vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101778 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SANCHEZ JEAN-NOËL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 février 2021 et 15 juillet 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Chicken Time's, représentée par Me Sanchez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 18 898 euros ainsi que la décision du 26 janvier 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 000 euros en application
de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 26 janvier 2021 est entachée d'un vice de procédure, en ce qu'elle a ajouté au stade du recours gracieux le nom d'un second salarié non visé dans la première décision ;
- les décisions attaquées méconnaissent le principe de la présomption d'innocence ;
- la société requérante et le gérant ont été relaxés par le tribunal correctionnel de Melun le 31 mai 2021 ;
- c'est à tort que les contributions lui ont été appliquées car elle a réalisé toutes les démarches exigées par le code du travail lors de l'embauche.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 mai 2021 et 19 juillet 2021, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SASU Chicken Time's ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 2 octobre 2018 au sein d'un restaurant exploité par la société Chicken Time's, les services de police ont constaté la présence en action de travail de deux ressortissants sri-lankais dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 22 octobre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société Chicken Time's la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 280 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros. La société requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 22 octobre 2020 ainsi que celle du 26 janvier 2021par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () " et aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
4. En premier lieu, la société requérante soutient que la procédure est irrégulière à l'égard du salarié dénommé M. B, au motif que son nom n'apparaît que dans la décision rejetant son recours gracieux. Cependant, la décision du directeur de l'OFII
du 22 octobre 2020 mentionne explicitement deux travailleurs distincts qu'elle désigne comme, d'une part, M. C et, d'autre part, un salarié travaillant sous l'identité usurpée de M. A. Il résulte de l'instruction que, lors du contrôle de police, ces deux salariés se sont présentés aux enquêteurs sous les noms de M. C et M. A. Lors de son audition, le second salarié a admis se nommer en réalité M. B mais s'être présenté lors de son embauche sous l'identité usurpée d'un ami, M. A et avoir fourni le titre de séjour dont celui-ci était titulaire. Le gérant de la société Chicken Time's a déclaré aux services de police que M. C et M. A étaient tous deux salariés de cette société et qu'il ignorait que le second salarié, M A se nommait en réalité M. B. Ainsi, c'est à tort que la société requérante affirme que M. C et l'individu utilisant l'alias M. A sont une et même personne et que dans sa décision du 22 octobre 2020, le directeur de l'OFII n'a visé qu'un seul salarié.
5. En deuxième lieu, le principe de présomption d'innocence ne fait pas obstacle à ce que le directeur général de l'OFII inflige les sanctions prévues par les dispositions précitées des articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'employeur d'un étranger démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans attendre l'issue d'éventuelles poursuites pénales ou indépendamment de telles poursuites.
6. En troisième lieu, l'autorité de la chose jugée au pénal ne s'impose à l'administration comme au juge administratif qu'en ce qui concerne les constatations de fait que les juges répressifs ont retenues et qui sont le support nécessaire du dispositif d'un jugement devenu définitif, tandis que la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les mêmes faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction administrative. Il n'en va autrement que lorsque la légalité de la décision administrative est subordonnée à la condition que les faits qui servent de fondement à cette décision constituent une infraction pénale, l'autorité de la chose jugée s'étendant alors exceptionnellement à la qualification juridique donnée aux faits par le juge pénal. Ni les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail ni celles de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent la mise à la charge de l'employeur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire à la condition que les faits qui les fondent constituent une infraction pénale. Par suite, la société Chicken Time's ne peut utilement se prévaloir du jugement de relaxe du tribunal correctionnel de Melun en date du 31 mai 2021.
7. En quatrième et dernier lieu il résulte des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, l'article L. 5221-8 du code du travail dispose que " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ".
8. Il est constant que lors de l'embauche de M. B en avril 2014, ce dernier a prétendu se nommer M. A et a présenté à son futur employeur l'original du titre de séjour délivré à ce nom. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que, d'une part, son employeur ait accompli les formalités exigées par l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il ait vérifié la correspondance entre la photographie du titre de séjour et l'individu se présentant devant lui, ce qui lui aurait permis d'être en mesure de savoir que ce document procédait d'une usurpation d'identité. En ce qui concerne l'embauche de M. C en octobre 2014, il ne résulte pas davantage de l'instruction que la société Chicken Time's se soit acquittée des obligations qui lui incombent. Si, au cours de son audition devant les policiers, le gérant de cette société a allégué, au demeurant sans en justifier, que l'intéressé lui avait présenté un passeport et un récépissé de demande de carte de séjour, le salarié a déclaré qu'il n'avait présenté aucune pièce d'identité lors de son embauche et qu'il avait informé son employeur du fait qu'il ne disposait pas des documents nécessaires pour travailler. Enfin, le récépissé de demande de carte de séjour du salarié produit à l'appui de la requête ne permet pas de démontrer que l'employeur a accompli les diligences qui lui incombaient dans la mesure où ce document est daté du 18 décembre 2020. Dans ces conditions, le directeur de l'OFII n'a pas fait une inexacte application des articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Chicken Time's n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du directeur général de l'OFII du 22 octobre 2020 et
du 26 janvier 2021.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société Chicken Times's est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Chicken Time's, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
La rapporteure,
F. Bouchet
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026