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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102480

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102480

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBITTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, la SELARL Bally MJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services, représentée par la SELARL GM Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite, née le 24 octobre 2020, de rejet du recours hiérarchique dont elle avait été saisie, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 10 février 2020 autorisant le licenciement de M. B C pour motif économique et a refusé d'autoriser son licenciement ;

2°) d'enjoindre à la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion d'autoriser le licenciement de M. B C.

Il soutient que c'est à tort que la ministre a considéré :

- que la décision de l'inspectrice du travail était insuffisamment motivée ;

- que M. C avait accepté une offre de reclassement avant la notification de son licenciement le 14 février 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2021, M. B C, représenté par Me Bitton, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Me Pascal Bally, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle n'est pas motivée ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique ;

- les observations de Me Grisoni, avocat de la SELARL Bally MJ ;

- et les observations de Me Bitton, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 janvier 2020, la SELARL Bally MJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de licencier pour motif économique M. C, salarié protégé. Par une décision

du 10 février 2020, l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement. Saisie d'un recours hiérarchique, la ministre du travail a, par une décision du 20 janvier 2021 dont la SELARL Bally MJ demande l'annulation, retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique, a annulé la décision de l'inspectrice du travail et a refusé d'autoriser le licenciement de M. C.

Sur la fin de non-recevoir opposée par M. C :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, la requête qui saisit la juridiction " contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. "

3. La requête de la SELARL Bally MJ procède à un rappel des faits et soulève deux moyens au soutien de sa demande d'annulation de la décision du 20 janvier 2021 de la ministre du travail. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut de motivation de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions d'effectifs envisagées et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié. Pour apprécier si l'employeur ou son liquidateur judiciaire a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu, à ce titre, comme les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.

En ce qui concerne l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail :

5. Aux termes de l'article R. 2421-5 du code du travail : " la décision de l'inspecteur du travail est motivée / () ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour considérer la décision de l'inspectrice du travail du 10 février 2021 était illégale, la ministre du travail, saisie d'un recours hiérarchique, a considéré qu'elle était insuffisamment motivée, s'agissant notamment des efforts de reclassement engagés par le liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services.

7. En se bornant à indiquer que le liquidateur avait recherché les possibilités de reclassement sur le territoire national au sein des sociétés dépendant du périmètre du groupe et dont l'activité, l'organisation et le lieu d'exploitation rendent possible la permutation de tout ou partie du personnel et que la décision homologuant le plan de sauvegarde de l'emploi faisait état de recherche de reclassement en externe, l'inspectrice du travail ne s'est pas prononcée sur la réalité des efforts de reclassement entrepris par le liquidateur de l'employeur à l'égard de M. C alors que de tels éléments d'appréciation doivent figurer dans sa décision autorisant le licenciement pour motif économique d'un salarié protégé. Dans ces conditions, la ministre a considéré à bon droit que la décision de l'inspectrice du travail du 10 février 2021 était entachée d'illégalité en ce qu'elle n'était pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article R. 2421-5 du code du travail.

En ce qui concerne le refus d'autoriser le licenciement du salarié protégé :

8. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler, puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Si le salarié a entretemps été licencié, il n'y a lieu pour le ministre d'apprécier la recherche de reclassement du salarié par l'employeur que jusqu'à la date de son licenciement.

9. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / () ". Aux termes de l'article

D. 1233-2-1 du code du travail : " III. En cas de diffusion d'une liste des offres de reclassement interne, celle-ci comprend les postes disponibles situés sur le territoire national dans l'entreprise et les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie. / La liste précise les critères de départage entre salariés en cas de candidatures multiples sur un même poste, ainsi que le délai dont dispose le salarié pour présenter sa candidature écrite. / Ce délai ne peut être inférieur à quinze jours francs à compter de la publication de la liste, sauf lorsque l'entreprise fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. /Dans les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours francs à compter de la publication de la liste. / L'absence de candidature écrite du salarié à l'issue du délai mentionné au deuxième alinéa vaut refus des offres. "

10. La SELARL Bally MJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services, soutient que : elle a adressé à M. C le 9 janvier 2020, une première liste de seize postes disponibles au sein de sociétés du groupe WFS à laquelle appartenait la société Orly Flight Services ; le 21 janvier 2020, M. C a fait savoir au liquidateur qu'il ne présenterait sa candidature à aucun poste ; le 5 février 2020, elle a adressé au salarié une seconde liste de vingt-trois postes de reclassement laissant à M. C jusqu'au 12 février 2020 pour postuler ; le 12 février 2020, le salarié n'avait présenté sa candidature à aucun des postes proposés, en sorte qu'elle a procédé au licenciement de M. C le 14 février 2020.

11. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 5 février 2020, le liquidateur de la société Orly Flight Services a envoyé à M. C des offres de reclassement et que ce document portait la mention en caractères gras et soulignés suivante : " vous disposez d'un délai courant le 12 février 2020, au soit pour déposer sa candidature écrite auprès de mon étude par courrier soit par mail (maria.gomes@scmasdb.fr) avec copie à la personne des Ressources humaines à contacter Madame A D - ndelfosse@wfs.aero ". Si M. C a demandé par un courriel adressé le 11 février 2020 à 18 heures 17 à l'étude du liquidateur et à Mme D des précisions sur deux postes proposés au sein de la société WFS/SFS, il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci ait formulé de candidature écrite avant le 12 février 2020 à minuit. Le salarié devait ainsi être regardé comme ayant refusé les offres de reclassement. M. C ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que Mme D ait par erreur considéré que sa demande d'information était une candidature et que trois jours après son licenciement, il a finalement postulé et en a avisé le liquidateur de son employeur. Par suite, la SELARL Bally MJ est fondée à soutenir que c'est à tort que la ministre du travail a estimé que le 14 février 2020, le reclassement de M. C n'était pas impossible et que le liquidateur de son employeur n'avait pas satisfait à son obligation de reclassement.

12. Il résulte de ce qui précède que la SELARL Bally MJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services est fondée à demander l'annulation de la décision de 20 janvier 2021 en tant que la ministre du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. En raison du motif qui la fonde, si l'annulation de la décision attaquée n'implique pas nécessairement que soit enjoint au ministre du travail d'autoriser le licenciement de

M. C sollicité par la requérante, elle implique en revanche qu'il soit procédé à un réexamen de cette demande. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre du travail de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SELARL Bally MJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 20 janvier 2021 est annulée en tant qu'elle refuse le licenciement de M. B C.

Article 2 : Il est enjoint au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion de procéder au réexamen de la demande de la SELARL Bally MJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Bally MJ agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Orly Flight Services, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et M. B C.

Copie pour information en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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