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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101766

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101766

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSALMON ET CHRISTIN ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 février 2021, 22 avril 2021 et 7 juillet 2021, Mme D B, représentée par le cabinet d'avocats Salmon et Christin associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel le maire de l'Haÿ-les-Roses a délivré à la SCI Magnolias un permis de construire valant permis de démolir en vue de l'extension d'un immeuble à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section AL n° 0097 située 7 rue Leforestier ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de l'Haÿ-les-Roses une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, en l'état de ses dernières écritures, que :

- sa requête est recevable ; en particulier, elle dispose d'un intérêt pour agir ;

- le dossier de permis de construire méconnaît les dispositions du f) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dès lors que la notice architecturale présente des inexactitudes en ce qui concerne les dimensions de la construction, la longueur du toit terrasse et la surface de la cave après réalisation du projet en l'absence de cotation des emmarchements de la porte sur les plans ;

- le projet en litige méconnaît les dispositions du point 3-1 de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dès lors qu'il a pour effet de condamner un accès à l'arrière de sa maison située au Sud-Est et qu'en cas d'incendie, il existerait un risque pour la sécurité des personnes puisqu'elles ne pourraient plus évacuer par l'arrière comme elles le peuvent aujourd'hui et les services de lutte contre l'incendie ne pourraient plus intervenir ;

- il méconnaît les dispositions du point UD 4-1 de l'article UD 4 de ce règlement dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer comment le branchement sur le réseau d'eau existant sera réalisé pour raccorder les appareils électroménagers qui seront présents dans la buanderie prévue au premier étage ; il méconnaît les dispositions du point 7-3 de l'article UD 7 de ce règlement dès lors que, quand bien même la terrasse serait inaccessible, la construction aurait dû prévoir l'installation d'un dispositif écran d'une hauteur de 1,90 mètres puisque l'aplomb de la toiture terrasse qui sera construite se situe à 2,85 mètres de la limite séparative, soit à moins de six mètres de cette limite ;

- il méconnaît les dispositions du point 9-1 de l'article UD-9 de ce règlement dès lors que l'autorité compétente n'a pas été en mesure d'apprécier la conformité du projet à l'égard de ces dispositions, le dossier de demande permis de construire ne précisant pas l'emprise au sol des constructions ;

- il méconnaît les dispositions des points 11-1 et 11-3-2 de l'article UD 11 de ce règlement dès lors que le projet d'extension prévoit la création d'une toiture à une seule pente sur le versant Nord et une toiture terrasse sur le versant Sud qui donne sur le fond de son terrain et qu'en dépit d'un accord qui aurait été donné par l'architecte des bâtiments de France, la construction projetée rompt l'harmonie de l'environnement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er avril 2021 et 9 juin 2021, la commune de l'Haÿ-les-Roses, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de Mme B ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Morisset,

- et les conclusions de M. Zanella, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° PC 094 038 20 W 1014 du 2 septembre 2020, le maire de l'Haÿ-les-Roses a délivré à la SCI Magnolias un permis de construire valant permis de démolir en vue de l'extension d'un immeuble à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section AL n° 0097 située 7 rue Leforestier. Le 2 novembre 2020, Mme D B a exercé contre cet arrêté un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 29 décembre 2020. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2020 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 29 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " La demande de permis de construire précise : () / f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ().

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Si Mme B soutient que la notice contenue dans la demande de permis de construire contiendrait des inexactitudes quant aux dimensions de la maison sur le côté, il ressort des pièces du dossier que la différence constatée avec le plan de masse provient de ce que la notice prend en compte, contrairement à ce plan, les emmarchements de la porte de garage sud. Il ressort de ces mêmes pièces que la surface de la cave au rez-de-chaussée, après réalisation du projet, doit rester identique à l'existant alors qu'en tout état de cause, le service instructeur disposait de plans cotés du rez-de-chaussée avant et après travaux pour permettre d'apprécier ces surfaces. Les inexactitudes relevées lorsqu'elles existent, n'ont pas été, en l'état du dossier, de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du f) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du point 3-1 de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de l'Haÿ-les-Roses : " Dispositions générales / La constructibilité du terrain n'est applicable que par rapport aux voies publiques ou privées d'une largeur d'au moins 3,5 m. A le cas contraire, seule l'amélioration de l'habitat pourra être autorisée. / Tout terrain doit être desservi par une voie publique ou privée en bon état de viabilité et présentant des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. / En conséquence, toute construction ou autre mode d'occupation du sol peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par une voie publique ou privée permettant la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de masse contenus dans la demande de permis de construire, que si l'extension projetée aura pour effet de condamner l'accès donnant en fond de parcelle, l'accès du terrain reste néanmoins possible, notamment par une entrée charretière de quatre mètres de large et un portillon piéton. Si la requérante soutient, néanmoins, que la suppression de l'accès en fond de jardin empêchera les services de lutte contre l'incendie d'intervenir en cas de nécessité, elle n'apporte au soutien de son allégation aucun élément de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé alors qu'au surplus, il résulte de ces mêmes pièces que le projet est desservi par la rue Leforestier dont les caractéristiques n'apparaissent pas insuffisantes pour permettre leur intervention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du point 3-1 de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du point 4-1 de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " Eau / Le branchement sur le réseau d'eau existant est obligatoire pour toute construction qui requiert une alimentation en eau. / Les compteurs d'eau devront obligatoirement être sur le domaine privé en limite des voies et emprises publiques au sens de l'article 6 du présent règlement ".

