vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PAREYDT-GOHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 mars 2021, 22 décembre 2021, 12 mars 2022 et 18 juillet 2022, M. B A demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la délibération du 22 septembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Fargeau-Ponthierry a institué le droit de préemption urbain renforcé sur les villages et hameaux de la commune en tant qu'elle inclut le hameau de Villiers ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable en sa qualité de propriétaire de son habitation principale située dans le hameau de Villiers qui participe au budget de la commune par deux taxes foncières et différentes contributions ;
- il lui est impossible de produire une décision autorisant la préemption litigieuse dès lors que la parcelle concernée n'a jamais été incluse dans le périmètre de préemption précédemment déterminé par la commune en 2015, ni dans le périmètre de préemption renforcé institué en 2020 ;
- la délibération du 22 septembre 2020 est irrégulière dès lors que les motifs qui la fondent ne sont pas justifiés ; ainsi, aucun projet précis ne justifie l'instauration de ce droit ; en outre, les cahiers des charges des différents lotissements suffisent à préserver l'architecture des hameaux ; enfin, les 19 sociétés civiles immobilières présentes sur le hameau de Villiers ne permettent pas de justifier la délibération litigieuse ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que l'intention de la commune serait en réalité d'acquérir des terrains pour pouvoir les revendre à des promoteurs immobiliers, le requérant ayant été témoin d'importants mensonges et de nombreuses manipulations ;
- la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289 est illégale dès lors qu'elle est insuffisamment motivée, qu'il n'existe aucun projet suffisamment défini concernant les opérations en vue desquelles la décision de préempter a été prise et que la parcelle concernée se situe hors du périmètre de la zone d'intervention définie dans la délibération contestée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 octobre 2021, 8 février 2022 et 14 juin 2022, la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry, représentée par Me Pareydt, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le requérant ne produit aucun élément de nature à justifier de son intérêt à agir à l'égard des deux décisions attaquées ;
- les conclusions du requérant dirigées contre la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289 sont irrecevables, faute de produire la décision faisant grief ;
- l'existence d'un projet d'aménagement défini n'est pas exigée au stade de l'instauration de l'adoption de la délibération instituant le droit de préemption urbain renforcé ;
- la motivation de la délibération du 22 septembre 2020 est suffisante et parfaitement justifiée dès lors qu'elle se borne à poursuivre l'objectif de préservation du caractère patrimonial des hameaux et de densification du centre-ville prévu au programme d'aménagement et de développement durables ; en outre, l'usage du droit de préemption simple ne permet pas de maintenir l'objectif de préservation de ce patrimoine dans la mesure où bon nombre de biens sont constitués sous forme de société civile immobilière ;
- les allégations de détournement de pouvoir ne sont pas démontrées ; en tout état de cause, la délibération litigieuse est justifiée par le parti pris urbanistique ;
- le requérant n'apporte aucun élément de nature à apprécier le bien-fondé de ses allégations d'illégalité à l'égard de la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289.
Par une lettre du 24 mai 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 juin 2022 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeannot,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 22 septembre 2020, le conseil municipal de Saint-Fargeau-Ponthierry a institué le droit de préemption urbain renforcé sur les villages et hameaux de la commune. Le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a ensuite exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289. Le requérant demande l'annulation de la délibération du 22 septembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Fargeau-Ponthierry a institué le droit de préemption urbain renforcé sur les villages et hameaux de la commune en tant qu'elle inclut le hameau de Villiers, et l'annulation de la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de production de la décision de préemption :
2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de la décision attaquée ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".
