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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102546

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102546

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUBOUTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 24 août 2020 sous le n° 2006681, et un mémoire, enregistré le 9 décembre 2020, la société Sarah Food Europe, représentée par Me Bouboutou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 90 500 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant de 7 171 euros et de la décharger du paiement des sommes correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette décision en tant qu'elle lui applique la contribution spéciale pour une somme supérieure à 50 680 euros et la contribution forfaitaire pour une somme supérieure à 4 618 euros ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de minorer le montant des contributions spéciales et forfaitaires à hauteur de 10 000 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- les contributions mises à sa charge ne sont pas fondées ;

- ces contributions sont disproportionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2020, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 19 mars 2021 sous le n° 2102546, la société Sarah Food Europe, représentée par Me Bouboutou, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler les deux titres de perception émis les 21 septembre et 3 août 2020 en recouvrement de la somme totale de 97 671 représentant la contribution spéciale pour l'emploi de travailleurs étrangers et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement et de la décharger du paiement des sommes correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler le titre de perception émis le 3 août 2020 en recouvrement de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres de perceptions ont été émis par une autorité incompétente ;

- les contributions mises à sa charge ne sont pas fondées.

La requête a été communiquée à l'OFII, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud, président,

- les conclusions Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leplat, substituant Me Bouboutou, avocate de la société Sarah Food Europe.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle le 20 août 2019 de l'entrepôt de denrées alimentaires exploité par la société Sarah Food Europe sous l'enseigne " Fête à Crêpe ", les services de police ont constaté la présence en action de travail de cinq ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à travailler et séjourner en France et, pour trois d'entre eux, non déclarés. Par une décision du 23 juin 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 90 500 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 7 171 euros. Des titres de perception ont été émis les 21 septembre et 3 août 2020 en recouvrement de ces contributions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2006681 et n° 2102546 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du directeur général de l'OFII :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article

L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ".L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige et dont les dispositions sont désormais reprises aux articles L. 822-2 et L. 822-3, dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine (). L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution () ". Aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

4. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271 17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans

un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.

5. Il ressort des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII a informé la société Sarah Food Europe le 4 mars 2020 qu'un procès-verbal dressé à la suite du contrôle effectué le 20 août 2019 établissait qu'elle avait employé cinq salariés étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée et de titre de séjour, qu'elle était donc susceptible, indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, de se voir appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et qu'elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de la réception de cette lettre pour faire valoir ses observations. Toutefois, cette lettre ne comportait aucune mention de nature à informer la société de son droit à demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les manquements qui lui étaient reprochés avaient été établis. Ayant, en l'espèce, été effectivement privée de la garantie que constitue l'information qui aurait dû lui être délivrée avant l'intervention de la décision du 23 juin 2020, la société Sarah Food Europe est fondée à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'OFII du 23 juin 2020. En revanche, eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, elle n'est pas fondée à demander la décharge des sanctions en litige.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception :

7. L'annulation de la décision du 23 juin 2020 emporte, par voie de conséquence, l'annulation des deux titres de perception émis les 21 septembre et 3 août 2020. En revanche, eu égard au motif d'illégalité de cette décision, retenu par le présent jugement, et compte tenu de ce que les vices propres des titres de perception qu'invoque la société requérante n'ont trait qu'à la régularité de ces actes, ladite société n'est pas fondée à demander à être déchargée de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par ces titres de perception. Par suite, ses conclusions à fin de décharge ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Sarah Food Europe présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Les titres de perception émis les 21 septembre et 3 août 2020 à l'encontre de la société Sarah Food Europe sont annulés.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Sarah Food Europe, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie pour information en sera transmise au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseur la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. Perrin

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2006681 et 2102546

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