mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 3 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé un indu de revenu de solidarité active de 11 395,56 euros et de la décharger du paiement de cette somme ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse totale de cette dette ;
3°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues à l'article R. 311-3-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte qu'elle a été privée d'une garantie ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- cette décision est entachée d'un vice de procédure, en l'absence préalable de la commission de recours amiable ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense, garantis notamment par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que les termes de la décision ne lui permettent pas de comprendre les faits qui lui sont reprochés ainsi que la base de calcul retenue, qu'elle n'a pu comparaître devant l'auteur de la décision et qu'elle n'a pas eu communication des conclusions du contrôleur ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation dès lors que c'est à tort que le président du conseil départemental a considéré qu'elle ne justifiait pas d'une résidence stable et effective en France ;
- il ne saurait lui être réclamé le remboursement d'un indu de 11 395,56 euros dès lors que cette somme est supérieure aux montants qu'elle a perçus au titre du revenu de solidarité active ;
- l'indu mis à sa charge ne résulte pas d'une fraude dès lors qu'elle a informé la caisse d'allocations familiales de sa situation, que celle-ci s'est abstenue de tenir à jours ses droits et qu'elle n'a pas été informée de son obligation de déclarer ses séjours à l'étrangers.
La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 9 avril 2024 à 11 heures.
Mme Lina Bousnane, rapporteure, a présenté son rapport au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, après appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est allocataire du revenu de solidarité active. Par une décision du 22 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne lui a notifié un indu d'un montant de 11 395,56 euros pour la période du 1er avril 2018 au 31 mai 2020. L'intéressée a introduit un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, lequel a été rejeté par le président du conseil départemental de Seine-et-Marne le 3 novembre 2020. Par sa requête, Mme B demande au tribunal, à titre principal, d'annuler cette décision confirmant l'indu et de la décharger du paiement de la somme mise à sa charge et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de cette dette.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.
3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes du I de l'article L. 262-25 du même code : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale () ".
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.
5. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
6. En l'espèce, il ne ressort pas de la convention de gestion signée entre le département de Seine-et-Marne et la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, publiée au recueil des actes administratifs le 29 décembre 2017 et applicable au cas d'espèce, que les contestations relatives au bien-fondé de l'indu et les demandes de remise de dette de revenu de solidarité active soient dispensées d'un avis de la commission de recours amiable conformément à l'article
R. 262-89 précité. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence notamment de production en défense du département de Seine-et-Marne, que celui-ci aurait recueilli l'avis de ladite commission, Mme B est fondée à soutenir que la décision litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure qui l'a privée d'une garantie et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 3 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé, dans sa totalité, l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 395,56 euros mis à la charge de Mme B pour la période du
1er avril 2018 au 31 mai 2020. Toutefois, eu égard au motif retenu et à la régularisation de la procédure de récupération dont l'indu est susceptible de faire l'objet sous réserve du respect des règles de la prescription, l'annulation de cette décision n'implique pas nécessairement de prononcer la décharge de la créance en litige, mais uniquement de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme qui, par elle-même, n'éteint que l'exigibilité de cette créance.
Sur les conclusions à fin de remise :
8. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision.
10. Il résulte de l'instruction que Mme B a omis de déclarer à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne ses séjours à l'étranger, dont la durée excédait
trois mois et qu'elle a continué à souscrire tout au long de cette période à ses déclarations trimestrielles de ressources en vue de percevoir le revenu de solidarité active. Ainsi, eu égard à la durée de ses séjours et au caractère réitéré de son omission déclarative, Mme B, qui ne peut sérieusement soutenir, dans ces circonstances, qu'elle n'était pas informée de ses obligations déclaratives, et qui ne justifie pas avoir informé la caisse d'allocations familiales de sa situation comme elle le prétend, ne saurait être considérée de bonne foi, de sorte qu'elle ne peut, en tout état de cause, bénéficier de la remise gracieuse totale de sa dette de revenu de solidarité active. Sa demande doit, dès lors, être rejetée.
Sur les frais du litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne le versement à Me Desfarges de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé, dans sa totalité, l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 395,56 euros mis à la charge de Mme B pour la période du 1er avril 2018 au 31 mai 2020 est annulée.
Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 11 395,56 euros.
Article 3 : Il est mis à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 200 euros à verser à Me Desfarges, avocat de Mme B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Desfarges et au département de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au directeur de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne..
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
L. Bousnane
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026