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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102830

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102830

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHAMPION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoires, enregistrés le 27 mars 2021 et le 23 novembre 2021, M. A D, représenté par Me Champion, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a prononcé une sanction d'exclusion définitive sans sursis à l'encontre de son fils B ;

2°) d'enjoindre à l'administration d'en tirer toute conséquence en matière d'inscription sur le carnet scolaire ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision rendue sur recours administratif préalable obligatoire est entachée d'irrégularités dès lors qu'elle n'a pas été prise dans le délai d'un mois à compter de la réception du recours administratif comme prévu par l'article D. 511-52 du code de l'éducation ; rien n'indique que les personnes prévues à l'article D. 511-52 ont bien été convoquées ; le conseil de discipline a été uniquement mené à charge ; ces vices ont vicié l'ensemble de la procédure ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, les faits reprochés n'étant pas établis ;

- la sanction est disproportionnée ;

- elle méconnait le principe d'individualisation défini par la circulaire du 1er août 2011.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par lettre du 9 septembre 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 8 octobre 2021.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 14 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Toutias, rapporteur public,

- et les observations de Me Fowdard, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le jeune B D était élève en classe de cinquième au collège Henri Wallon de Savigny-le-Temple pour l'année scolaire 2020/2021. Accusé d'avoir insulté sa professeure lors d'un cours le 23 novembre 2020, le conseil de discipline a prononcé le 7 décembre 2020 la sanction d'exclusion définitive non assortie d'un sursis. Son père a fait appel de cette décision auprès du recteur de l'académie de Créteil par courrier du 9 décembre 2020. La commission académique s'est, par un avis du 12 janvier 2021, prononcée en faveur de l'annulation de la décision initiale pour un vice de procédure et de maintien de la sanction d'exclusion définitive non assortie de sursis. Par une décision du 29 janvier 2021, dont l'annulation est demandée dans le cadre de la présente instance, le recteur a maintenu la sanction d'exclusion définitive non assortie de sursis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les articles D. 511-12 et suivants du code de l'éducation relatifs au régime disciplinaire, le règlement intérieur de l'établissement en cause et reprend les insultes reprochées au fils du requérant. Par suite, elle est suffisamment motivée en droit et en faits. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'article D. 511-52 du code de l'éducation prévoit que la décision du recteur d'académie intervient dans un délai d'un mois à compter de la date de réception de l'appel formé contre la décision prise par le conseil de discipline, ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la commission académique d'appel n'était pas régulièrement composée, il ressort du procès-verbal de la commission du 12 janvier 2021 que cette dernière était composée d'un directeur académique des services de l'éducation nationale, d'un chef d'établissement, d'un professeur, et de deux représentants des parents d'élèves, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article D. 511-51 du code de l'éducation. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que le conseil de discipline n'aurait instruit le dossier qu'à charge doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant dès lors qu'il est dirigé contre une décision à laquelle s'est substituée la décision du recteur.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation ; / 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. / Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. / () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. D'une part, le requérant conteste la réalité des faits reprochés à son fils et soutient, ainsi, que son fils n'a pas tenu de propos insultant à l'égard de sa professeure d'anglais. S'il produit à l'appui de ses allégations des témoignages de camarades recueillis dans des conditions non précisées, il ressort des pièces du dossier et, en particulier, du rapport dressé par la professeure suite au faits reprochés, ainsi que du témoignage d'autres élèves, que le fils du requérant a tenu des propos irrespectueux envers sa professeure durant un cours. En outre, la circonstance que ces propos aient été tenus à voix basse ne leur retire pas leur caractère irrespectueux et, par suite, fautif. Dans ces conditions, les faits commis par le fils du requérant doivent être regardés comme constitutifs d'une faute justifiant le prononcé d'une sanction disciplinaire dès lors que le règlement du collège prévoit que les élèves doivent avoir un comportement respectueux notamment envers les adultes.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et, en notamment, du carnet de correspondance du fils du requérant, qui perturbe régulièrement les cours par ses bavardages, qu'il avait tenu à plusieurs reprises des propos insultants ou insolents à l'égard des adultes et de ses camarades, ce qui a conduit ses professeurs à faire de nombreuses remarques sur son comportement dans ce carnet. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le fils du requérant aurait fait l'objet d'une précédente sanction ou que des rapports d'incident aient été rédigés à propos de son comportement. Dans ces conditions, et alors même que le principe d'individualisation des sanctions n'a pas été méconnu, la sanction d'exclusion définitive sans sursis qui a été retenue n'apparaît pas proportionnée eu égard à la gravité des faits considérés et à l'absence de mesures alternatives précédemment mises en œuvre pour l'amener à améliorer son comportement. Par suite, le moyen tiré de ce que la sanction d'exclusion définitive sans sursis qui a été infligée au fils du requérant serait disproportionnée doit être accueilli en tant que la sanction n'a pas été assortie d'un sursis.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 29 janvier 2021 du recteur de l'académie de Créteil doivent être accueillies en tant qu'elle n'assortit pas la sanction d'exclusion définitive infligée d'un sursis.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le requérant demande au tribunal d'enjoindre à l'administration d'effacer la sanction litigieuse du dossier de leur fils. Toutefois, l'exécution du présent jugement, qui annule la sanction infligée en tant qu'elle n'est pas assortie d'un sursis, n'implique pas l'exécution de la mesure sollicitée. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 janvier 2021 du recteur de l'académie de Créteil est annulée en tant qu'elle n'assortit pas la sanction d'exclusion définitive d'un sursis.

Article 2 : L'État versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La requête est rejetée pour le surplus des conclusions.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

M. Allègre, premier conseiller,

Mme Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,

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