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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102110

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102110

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2021, M. C A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 8 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la date du refus, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, même s'il ne devait pas présenter d'attestation de demandeur d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de

1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ; à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'entretien sur sa vulnérabilité en violation de l'article

L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 744-8 du même code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car elle entraine des conséquences d'une gravité excessive sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés, en sollicitant, le cas échéant que soit substituée à la base légale initialement retenue celle de l'article L. 744-8 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui indique être ressortissant afghan, né en 2001, a présenté le

30 octobre 2020 une demande d'asile qui a été placée sous procédure dite " Dublin ". Le

2 novembre 2020, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Depuis lors, le 7 janvier 2021, le requérant s'est présenté à la préfecture du Val-de-Marne pour faire enregistrer sa demande d'asile sous une autre identité. Par décision du 8 janvier 2021, que M. A conteste, l'OFII a refusé au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif d'une fraude à l'identité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () / La décision () des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. () ". En outre, aux termes de l'article D.744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; / 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; / 3° En cas de fraude. " Enfin, l'article D. 744-38 du même code prévoit que : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours ".

3. Il résulte de ces dispositions, ainsi que de celles de la directive du Conseil du

27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer et qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI c-179/11, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

4. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 744-8 2° et D. 744-37 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le requérant a tenté d'obtenir frauduleusement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi rédigée, la décision contestée est suffisamment motivée, et le moyen tiré de son absence de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas de cette motivation, ni des autres pièces du dossier, que la décision aurait été prise au terme d'un examen insuffisant.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces versées au dossier par le directeur général de l'OFII à l'appui de son mémoire en défense, que M. A a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, sur la base duquel l'OFII a procédé à une évaluation de sa vulnérabilité, laquelle a été évaluée à 1 sur une échelle de 0 à 3. Les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposaient pas à l'OFII d'accorder à nouveau un entretien à l'intéressé lors du nouvel enregistrement de sa demande d'asile. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. A n'a bénéficié d'aucune évaluation de sa vulnérabilité par un agent de l'OFII en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, pour refuser à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce que le requérant s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile du Val-de-Marne le 7 janvier 2021 sous une seconde identité, à savoir M. B né le 10 mai 2002, afin d'y faire enregistrer une nouvelle demande d'asile et a ainsi tenté d'obtenir frauduleusement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au sens de l'article L. 744-8 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, à supposer que ce motif de droit soit entaché d'illégalité, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué. Dans le cas présent, pour établir que la décision contestée est légale, le directeur général de l'OFII invoque, dans son mémoire en défense régulièrement communiqué au requérant, un autre motif tiré de ce que la même décision aurait pu être prise sur le fondement du 1° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté sa première demande d'asile sous l'identité de M. C A né en 2001 et qu'il a sollicité à nouveau l'enregistrement de sa demande sous l'identité de M. B né le

10 mai 2002. Dans ces conditions, et alors que M. A ne produit aucune pièce de nature à contredire ces éléments, l'OFII doit être regardé comme établissant l'existence d'une fraude en vue d'obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif et de base légale sollicitée par l'OFII, qui ne prive le requérant d'aucune garantie, et le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors notamment qu'il est isolé sur le territoire français et ne dispose d'aucune ressource, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, alors que le requérant, qui était âgé de 20 ans et sans charge de famille à la date de la décision contestée, que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation particulière, de sa vulnérabilité ou de ses besoins en matière d'accueil.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Orhant et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président-rapporteur,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,

E. ALLEGRE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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