jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101853 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | IBRAHIM FATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 février 2021, M. B D, représenté par Me Ibrahim, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2021 par lequel le préfet du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Val-de-Marne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît le principe du contradictoire prévu par l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et le décret du 28 novembre 1983.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a produit aucun mémoire en défense malgré une mise en demeure du 12 mai 2022.
Par une ordonnance en date du 2 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 octobre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Une note en délibéré présentée par la préfète du Val-de-Marne a été enregistrée le
20 octobre 2022, postérieurement à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant kosovare né le 24 septembre 1983 à Istok (Kosovo), entré irrégulièrement en France le 19 février 2015 selon ses déclarations, a sollicité la régularisation de sa situation administrative au regard du séjour. Par un arrêté du 28 janvier 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, M. A, sous-préfet de Nogent-sur-Marne et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet du Val-de-Marne du 8 septembre 2020, régulièrement publiée sous le numéro 2020/2516 au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, décisions engageant les crédits de l'État et documents relevant des attributions de l'État sur l'arrondissement de Nogent-sur-Marne () " à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () ; / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / (). / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. / () ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en fait comme en droit.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D comporte l'indication suffisante des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que l'ensemble des éléments de la situation personnelle dont le requérant se prévaut n'ait à être mentionné dans cette décision. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte de la décision refusant au requérant la délivrance d'un titre de séjour en application du dixième alinéa précité de l'article L. 511-1. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations suffisantes de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination dès lors qu'il vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité du requérant, en l'espèce kosovare, et mentionne que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées ou qu'il serait exposé à des traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté critiqué serait insuffisamment motivé manque en fait et ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté critiqué que le préfet du Val-de-Marne n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de M. D avant d'édicter à son encontre l'arrêté en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de la situation du requérant ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité préfectorale oblige un étranger à quitter le territoire français ainsi que les décisions prises pour l'exécution de ces mesures, notamment les décisions fixant le pays de renvoi, et, par suite, exclure, pour ces décisions, l'application des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, désormais codifié à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que celles du décret du 28 novembre 1983 qui n'étaient au demeurant plus en vigueur. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () ".
8. M. D se prévaut d'une durée de résidence en France de cinq ans, de son mariage avec une ressortissante française et de liens privés et familiaux en France. Toutefois, il n'est pas contesté que M. D, qui a déclaré être entré irrégulièrement en France le 19 février 2015, s'y maintient depuis cette date en situation irrégulière. S'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, célébré le 23 octobre 2020, soit près de trois mois à la date de l'arrêté contesté, il ne justifie pas de l'ancienneté de la vie commune avec son épouse antérieurement au mois de septembre 2020. M. D ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. D, qui ne peut être regardé comme dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans et où résident sa mère ainsi que trois sœurs, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D, qui ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11, n'est donc pas fondé à prétendre qu'il ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il suit de là que les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".
10. M. D soutient qu'il justifie d'une vie privée et familiale en France et qu'il exerce l'activité de peintre, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche dans l'attente de la régularisation de sa situation administrative et qu'il devait préparer avec son employeur un dossier de régularisation en qualité de salarié au regard des dispositions de l'article L. 313-14, dans le cadre de la circulaire du 28 novembre 2012. D'une part, les circonstances tirées de la vie privée et familiale du requérant telles qu'invoquées au point 8. du présent jugement, ne sont pas suffisantes pour répondre à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si M. D produit une promesse d'embauche de la société Art Reno, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée en qualité de peintre façadier, cette circonstance n'est pas suffisante pour caractériser un motif humanitaire ou une circonstance exceptionnelle d'admission au séjour au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2021 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
- Mme Réchard, première conseillère,
- Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2101853
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026