3. Dans son mémoire en défense, enregistré au greffe du tribunal le 21 octobre 2021, la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry soutient que la requête n'est pas recevable dès lors que le requérant n'a pas produit la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289 dont il entend solliciter l'annulation. En réponse à cette fin de non-recevoir, le requérant fait valoir qu'il lui est impossible de produire une décision autorisant la préemption litigieuse dès lors que la parcelle concernée n'a jamais été incluse dans le périmètre de préemption précédemment déterminé par la commune en 2015, ni dans le périmètre de préemption renforcé institué en 2020. En outre, si le requérant soutient que ses relations avec la commune se sont dégradées depuis l'introduction de son recours contentieux, il n'établit pas avoir sollicité la communication de cette décision et les motifs invoqués ne justifient pas l'impossibilité matérielle de produire l'acte attaqué. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la non production de la décision par laquelle le maire de Saint-Fargeau-Ponthierry a exercé le droit de préemption sur le bien cadastré section AZ n° 289 et de rejeter les conclusions tendant à l'annulation cette décision comme étant irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 22 septembre 2020 :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé ". Aux termes de l'article L. 211-1 du même code, alors en vigueur : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan () ". Aux termes de l'article L. 211-4 de ce code : " Ce droit de préemption n'est pas applicable : a) A l'aliénation d'un ou plusieurs lots constitués soit par un seul local à usage d'habitation, à usage professionnel ou à usage professionnel et d'habitation, soit par un tel local et ses locaux accessoires, soit par un ou plusieurs locaux accessoires d'un tel local, compris dans un bâtiment effectivement soumis, à la date du projet d'aliénation, au régime de la copropriété, soit à la suite du partage total ou partiel d'une société d'attribution, soit depuis dix années au moins dans les cas où la mise en copropriété ne résulte pas d'un tel partage, la date de publication du règlement de copropriété au fichier immobilier constituant le point de départ de ce délai ; () Toutefois, par délibération motivée, la commune peut décider d'appliquer ce droit de préemption aux aliénations et cessions mentionnées au présent article sur la totalité ou certaines parties du territoire soumis à ce droit ". Enfin, l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. () ".
5. La délibération litigieuse vise les dispositions du code de l'urbanisme relatives au droit de préemption urbain renforcé, l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales, et le droit de préemption simple institué sur les zones urbaines et à urbaniser au plan local d'urbanisme approuvé par le conseil municipal dans sa séance du 22 septembre 2006 ainsi que le plan local d'urbanisme approuvé le 17 septembre 2018. Cette délibération précise également que le droit de préemption simple n'est pas suffisant pour préempter les lots de copropriété et les immeubles construits depuis moins de quatre ans ainsi que pour intervenir sur les cessions de parts ou d'actions de sociétés. Elle ajoute qu'il est nécessaire que la commune puisse mettre en œuvre une politique de l'habitat compatible avec l'architecture et la forme urbaine qui caractérise chaque hameau et village de son territoire, lui permettant ainsi de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti et non bâti, ainsi que les espaces naturels qui les accompagnent. Elle indique, enfin, que bon nombre de ventes sur ces villages et hameaux se font sous la forme de part de sociétés civiles immobilières ou de lots de copropriété. Par ailleurs, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune s'est notamment fixé comme objectif de préserver le caractère patrimonial des hameaux en respectant les formes urbaines et en renforçant la protection du patrimoine bâti et naturel. Le rapport de présentation du plan local d'urbanisme précise que la valorisation du territoire par la préservation du caractère patrimonial des hameaux qui le composent et par l'intégration des projets dans leur environnement constitue un enjeu important du projet d'aménagement et de développement durables. Dans ces conditions, alors que le périmètre institué n'apparaît pas excéder les objectifs poursuivis, la délibération attaquée doit être regardée comme comportant l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondée la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry pour décider d'instaurer le droit de préemption urbain aux cessions mentionnées à l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme. En outre, au stade de l'instauration du droit de préemption urbain, et non de l'exercice de ce droit sur un lot d'immeuble déterminé, l'administration n'avait pas à motiver cet acte par l'existence d'une opération d'aménagement. Enfin, ainsi que le fait valoir la commune en défense, il est constant que les règles d'urbanisme contenues dans les documents des lotissements, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé, deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu conformément aux dispositions de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la délibération est illégale. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'illégalité de la délibération attaquée doivent être écartés.
6. En second lieu, si le requérant soutient que la délibération contestée est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que l'intention de la commune serait en réalité d'acquérir des terrains pour pouvoir les revendre à des promoteurs immobiliers et qu'il a été témoin d'importants mensonges et de nombreuses manipulations, il ne l'établit pas. En tout état de cause, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération attaquée poursuivait un objectif étranger à la bonne application des règles d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré d'un détournement de pouvoir doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 22 septembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant, qui n'a en tout état de cause pas recouru au ministère d'avocat, demande au titre des frais liés au litige. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du requérant la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Jeannot, première conseillère,
Mme Blanc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
La rapporteure,
F. JEANNOTLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026