5, il ressort des pièces du dossier que le préfet ne s'est pas fondé sur l'insuffisance des ressources de la requérante mais sur la circonstance que la mineure, demeurant en France, était dispensée de posséder un titre de séjour avant sa majorité. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir de l'irrégularité de la procédure et ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A, qui vit en France avec la mineure au titre d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2027, de la jeune D C, dès lors que cette dernière n'a pas à justifier d'un titre de séjour pour résider en France jusqu'à sa majorité. Par suite, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Compte tenu des motifs exposés au point 7 et de la circonstance que la décision attaquée ne prive pas la mineure de solliciter, à sa majorité, un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations qui viennent d'être citées doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui sont évoquées ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle comporte pour la situation de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-de-Marne du 22 juillet 2021.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée, y compris par voie de conséquence dans ses conclusions à fin d'injonction et dans ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la préfète du

Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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