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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101665

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101665

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre, JU
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2021, M. B A, représenté par la SCP Arents-Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le maire de Dammarie-les-Lys a prononcé à son encontre, un blâme, ensemble la décision du 2 février 2021 de la même autorité rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dammarie-les-Lys une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

- ces décisions sont entachées d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, la commune de Dammarie-les-Lys, représentée par l'AARPI Lexstep, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête signée par un tiers dont la qualité n'est pas précisée et qui ne justifie pas de mandat, est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté pour M. A, par la SCP Arents-Trennec, enregistré le 11 janvier 2021, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1093 ;

- la loi n° 84-56 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lopa Dufrénot, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

- et les observations de Me Van Elslande, représentant la commune de Dammarie-les-Lys.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 novembre 2020, le maire de Dammarie-les-Lys a prononcé à l'encontre de M. B A, titulaire du grade d'agent de maîtrise principal et représentant syndical, un blâme. Par décision du 2 février 2021, le maire a, par ailleurs, rejeté son recours gracieux. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivés. ". Aux termes du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ". L'article L. 211-5 du même code énonce que la motivation exigée doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. D'une part, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté en litige vise les dispositions des lois des 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux et expose les griefs reprochés à l'intéressé, en constituant les motifs, conformément aux dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 précitée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

5. D'autre part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

6. Il s'ensuit que M. A ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision du 2 février 2021 rejetant son recours gracieux une insuffisante motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. ". L'article 29 de la même loi énonce, dans son alinéa premier que toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. En outre, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ".

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. Pour prononcer la sanction en litige, le maire de Dammarie-les-Lys s'est fondé sur le manquement de M. A au devoir de dignité dès lors que le 17 septembre 2020, lors d'une réunion collective sur le lieu du service, il a, à travers ses propos et le ton virulent employé, adopté un comportement agressif à l'égard de la directrice des ressources humaines de la commune qui animait celle-ci, en l'interpellant sur la question de la prime " Covid ", étrangère au thème de la présentation, et à l'origine d'une contestation plus générale. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport disciplinaire du chef de services des espaces publics ainsi que du témoignage de la collaboratrice de la directrice des ressources humaines que, le 17 septembre 2020, dans la cour des espaces verts, à l'issue de la présentation par la directrice précitée du thème de la réunion du thème dédié au coffre-fort électronique destiné à la dématérialisation du bulletin de paie, à laquelle étaient conviés les personnels du service, un agent a abordé la question de la répartition de la prime " Covid ". Or, avant même que la directrice des ressources humaines ne puisse répondre à celle-ci, M. A se prévalant de sa qualité de " représentant du personnel 24H24 ", a, après avoir coupé la parole de celle-ci, exposé, de manière virulente, les décisions validées par les organisations syndicales sur cette question et évoqué sa situation personnelle, le nombre d'heures qu'il avait réalisées et le montant de la prime versée, contestant, de manière virulente, celui-ci, dans le cadre d'un échange vif et au cours duquel le ton employé est monté, à l'origine d'une contestation à laquelle ont pris part plusieurs agents, dans la confusion. Il n'est pas contesté que M. A a reproché le traitement défavorable, voire discriminatoire, réservé à ses demandes par le service des ressources humaines, suggérant à son interlocutrice de " peut-être changer de métier ". Ce n'est qu'au départ de celui-ci, le calme revenant que la directrice des ressources humaines a pu poursuivre l'échange avec les autres agents. Eu égard aux conditions dans lesquelles cet échange s'est déroulé, du ton employé par celui-ci et des propos tenus, alors même que M. A est intervenu à la suite de la question posée par un autre agent, étrangère au thème de la réunion, source de tensions au sein des services, préexistante à la réunion en cause, qu'il n'a pas proféré d'injure, que la réunion a eu lieu en plein air et qu'éloignée de la directrice, il a dû hausser le ton, les faits reprochés ne sont pas matériellement inexacts. D'autre part, ceux-ci ont constitué un manquement au devoir de dignité qui incombe à tout fonctionnaire, dans l'exercice de ses fonctions, de nature à justifier une sanction disciplinaire. Dès lors, M. A ne peut soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur dans leur qualification juridique.

10. Enfin, si M. A invoque le caractère disproportionné de la sanction en litige, il n'apporte aucune précision suffisante permettant d'en apprécier par le magistrat désigné. Au demeurant, alors même que les faits reprochés sont isolés, eu égard à leur gravité, la sanction en cause ne revêt pas un caractère disproportionné.

11. En dernier lieu, M. A n'établit pas qu'eu égard à sa qualité de représentant syndical, l'arrêté en cause aurait pour objet de l'intimider afin de limiter sa liberté d'expression et que l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Dammarie-les-Lys du 12 novembre 2019 et de la décision de la même autorité de 2 février 2021.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dammarie-les-Lys, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M A une somme de 100 euros au titre des frais exposés par la commune de Dammarie-les-Lys et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Dammarie-les-Lys une somme de 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Dammarie-les-Lys.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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