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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102002

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102002

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCARBONNIER LAMAZE RASLE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2021 et le 28 novembre 2022, M. et Mme B A C, représentés par Me Hubert, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande qu'ils ont formulée, tendant à ce que le préfet de Seine-et-Marne fasse usage de ses pouvoirs de police en procédant à la vérification, d'une part, A travaux réalisés par la société Sotubema sur un terrain cadastré section C n°38, 161 et 163 situé 1 sentier de la Forgette à Coubert et, d'autre part, du respect par la société Sotubema A règles relatives à l'exploitation de son activité au titre A installations classées pour la protection de l'environnement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réétudier leur demande, tendant à ce que soit procédé à la vérification, d'une part, A travaux réalisés par la société Sotubema sur un terrain cadastré section C n° 38, 161, et 163 situé 1 sentier de la Forgette à Coubert, et d'autre part, du respect par la société Sotubema A règles relatives à l'exploitation de son activité au titre A installations classées pour la protection de l'environnement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que c'est à tort que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de vérifier les travaux réalisés par la société Sotubema ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que c'est à tort que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de vérifier le respect par cette société A règles relatives à l'exploitation de son activité au titre A installations classées pour la protection de l'environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête et à ce que le tribunal apprécie l'opportunité de faire usage A prérogatives conférées par l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté dès lors que les requérants n'ont pas sollicité la communication A motifs du refus implicite qui leur a été opposé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance A règles applicables en matière d'installation classée pour la protection de l'environnement doit être écarté ;

- le moyen tiré du défaut d'usage A prérogatives conférées par l'article L. 171-8 du code de l'environnement doit être écarté ;

- le moyen tiré de la méconnaissance A règles d'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2021, la commune de Coubert, représentée par Me Morain, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté dès lors qu'il ne ressort pas A pièces du dossier que les requérants ont demandé les motifs de la décision attaquée ;

- le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté dès lors, d'une part, qu'il ne ressort pas A pièces du dossier qu'un inspecteur A installations classées ou qu'un expert désigné par le ministre chargé A installations classées aurait constaté l'inobservation A conditions imposées à la société Sotubema dans le cadre de son exploitation, ni même que cette société n'était pas à jour de son autorisation au titre A installations classées, et d'autre part, que les travaux invoqués par les requérants ne nécessitent pas d'autorisation d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2022, la société Sotubema, représentée par Me Hourcabie, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge A requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté dès lors qu'il ne ressort pas A pièces du dossier que les requérants ont demandé les motifs de la décision attaquée ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'est pas compétent pour faire usage de ses pouvoirs de police en matière d'installation classée pour la protection de l'environnement afin de s'assurer du respect A règles applicables en matière d'autorisation d'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté dès lors que les travaux invoqués ne nécessitaient pas d'autorisation d'urbanisme ;

- le moyen tiré de la méconnaissance A dispositions de l'article L. 514-1 du code de l'environnement doit être écarté dès lors qu'elle bénéficie de l'ensemble A autorisations lui permettant d'exercer légalement son activité ;

- aucune modification apportée à son activité n'est de nature à justifier la mise en œuvre par le préfet de Seine-et-Marne A pouvoirs qu'il détient au titre de l'article L. 171-8 du code de l'environnement dès lors qu'elle n'a procédé à aucune inobservation A prescriptions applicables aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités.

Par une lettre du 3 septembre 2021, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 10 janvier 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code A relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Me Rouika, représentant la société Sotubema.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 3 novembre 2020, M. et Mme A C ont demandé au préfet de Seine-et-Marne, en qualité d'autorité de police spéciale A installations classées pour la protection de l'environnement, d'une part, de procéder au contrôle de la conformité A travaux réalisés par la société Sotubema et, d'autre part, sur le fondement A dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, de mettre en demeure cette société de respecter la législation applicable à son activité au titre A installations classées pour la protection de l'environnement. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande. Par la présente instance, les requérants demandent au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet opposée par le préfet de Seine-et-Marne.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code A relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai A motifs A décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice A libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à A conditions restrictives ou imposent A sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication A motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un A secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code A relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. La décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne refuse de faire droit à une demande tendant à ce qu'il fasse usage de ses pouvoirs prévus par l'article L. 171-8 du code de l'environnement ne constituent pas une décision qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code A relations entre le public et l'administration. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I. Indépendamment A poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation A prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. / () ".

5. D'une part, si le préfet est tenu en application A dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement de mettre en demeure l'exploitant d'installations classées qui ont fait l'objet de la déclaration requise en cas d'inobservation A prescriptions applicables en vertu de ce même code, il ne saurait légalement se fonder sur ces dispositions en cas de méconnaissance par cet exploitant A dispositions du plan local d'urbanisme ou la législation en matière d'urbanisme dès lors que celles-ci procèdent d'une législation distincte de celles du code de l'environnement.

6. D'autre part, les requérants se bornent à indiquer que le préfet de Seine-et-Marne aurait dû vérifier le respect par la société Sotubema A règles relatives à l'exploitation de son activité et n'invoquent pas d'inobservations par cette société A prescriptions applicables conformément au code de l'environnement à cette installation. Ce faisant, ils n'assortissent manifestement pas de précision permettant d'apprécier leur moyen. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet a réalisé une inspection du site le 28 mai 2021 au terme de laquelle trois non-conformités ont été retenues. Or, les requérant n'établissent pas, ni même n'allèguent, que d'autres irrégularités doivent être identifiées.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance A dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement doit être écarté en toutes ces branches.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur l'amende pour recours abusif :

9. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

10. La faculté prévue par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge, de sorte que l'État n'est pas fondé à présenter une demande à ce titre. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que le recours A requérants, bien qu'infondé, puisse être regardé comme abusif

Sur les frais liés à l'instance :

11. Ces dispositions font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme qu'ils sollicitent au titre A frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge A requérants une somme de 1 500 euros à verser à la société Sotubema en application A dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Sotubema au titre A dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de l'État tendant à l'application A dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative à l'encontre de M. et Mme A C sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion A territoires et à la société Sotubema.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne et à la commune de Coubert.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion A territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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