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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102962

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102962

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantARIKAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 mars 2021, la présidente de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la SARL Eco Renov.

Par une requête, enregistrée le 11 février 2021 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la SARL Eco Renov, représentée par Me Arikan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine, pour un montant total de 41 118 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par les titres de perception émis les 7 et 21 octobre 2020.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du directeur général de l'OFII du 7 septembre 2020 est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- c'est à tort que la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger vers son pays d'origine lui a été appliquée pour l'emploi de M. B A, dès lors que le salarié était en possession d'un titre de séjour italien au moment du contrôle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Eco Renov ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité, d'une part, des conclusions de la requête dirigées contre la décision du directeur général de l'OFII du 7 septembre 2020 compte tenu de leur tardiveté, dès lors que le recours gracieux présenté tardivement n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux, et d'autre part, des moyens relatifs aux vices propres à cette décision, soulevés à l'encontre des titres de perception.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 4 janvier 2020 sur un chantier situé à Dammartin-en-Goële, exploité par la SARL Eco Renov, les services de gendarmerie ont constaté la présence de deux ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 7 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la SARL Eco Renov la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 500 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 168 euros. La SARL Eco Renov demande au tribunal d'annuler la décision du 7 septembre 2020 et de la décharger de l'obligation de payer les titres de perception émis les 7 et 21 octobre 2020 pour avoir paiement de ces contributions.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du directeur général de l'OFII :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai () ".

3. Il résulte de l'instruction que la décision du 7 septembre 2020, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée le 9 septembre 2020 à la société Eco Renov. Le recours gracieux dont se prévaut cette dernière, présenté le 24 décembre 2020, a été formé au-delà du délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux qui expirait le 9 novembre 2020 et n'a, par suite, pas pu avoir pour effet d'interrompre le cours de ce délai. La requête ayant été introduite le

11 février 2021, les conclusions dirigées contre la décision du directeur général de l'OFII sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception :

En ce qui concerne les vices propres à la décision du 7 septembre 2020 :

4. Si le destinataire d'un titre de perception est recevable à contester, à l'appui de son recours par voie d'action contre ce titre, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive, il n'est pas recevable à contester les vices propres à cette décision. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la SARL Eco Renov n'est pas recevable, compte tenu du caractère définitif de la décision du 7 septembre 2020, à se prévaloir de l'insuffisance de motivation et du vice de procédure dont elle serait entachée.

En ce qui concerne le bien-fondé de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine :

5. D'une part, aux termes de l'article 5 de la convention d'application de l'accord Schengen : " 1. Pour un séjour n'excédant pas trois mois, l'entrée sur les territoires des Parties contractantes peut être accordée à l'étranger qui remplit les conditions ci-après : / a) Posséder un document ou des documents valables permettant le franchissement de la frontière, déterminés par le Comité exécutif ; / () / c) Présenter, le cas échéant, les documents justifiant de l'objet et des conditions du séjour envisagé et disposer des moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans le pays de provenance ou le transit vers un Etat tiers dans lequel son admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens () ". Aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord Schengen : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par un des Etats membres peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas trois mois sur toute période de six mois sur le territoire des autres Etats membres, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), et du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de l'Etat membre concerné ". L'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ". Aux termes de l'article

L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". Enfin aux termes de l'article L. 621-3 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ".

6. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

7. La société requérante ne conteste pas que les deux ressortissants étrangers se trouvant en situation de travail pour la société au moment du contrôle le 4 janvier 2020 étaient dépourvus de titre les autorisant à travailler sur le territoire français. Toutefois, elle soutient que M. B A, titulaire d'un titre de séjour italien, était autorisé à séjourner sur le territoire français au moment du contrôle. Si M. B A justifie être titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes, il n'est pas allégué et il ne résulte pas de l'instruction qu'il se serait conformé aux stipulations précitées de l'article 5 de la convention d'application de l'accord Schengen et aux dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'ainsi il aurait disposé des moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée de son séjour envisagé en France que pour le retour dans son pays d'origine ou en Italie, pays dans lequel son admission est garantie, ou qu'il aurait été en mesure d'acquérir légalement ces moyens. Il était, dès lors, en situation de séjour irrégulier en France au regard des stipulations et dispositions précitées. Il résulte de ce qui précède que, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 7, que le directeur général de l'OFII a appliqué à la société requérante la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Eco Renov doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Eco Renov est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SARL Eco Renov, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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