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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102168

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102168

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 31 mars 2021, M. B C, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir à son encontre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, depuis le mois de juin 2019, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence d'entretien préalable permettant d'apprécier sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a respecté les obligations de se présenter aux autorités et de répondre aux demandes d'information ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration, à qui la requête a été communiquée le 31 mars 2021, n'a pas produit d'observations.

Une mise en demeure a été adressée le 15 décembre 2021 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Par ordonnance du 11 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 février 2022 à 12 h 00.

Un mémoire a été enregistré pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 8 juin 2022 et n'a pas été communiqué.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2100927 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles du 8 mars 2021 ;

- les décisions du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530 et 428564, A.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1992, a déposé une demande d'asile en France le 13 janvier 2020 puis, étant placé en procédure " Dublin ", a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Espagne le 24 février 2020. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2004272 du tribunal administratif de Paris du 2 juin 2020. Le 7 juillet 2020, une attestation de demandeur d'asile, en procédure " Dublin ", lui a été remise par la préfecture de l'Essonne. A la suite d'un changement de résidence le 12 juin 2020, M. C a changé de préfecture d'affectation et a déposé une demande d'asile en procédure normale le 7 juillet 2020 auprès de la préfecture de l'Essonne. Une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin " lui a été remise. A compter du 9 octobre 2020, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été suspendu. A l'expiration du délai de transfert, le 4 décembre 2020, M. C a présenté une demande d'asile en procédure normale à la préfecture de l'Essonne, laquelle a refusé, le 28 janvier 2021, de l'enregistrer au motif que M. C était considéré comme étant en fuite. L'exécution de cette décision de refus a été suspendue par le juge des référés du tribunal administratif de Versailles par une ordonnance n° 2100927 du 8 mars 2021. Par une décision du 26 janvier 2021, notifiée le 3 février suivant, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dont M. C demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du même code, alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

3. S'agissant de décisions relatives à l'octroi de conditions matérielle d'accueil prises après le 1er janvier 2019, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision Association La Cimade du 31 juillet 2019, n° 428530, malgré l'incompatibilité des dispositions, notamment, de l'article L. 744-7 précité, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, avec les objectifs de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 susvisée, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de rétablir à l'encontre de M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, initialement accordées le 15 janvier puis suspendues le 9 octobre suivant, le directeur territorial de Créteil de l'OFII s'est fondé sur le motif de la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, tiré de ce que M. C ne s'est pas présenté aux autorités chargées de l'asile, ni n'a justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations. M. C conteste ce motif et soutient avoir déféré aux différentes convocations des autorités chargées de l'asile. Il produit, à ce titre, un relevé de ses convocations auprès de la préfecture de l'Essonne, dans le cadre de son placement en procédure " Dublin ", duquel il ressort que l'intéressé s'est présenté à la convocation du 28 décembre 2020, précédant la décision attaquée et, au demeurant, à celle du 28 janvier 2021, postérieure à la signature de la décision attaquée mais antérieure à sa notification. En s'abstenant de produire des observations en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 15 décembre 2021, l'OFII est réputé acquiescer au fait, non contredit par les pièces du dossier, que M. C a honoré ses convocations auprès des autorités chargées de l'asile, en application des dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il est tenu pour établi que M. C a honoré l'ensemble de ses convocations. Le requérant est donc fondé à soutenir que la décision contestée est fondée sur des faits matériellement inexacts.

6. En outre, en l'absence de justification des manquements qu'aurait commis M. C aux obligations des autorités chargées de l'asile, M. C est également fondé à soutenir qu'en édictant la décision attaquée, le directeur territorial de Créteil de l'OFII a porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée.

7. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement le rétablissement, au bénéfice de M. C, des conditions matérielles d'accueil à compter de la date à laquelle il en a demandé le rétablissement. Sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait, il y a lieu d'enjoindre l'OFII d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".

11. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me De Sèze, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me De Sèze de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 26 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir à l'encontre de M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date à laquelle il en a demandé le rétablissement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me de Sèze une somme de 1 200 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me De Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Sèze.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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