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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102892

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102892

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 mars 2021, la présidente de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la SAS CEP.

Par une requête, enregistrée le 1er février 2021 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la SAS CEP, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 20 159 euros, ainsi que la décision du 1er décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) de la décharger du paiement des sommes correspondantes ;

3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution spéciale mise à sa charge à la somme maximale de 7 140 euros ;

4°) à titre subsidiaire, de réduire la contribution spéciale à un montant proportionné, au regard notamment de la gravité de l'infraction et de la situation de la société requérante, et de réduire le montant total des contributions spéciales et forfaitaires à la somme maximale de 15 000 euros ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 8221-5 du code du travail et l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration aurait dû examiner la réalité de la pluralité d'infractions constatée dans le procès-verbal ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le directeur général de l'OFII s'est cru en situation de compétence liée concernant le calcul du montant de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le montant de la contribution spéciale ne pouvait excéder 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la société CEP ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit

1. A l'occasion d'un contrôle effectué sur un chantier situé à Moret-sur-Loing, exploité par la SAS CEP, les services de police ont constaté la présence d'un ressortissant étranger dépourvu de titre l'autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France.

Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 31 août 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la SAS CEP la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 17 850 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 309 euros. La SAS CEP demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision du 1er décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du directeur général de l'OFII :

2. En premier lieu, la décision du 31 août 2020, comme celle du 1er décembre 2020, est signée par Mme C A, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a reçu délégation à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances relevant des compétences du service juridique, dont les décisions relatives aux contributions spéciales et contributions forfaitaires représentatives des frais de réacheminement, en vertu d'une décision du 19 décembre 2019 portant délégation de signature au sein de l'établissement public régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. La SAS CEP conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés en faisant valoir que la présence de M. B sur le chantier est due à un sous-traitant, la société ETC, qui l'avait embauché sans vérifier qu'il disposait d'un titre l'autorisant à travailler en France, et que la SAS CEP n'avait pas eu connaissance de l'embauche de ce salarié. D'une part, il résulte du procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire laquelle n'est pas apportée en l'espèce, dressé par les services de police le 19 novembre 2018 à 10h15 sur le chantier situé place royale à Moret-sur-Loing, que se trouvaient en situation de travail deux ouvriers sur des opérations de peinture dont un ressortissant indien, disposant d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, déclarant travailler pour la SAS CEP, et M. B, ressortissant pakistanais, dépourvu de titre de séjour l'autorisant à travailler en France. De plus, dans son audition par les services de police le 29 juillet 2019, le gérant de la SAS CEP a reconnu les infractions et a déclaré : " je reconnais les infractions mais lorsqu'on a eu les papiers de la société ETC tout était en règle et concernant M. B, il ne devait pas être sur le chantier ". Il s'en suit que l'emploi d'un travailleur dépourvu d'un titre de séjour l'autorisant à travailler sur le territoire français est établi. D'autre part, il résulte de l'instruction que si la SAS CEP avait passé le 13 février 2018 un contrat de sous traitance avec la société ETC en vue de la réalisation de travaux de carrelage, faïence et peinture, elle était l'entreprise titulaire du marché public, avait donc l'entière responsabilité du chantier et devait entre autres s'assurer de ce que son cocontractant, la société ETC, ne recourrait pas à des travailleurs étrangers en situation irrégulière sur le territoire français. Dans ces conditions, si la société CEP n'a pas embauché directement le travailleur incriminé, elle doit être regardée, en sa qualité de donneur d'ordre, comme l'ayant employé et comme ayant intentionnellement eu recours à de la main d'œuvre étrangère illicite, sans avoir satisfait à ses obligations légales. Il résulte de ce qui précède que le directeur général de l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans la matérialité des faits et a fait une exacte application des dispositions citées au point 3.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article

L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le

procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ".

7. Le directeur de l'OFII a mis à la charge de la SAS CEP la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail au montant forfaitaire de 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti, soit la somme de 17 850 euros. Les dispositions précitées aux points 3 et 6 n'habilitent pas le directeur général de l'OFII, pas plus que le juge administratif, à moduler le taux de la contribution spéciale en dehors des cas pour lesquelles une minoration est envisagée par les textes applicables au litige. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal, que les infractions d'aide au séjour irrégulier et de travail dissimulé ont également été relevées à l'encontre de la société requérante. Par suite, le directeur de l'OFII n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 8253-1 du code du travail en ce qui concerne le montant de la contribution spéciale appliquée à la SAS CEP.

8. En quatrième lieu, la société requérante soutient que l'administration n'aurait pas dû se contenter des mentions du procès-verbal pour conclure à l'existence d'une pluralité d'infractions mais aurait dû procéder elle-même à cet examen. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour prendre les décisions attaquées, le directeur général de l'OFII s'est fondé notamment sur le procès-verbal établi par les services de police le 19 novembre 2018 qui fait apparaître outre les infractions mentionnées au point précédent, celles d'aide au séjour irrégulier et de travail dissimulé. En se fondant ainsi sur le procès-verbal, pour refuser la réduction du montant de la contribution spéciale, le directeur général de l'OFII n'a pas entaché sa décision d'illégalité.

9. En dernier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , dans sa rédaction alors applicable, issue de la loi du 7 mars 2016: " () Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article

L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre. / () ". Aux termes de l'article L. 8256-2 du code du travail : " le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros. () ". Aux termes de l'article L. 8256-7 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-790 du 10 juillet 2014 : " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : / 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; / () ". Ce dernier article prévoit que " le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. / () ".

10. Si la SAS CEP soutient que le montant de la contribution spéciale mise à sa charge dépasse le plafond de 15 000 euros fixé par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des dispositions de l'article L. 8256-2 du code du travail, auxquelles renvoie l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article L. 8256-7 du code du travail, qui renvoient à l'article 131-38 du code pénal, que le cumul des contributions spéciale et forfaitaire mises à la charge d'une personne morale pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler ne peut excéder la somme de 75 000 euros par salarié, alors que le montant total en litige est de 20 159 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la SAS CEP doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS CEP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SAS CEP, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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