LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102929

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102929

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLEPEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 mars 2021, 30 avril 2021 et 29 septembre 2022, Mme E B, représentée par Me Lepeu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de tout élément permettant l'identification du médecin ayant rédigé le rapport médical, le médecin ayant rédigé le rapport médical ayant été désigné postérieurement à l'établissement de ce rapport, en l'absence de tout élément justifiant de la régularité de la composition du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), notamment pour vérifier que le médecin ayant établi le rapport n'a pas siégé au sein du collège, que le collège était composé de médecins désignés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que le collège était présidé par un médecin coordonnateur de zone désigné par l'Office, ainsi que l'authenticité des signatures, en l'absence d'éléments établissant que l'avis a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale et en l'absence de mention des éléments de procédure ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justifications tenant à la transmission et à la prise en compte par le préfet de l'avis du collègue de médecins de l'OFII et du rapport médical sur la base duquel il a été rendu, le seul bordereau de transmission étant insuffisamment probant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, lequel ne se prononçait pas sur sa possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et n'ayant lui-même effectué aucune recherche en ce sens et ne faisant pas référence au rapport médical établi par le médecin de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ayant méconnu l'étendue de sa compétence, en s'estimant à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, compte tenu des conséquences graves que peut entraîner le défaut de prise en charge médicale et de l'absence de traitement approprié et d'un accès effectif aux soins au Sénégal ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de ses liens privés et familiaux en France et du risque d'isolement et d'ostracisme en cas de retour au Sénégal ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de prise en considération de circonstances humanitaires, au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle a été prise au terme d'une procédure illégale, le préfet ne lui ayant pas permis de présenter des observations avant son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de son temps de présence en France.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 15 avril 2021 et 9 décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est tardive, le recours n'ayant été enregistré que le 30 mars 2021, soit plus de trente jours après que Mme B ait reçu notification de l'arrêté litigieux le 5 janvier 2021.

Par ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 décembre 2022 à 12 h 00.

Mme E B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement n° 1809779 du tribunal administratif de Melun du 13 novembre 2019.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante sénégalaise née le 28 février 1973, est entrée en France le 12 mars 2009 munie d'un visa Schengen de type C pour rejoindre son conjoint, M. D, qu'elle a épousé en 1995. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade le 14 mars 2013 et a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour, régulièrement renouvelées, du 26 septembre 2014 au 15 avril 2017. Par un arrêté du 19 octobre 2018, le sous-préfet de l'Haÿ-les-Roses a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, annulé par un jugement n° 1809779 du tribunal administratif de Melun du 13 novembre 2019, en raison d'un vice ayant affecté la procédure. Mme B a sollicité à nouveau, le 13 décembre 2019, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 29 décembre 2020, dont elle demande l'annulation, la sous-préfète de l'Haÿ-les-Roses a refusé la demande de Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort de l'examen des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte, de manière détaillée, l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment les éléments tenant à l'état de santé et à la situation personnelle de Mme B, de sorte que la décision litigieuse n'est pas entachée d'un défaut de motivation en fait et, par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, et contrairement à ce que soutient Mme B, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que celle-ci serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière, en l'absence notamment d'éléments déterminants que le préfet aurait omis de prendre en compte, de sorte que le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 425-9 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 313-22 du même code, dans sa version alors applicable : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 313-23 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, visé ci-dessus : " Au vu du rapport médical (), un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ". En outre, aux termes de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique : " L'exercice de la médecine comporte normalement l'établissement par le médecin, conformément aux constatations médicales qu'il est en mesure de faire, des certificats, attestations et documents dont la production est prescrite par les textes législatifs et réglementaires. / Tout certificat, ordonnance, attestation ou document délivré par un médecin doit être rédigé lisiblement en langue française et daté, permettre l'identification du praticien dont il émane et être signé par lui. Le médecin peut en remettre une traduction au patient dans la langue de celui-ci ". Enfin, aux termes de l'article 1er de la décision du directeur général de l'OFII du 17 janvier 2017 relative à la composition et au fonctionnement du collège de médecins à compétence national de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : " Le collège () est composé de trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades. Il est présidé par le médecin coordonnateur de zone ou le médecin coordonnateur de zone adjoint de la zone de compétence. / En cas d'absence ou d'empêchement du président du collège de la zone de compétence, la présidence du collège est assurée par un médecin coordonnateur d'une autre zone ".

