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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102815

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102815

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2021, M. A B, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit, dès lors que le préfet n'est pas lié par l'avis de la DIRECCTE, qui n'était pas requis, et était tenu d'examiner sa situation professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 29 mars 2021 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une pièce, présentée par la préfète du Val-de-Marne, a été enregistrée le 8 novembre 2021 et a été communiquée.

Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée 1er août 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 21 janvier 1987 à Keyes (Mali), est entré en France le 15 décembre 2012 selon ses déclarations. Le 5 juin 2020, il a sollicité auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne l'obtention d'un titre de séjour, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 mars 2021, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 435-1 de ce code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que, pour opposer un refus à la demande présentée par M. B, la préfète du Val-de-Marne, après avoir estimé indéterminées la date de son entrée sur le territoire français et les conditions de son séjour et relevé la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de l'Essonne, le 7 novembre 2017, puis le refus de délivrance de titre de séjour le 28 septembre 2018, s'est fondée, au vu des pièces produites, sur le motif tiré de ce que les éléments de sa situation professionnelle, pris dans leur ensemble, ne caractérisaient pas un motif exceptionnel d'admission au séjour au titre du travail. Par ailleurs, elle a apprécié sa situation personnelle et familiale. Tout d'abord, alors même que l'arrêté fait état du sens et du motif de l'avis défavorable émis par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), le 6 novembre 2020, sur la demande d'autorisation de travail précitée transmise par l'agence d'intérim l'employant, il n'en résulte pas des termes de cet arrêté en cause que la préfète s'est fondée sur ce seul motif, ni qu'elle se serait crue liée par cet avis. Elle n'a pas, davantage, omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé, tel que requis par les dispositions susvisées, et a apprécié celle-ci au regard des éléments portés à sa connaissance. En outre, il était loisible, dans son appréciation, à l'administration de tenir compte de cet avis, alors même qu'il n'est pas nécessaire que l'autorisation de travail soit délivrée préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance, à la supposer établie, que l'employeur de M. B n'aurait pas été destinataire de la demande de pièces complémentaires de la DIRECCTE, adressée par mail le 3 août 2020 n'est pas de nature à entacher le motif tiré de l'absence de motif exceptionnel d'admission au séjour au titre du travail, d'une erreur de fait.

5. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, d'un défaut d'examen sur sa situation personnelle et d'une erreur de fait.

6. En outre, à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, M. B fait tout particulièrement valoir ses efforts d'intégration en France par le travail. Par les pièces qu'il produit, il justifie, outre une activité en 2020 auprès d'une société du secteur de l'industrie et du commerce de la viande, avoir exercé comme manœuvre dans le secteur du bâtiment à compter d'octobre 2018, auprès de plusieurs sociétés dont l'une, après l'avoir engagé à plusieurs reprises sous le régime du travail temporaire, a établi le 22 mai 2020 une demande d'autorisation de travail en vue de le recruter sous un contrat à durée déterminée d'un an. En dépit de la démarche d'insertion professionnelle dont il est ainsi attesté, le requérant ne justifie pas d'une situation professionnelle caractérisant un motif exceptionnel d'admission au séjour au titre du travail au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Ensuite, quand bien même le requérant produit des pièces attestant d'une durée de séjour en France de sept ans et deux mois à la date de l'arrêté attaqué, cette circonstance, alors que l'intéressé ne fait pas sérieusement état d'attaches personnelles et familiales en France caractérisant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, ne peut, à elle seule, fonder un droit à l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Au surplus, il n'est pas contesté que le maintien prolongé du requérant sur le territoire national résulte de l'inexécution par ce dernier de deux obligations de quitter le territoire français édictées à son encontre, les 7 décembre 2015 et 28 septembre 2018, la seconde assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas, au titre de sa vie privée et familiale, remplir les conditions ouvrant droit à l'admission exceptionnelle au séjour prévue par les dispositions alors codifiées à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B fait valoir sa durée de présence en France, comme dit précédemment, de sept ans et deux mois à la date de l'arrêté attaqué, au cours de laquelle il s'est socialement et professionnellement intégré. Toutefois, si le requérant invoque des relations amicales et professionnelles nouées en France, sans au demeurant en mentionner aucune précisément, il n'est pas contesté qu'il est célibataire, sans charge de famille et a vécu la plus grande partie de sa vie au Mali, avant d'arriver en France au plus tôt à l'âge de 26 ans, selon ses déclarations où résident ses parents et fratrie. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. En outre, pour les mêmes motifs, l'arrêté en litige n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 10 mars 2021 et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mars 2023.

La présidente rapporteure,

M. CL'assesseure la plus ancienne,

S. LECONTE

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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