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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102312

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102312

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantARVIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars 2021, 22 juillet 2021 et 19 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le maire d'Ivry-sur-Seine a décidé de le placer d'office en mise en disponibilité pour une période de six mois à compter du 1er janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ivry-sur-Seine la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché du vice d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le comité médical n'a pas été explicitement saisi d'une demande d'avis sur l'opportunité de son placement d'office en mise en disponibilité ;

- est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la composition du comité médical était irrégulière ;

- est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le médecin de prévention n'a pas été informé de la réunion du comité médical et n'a pas transmis de rapport écrit à cette instance ;

- est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le maire d'Ivry-sur-Seine aurait dû l'inviter à formuler une demande de reclassement avant de décider de la mise en disponibilité d'office ;

- est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la commune d'Ivry-sur-Seine aurait dû maintenir la prise en charge de son congé maladie au titre de son accident de service au-delà de la date de consolidation ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il n'était pas totalement inapte à exercer toute fonction.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2022, la commune d'Ivry-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 21 novembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,

- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, titulaire du grade d'adjoint technique territorial, a exercé les fonctions de gardien de parc municipal au sein de la commune d'Ivry-sur-Seine. Suite à un accident de la voie publique subi le 23 février 2016 au cours d'un trajet professionnel, M. A a été placé en arrêt de travail. Par une décision du 21 octobre 2016, le maire d'Ivry-sur-Seine a reconnu l'imputabilité au service de cet accident de trajet. Après avoir repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique le 7 juin 2018, M. A a de nouveau été placé en arrêt de travail à compter du 10 septembre 2018. En se fondant sur les conclusions d'un avis du comité médical du 17 novembre 2020 concluant à l'inaptitude totale et définitive à toute fonction, le maire d'Ivry-sur-Seine a prononcé par un arrêté du 12 janvier 2021 la mise en disponibilité d'office de M. A pour une période de six mois à compter du 1er janvier 2021. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire territorial reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions peut être reclassé dans un emploi d'un autre cadre d'emplois ou d'un autre corps ou dans un autre emploi, en priorité dans son administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose, en ce cas, de voies de recours ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa version applicable au litige : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984 ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé. () ". Enfin, aux termes de l'article 2 du même décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par cet agent peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Il n'en va autrement que si l'état de santé du fonctionnaire le rend totalement inapte à l'exercice de toute fonction.

4. Il ressort des pièces du dossier que le maire d'Ivry-sur-Seine a décidé de placer d'office M. A en disponibilité pour six mois en se fondant exclusivement sur l'avis du comité médical du 17 novembre 2020, concluant à l'inaptitude totale et définitive de l'intéressé à toutes fonctions. Toutefois, l'ensemble des expertises ordonnées par la commune, ainsi que les avis de la commission de réforme rendus le 8 avril 2019 et le 20 janvier 2020 au sujet de la situation de M. A concluent seulement à l'inaptitude de ce dernier aux fonctions précédemment occupées de gardien de parc municipal et à la nécessité de lui proposer un poste sédentaire en raison de ses difficultés à marcher. Dans ces conditions, le maire d'Ivry-sur-Seine a commis une erreur d'appréciation en retenant, à la suite du comité médical, l'inaptitude totale et définitive de M. A à exercer toutes fonctions justifiant une mise en disponibilité d'office, et en s'abstenant en conséquence de procéder aux démarches permettant un aménagement de son poste ou un reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emploi.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le maire d'Ivry-sur-Seine a prononcé sa mise en disponibilité d'office à compter du 1er janvier 2021.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune d'Ivry-sur-Seine une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font, en revanche, obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Ivry-sur-Seine demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune d'Ivry-sur-Seine du 12 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est mis à la charge de la commune de la commune d'Ivry-sur-Seine une somme de 1 500 euros à verser à M. A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Ivry-sur-Seine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Ivry-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 février 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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