6. D'une part, il ressort de l'avis du 3 juin 2020 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ainsi que du bordereau de transmission établi par le directeur général de l'OFII, que le collège des médecins s'est prononcé sur la demande de la requérante sur la base d'un rapport médical établi par le docteur C, dont l'identité ressort ainsi des pièces du dossier conformément aux dispositions précitées de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique, et transmis au collège le 6 mai 2020. Ce collège était composé des docteurs F, Minani et Signol, médecins compétemment désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 15 octobre 2020, publiée sur le site internet de l'office et au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le docteur F ayant en outre été désignée médecin coordonnateur de zone par une décision du directeur de l'OFII du 26 juin 2020. Ainsi, le médecin ayant établi le rapport médical est, contrairement à ce que soutient de manière imprécise la requérante, identifiable. En outre, il ressort des mêmes pièces précitées que celui-ci n'a pas siégé au sein du collège, de sorte que sa désignation par la décision précitée du 15 octobre 2020 postérieurement à l'établissement de son rapport est sans incidence sur la régularité de la procédure en cause. La preuve de la transmission du rapport médical au collège de médecins est également établie par les pièces du dossier. Par ailleurs, l'avis, qui comporte la signature manuscrite des trois médecins composant le collège et porte la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", fait ainsi la preuve par lui-même de son caractère collégial.

7. D'autre part, alors même qu'il est constant que certaines cases sur l'avis du 3 juin 2020 n'ont pas été cochées, Mme B n'établit, ni même n'allègue en quoi cette omission l'aurait privée d'une garantie. En outre, si la requérante se prévaut du caractère illisible de la signature des médecins du collège, ces signatures y figurant sont des fac-similés qui ne constituent pas des signatures électroniques. Et, en tout état de cause, aucun élément du dossier ne permet de douter de ce que les signatures apposées au bas de l'avis du 3 juin 2020 seraient celles des trois médecins composant le collège de médecins de l'Office, dont l'identité est précisée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté, dans toutes ses branches.

8. En quatrième lieu, il ressort tant des termes de la décision attaquée que du bordereau de transmission de l'avis du collège des médecins de l'OFII, dont la valeur probante n'est pas sérieusement remise en cause par Mme B, que le préfet s'est fondé, pour prendre la décision litigieuse, notamment sur l'avis du 3 juin 2020, tel qu'au demeurant exigé par les dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le moyen invoqué doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ressort des termes de sa décision que le préfet du Val-de-Marne ne l'a pas seulement motivée en reprenant la teneur de l'avis émis par le collège de médecins, mais également en portant sa propre appréciation sur l'ensemble des éléments en sa possession relatifs à l'état de santé de Mme B. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en s'estimant à tort placé en situation de compétence liée.

10. En sixième lieu, il résulte des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions du 11° de l'article L. 313-11, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 313-22, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

11. D'une part, et contrairement à ce que soutient la requérante, dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII, sur lequel s'est fondé le préfet, a estimé que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et lui permettant de voyager sans risque vers son pays d'origine, le préfet n'était dès lors pas tenu de se prononcer, ni a fortiori d'effectuer des recherches, sur la disponibilité d'un traitement et son accès effectif à des soins adéquats au Sénégal. Dans ces conditions, le moyen invoqué doit être écarté.

