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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101902

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101902

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mars 2021 et le 1er juin 2023, M. B A, représenté par Me Semak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient antérieurement été accordées en qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 9 novembre 2020, ou à titre subsidiaire à compter du 3 décembre 2020, dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'administration n'a pas procédé à un entretien personnel permettant d'évaluer sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen en ce que n'ont pas pris en compte les motifs légitimes pour lesquels il avait déposé une nouvelle demande d'asile en France et sa vulnérabilité ;

- c'est à tort que le directeur général de l'OFII a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil alors qu'il est titulaire d'une attestation de demande d'asile en procédure normale en cours de validité ;

- c'est à tort que le directeur général de l'OFII a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil alors qu'il ne rentrait dans aucun des cas prévus par l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de lui en refuser le bénéfice ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 et R. 744-14 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la décision de suspension a été prise sur un motif erroné et alors qu'il n'avait commis aucune fraude.

Par des mémoires en défense, enregistré le 2 mai 2023 et le 8 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/000260 du 21 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a présenté une demande d'asile le 25 mars 2019 et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 12 mars 2020, le directeur général de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait ainsi M. A au motif que celui-ci a présenté une nouvelle demande d'asile en France le 16 janvier 2020 après avoir été transféré vers l'Italie le 13 novembre 2019. Après l'expiration des délais de transfert, M. A a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 9 décembre 2020 dont M. A demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et mentionne que M. A a accepté le 25 mars 2019 les conditions matérielles d'accueil qui lui avait été proposées, leur suspension par une décision du directeur général de l'OFII au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et enfin que les motifs qu'il invoquait ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations. Elle précise en outre que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité particulier. La décision, qui n'a pas à faire référence de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".

4. Si les dispositions qui viennent d'être citées imposent un entretien personnel lors de la présentation de la première demande d'asile permettant d'évaluer la vulnérabilité d'un demandeur d'asile, elles n'imposent pas à l'administration de procéder à un nouvel entretien lorsqu'elle examine une demande de rétablissement de conditions matérielles d'accueil qui ont été précédemment suspendues. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un nouvel entretien avant que le directeur général de l'OFII ne prenne la décision attaquée alors même qu'il ne justifie ni même allègue d'une modification de situation personnelle depuis l'entretien personnel et l'évaluation de sa vulnérabilité qui avaient été réalisés en mars 2019 par les agents de l'OFII.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant notamment en ce qui concerne les motifs pour lesquels il n'était pas resté sur le territoire italien après son transfert ainsi que sa vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il disposait du résumé de l'entretien individuel de M. A et du compte rendu de l'évaluation de sa vulnérabilité réalisés en mars 2019, des observations qu'il avait faites le 20 janvier 2020 ainsi que de son courrier de demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil dans lequel il n'évoque aucun élément nouveau.

6. En quatrième lieu, l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa rédaction applicable au présent litige, que : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; 3° En cas de fraude ".

7. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que lorsqu'un demandeur d'asile revient en France après avoir été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de cette demande sans que celui-ci l'ait examinée, et présente une nouvelle demande d'asile, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités chargées de cette nouvelle demande décident l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande d'asile le 25 mars 2019, qu'à l'issue de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de cette demande d'asile, il a été transféré le 13 novembre 2019 vers les autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, que le 16 janvier 2020, il a formé une demande d'asile en France et que le 12 mars 2020, le directeur de l'OFII a pris une décision de suspension de ces conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré en Italie. Si, du fait de l'expiration du délai de transfert, M. A a obtenu le 9 novembre 2020 une attestation de demande d'asile en procédure normale, les autorités françaises ne sauraient pour autant être regardées comme ayant décidé d'examiner sa demande. En outre, M. A n'apporte aucune justification de nature à établir que les autorités italiennes ont refusé d'examiner sa demande. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a fait une inexacte application des articles L. 744-1 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

9. En cinquième et dernier, la décision par laquelle l'Office refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'est pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'Office a suspendu au demandeur le bénéfice desdites conditions matérielles d'accueil, laquelle ne constitue pas davantage sa base légale. Ainsi, à supposer que M. A ait entendu contester la légalité, par la voie de l'exception, de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil lorsqu'il soutient que le directeur général de l'OFII a retenu un motif erroné tiré de ce qu'il a présenté une nouvelle demande d'asile après l'exécution d'un arrêté de transfert, un tel moyen est inopérant.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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