8. Alors que le projet ne porte que sur une extension de dimension limitée, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de masse " existant ", " démolition " et " projet " que la construction existante est déjà raccordée au réseau d'eau potable, ces plans indiquant les branchements ainsi que la présence de deux cuves installées en fond de parcelle pour la rétention des eaux de pluie et pour la rétention supplémentaire de ces mêmes eaux. A ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du point 4-1 de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes du point 7-3 de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " Modalités de calcul du retrait : / () Pour les terrasses et les balcons : / L'aplomb des terrasses et balcons d'une hauteur de plus de 0,60 m par rapport au terrain naturel, comportera un dispositif écran de 1,90 m de hauteur, lorsqu'il se situe à moins de 6 m des limites séparatives. / Ce dispositif écran ne sera pas exigé pour les balcons en façade sur rue, sauf lorsqu'ils sont implantés à moins de 2,50 m des limites séparatives. () Ne sont pas considérés comme constituant des vues au sens du présent règlement : () les terrasses inaccessibles (absence d'ouverture de toute nature donnant sur la terrasse). ".

10. La requérante soutient que le projet aurait dû prévoir l'installation d'un dispositif écran d'une hauteur de 1,90 mètres dès lors que l'aplomb de la toiture terrasse se situera à 2,85 mètres de la limite séparative. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du " plan de façade projeté DD " et du document d'insertion dans le site " PCMI 06 ", qu'aucune ouverture ne donne accès au toit terrasse considéré. Dès lors, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions du point 7-3 de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. En cinquième lieu, en vertu du point 9-1 de l'article UD 9 du règlement du plan local d'urbanisme, l'emprise au sol maximale des constructions est limitée, en zone UDa, à 40 %, ce qui représente, en l'espèce, pour une parcelle de 435 m², une emprise maximale de 174 m². Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de niveau rez-de-chaussée du projet et du plan de toiture, que l'emprise au sol de la construction est inférieure à l'emprise maximale autorisée. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article UD 9-1 du règlement du plan local d'urbanisme.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " 11-1 Dispositions générales : Les quartiers pavillonnaires se caractérisent très majoritairement par la présence de maisons individuelles avec des toitures à pente. Les constructions nouvelles et les extensions des constructions existantes doivent veiller à s'insérer harmonieusement dans cet environnement. La volumétrie, les caractéristiques des toitures, l'organisation des façades (localisation, taille des ouvertures) doivent être conçues en conséquence. Une attention toute particulière doit être portée au traitement de la façade et de la volumétrie de la construction en vis-à-vis de la rue qui doit garantir, notamment par l'utilisation à titre principal de toitures à pentes, la préservation d'une unité et de l'identité du quartier. Une façade aveugle sur rue ne peut être admise. / Par leur volume, leur architecture, les matériaux employés, les couleurs, les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage urbain dans lequel elles sont situées. / Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. (Code de l'Urbanisme Art R.111-21). / Pour les constructions existantes : L'architecture et la volumétrie des constructions anciennes ou présentant un intérêt architectural doivent être respectées lors de ravalement ou de réhabilitation. Toute extension de bâtiment doit respecter l'architecture d'origine. Les extensions réalisées côté jardin peuvent avoir un traitement architectural contemporain. Ce dernier peut également se retourner sur le pignon dans la mesure où la partie en vis à vis de la rue conserve un aspect principal avec une toiture à pente. / Pour les maisons jumelles, de manière générale, on veillera à assurer l'harmonie d'origine entre les deux parties de l'édifice. () / 11-3-2 Les façades : Les façades latérales et postérieures des constructions doivent être traitées avec le même soin que les façades principales et en harmonie avec celles-ci. / Les matériaux tels que carreaux de plâtre, briques creuses, parpaings, destinés à être recouverts d'un parement ou d'enduits, ne peuvent être laissés apparents sur les parements extérieurs des constructions, ni sur les clôtures () ".

13. Selon le règlement du plan local d'urbanisme qui lui est applicable, la zone UD correspond aux secteurs de la commune à dominante pavillonnaire où sont admis les petits immeubles collectifs d'habitation et les activités compatibles avec les caractéristiques de la zone. Le secteur UDa, dans lequel se situe plus particulièrement la parcelle formant l'assiette du projet, est une " zone à faible volumétrie du plateau et du fond de vallée de la Bièvre ". Il ressort des pièces du dossier, que les toits projetés sont en pente hormis le toit terrasse prévu par le projet, en façade Sud, qui n'est pas visible de la voie publique, le principe même d'un toit terrasse n'étant pas, au surplus, exclu par les dispositions précitées. Par ailleurs, les façades sont toutes traitées avec le même soin et s'inscrivent dans le style architectural de leur environnement. Alors que, de plus, le projet se situe dans le périmètre délimité des abords ou dans le champ de visibilité d'un monument historique, l'architecte des bâtiments de France a donné son accord par une décision du 2 juin 2020. A ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient la requérante, que la construction projetée serait de nature à rompre l'harmonie de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de l'Haÿ-les-Roses, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme B de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à la commune de l'Haÿ-les-Roses et à la SCI Magnolias.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. C, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023

La rapporteure,

A. MORISSET

Le président,

M. CLa greffière,

G. AUMOND

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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