12. D'autre part, Mme B fait valoir que le défaut de prise en charge médicale de son état de santé peut, contrairement à l'avis du collège des médecins de l'OFII, dont le préfet a entendu s'approprier la teneur, entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son accès aux soins serait compromis au Sénégal. Elle soutient, à cet égard, être atteinte d'infertilité, d'un utérus polymyomateux et de vitiligo et produit, à cet égard, un certificat médical établi le 15 décembre 2016 par un médecin agréé assermenté. Or, ce dernier se borne à mentionner, au vu des seules indications fournies par Mme B, les pathologies qu'elle paraît présenter et qui, le cas échéant, pourraient ne pas être traitées correctement dans le pays d'origine, ainsi que plusieurs ordonnances et compte-rendu d'examens médicaux. En outre, ces différents éléments sont anciens et sont insuffisamment probants pour établir qu'à la date de la décision attaquée, l'absence de prise en charge médicale de l'état de santé de la requérante pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par conséquent, en l'absence d'élément permettant de remettre en cause sérieusement le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur dans l'appréciation portée sur sa situation personnelle.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Mme B soutient avoir été quittée par son époux, auquel elle est mariée depuis 1995, peu de temps après son arrivée en France en 2009, lorsque celui-ci a appris sa stérilité, et qu'elle est hébergée depuis lors par sa cousine. Elle fait valoir également la présence en France de son frère et de sa demi-sœur. Toutefois, elle ne produit aucun élément établissant l'intensité de leurs relations et, par suite, l'intensité et la stabilité des attaches personnelles dont elle se prévaut en France. En outre, il est constant qu'elle est entrée en France à l'âge de 36 ans et qu'elle a toujours un frère et une sœur présents au Sénégal. De plus, elle ne fait état d'aucune insertion sociale. Enfin, si Mme B établit le risque d'isolement dont elle pourrait faire l'objet en cas de retour au Sénégal, en qualité de femme seule et stérile, ces considérations sont insuffisantes, à elles seules, pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale. En l'état des éléments versés au débat, Mme B ne justifie pas d'une atteinte portée par la décision attaquée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, aux stipulations précitées de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () ".

16. En l'absence de tout motif exceptionnel ou considération humanitaire que ferait valoir Mme B, et eu égard par ailleurs à l'avis défavorable rendu le 15 octobre 2020 par la commission du titre de séjour sur sa demande, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ni aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

18. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant, ainsi qu'il vient d'être jugé, pas entaché d'illégalité, Mme B n'est pas fondée à en exciper de l'illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

20. La décision attaquée ayant été prise à la suite d'une demande formée par Mme B tendant à obtenir un droit au séjour, le moyen tiré de l'absence de procédure préalable contradictoire est, en application de l'article L. 121-1 précité, inopérant et ne peut qu'être écarté.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

22. Il résulte de ce qui a été jugé aux points 11 et 12 que l'état de santé de Mme B, nécessitant une prise en charge médicale mais dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne faisait pas obstacle à son éloignement et, par suite, la mesure contestée ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 13, Mme B ne justifie pas d'une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, ni davantage d'une erreur manifeste qu'aurait commise le préfet du Val-de-Marne dans l'appréciation portée sur sa situation, de sorte que les moyens invoqués doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

24. Si Mme B fait valoir l'illégalité de la mesure contestée, en invoquant sa durée de présence en France, elle ne fournit aucun élément, notamment aucun fondement juridique, au soutien de son moyen, permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, et en tout état de cause, la durée du séjour en France de Mme B ne caractérise pas une circonstance particulière justifiant l'octroi d'un délai supérieur à trente jours pour organiser son départ de France de sorte que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

25. Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 721-4 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : / 1° A destination du pays dont il a la nationalité () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

26. En se bornant à soutenir qu'elle serait exclue de toute vie sociale en raison de sa stérilité, Mme B n'établit pas être personnellement menacée en cas de retour dans son pays d'origine au sens des stipulations précitées. Ainsi le moyen qu'elle invoque, tiré de ce que la décision attaquée, en tant qu'il fixe le Sénégal comme pays de destination, méconnaîtrait l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 513-2 précité, doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761 1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Lepeu.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. GLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions