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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102986

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102986

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDOMINIQUE JOLY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2021 et le 12 juillet 2024 Mme A épouse D, représentée par Me Dominique Joly, demande au tribunal :

1°) d'annuler ensemble la décision du 31 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a mis fin à son contrat initial d'officier de la gendarmerie nationale et la décision du 9 juin 2021 rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de la réintégrer au sein du corps des officiers de la gendarmerie nationale et de reconstituer sa carrière à compter du terme de son contrat ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision contestée a été prise après la période probatoire au cours de laquelle il était possible de mettre fin au contrat;

- la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière au motif que les droits de la défense et le principe du contradictoire n'ont pas été respectés ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au motif que les comptes rendus sur lesquels elle s'est basée sont inexacts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a pas lieu à statuer sur la requête, la décision contestée ayant disparu de l'ordonnancement juridique ;

- le moyen tiré de l'absence de respect du principe du contradictoire est inopérant ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 juin 2024, la clôture d'instruction a été reportée au 20 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2020-306 modifiée;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Iffli,

- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteur public,

- et les observations de Me Joly, représentant Mme A épouse D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse D a été recrutée dans la gendarmerie nationale le 9 décembre 2019, via un contrat initial d'officier de 4 ans, à la suite de sa réussite aux épreuves de sélection d'officier sous contrat d'encadrement du 19 mars 2019 et a été affectée à l'école des officiers de la gendarmerie nationale en tant qu'élève officier. Le 24 mars 2020, le capitaine B a rédigé un rapport concluant à la radicalisation de la requérante. Le 31 juillet, le ministre de l'intérieur a pris une décision de dénonciation unilatérale du contrat initial de Mme A épouse D. Le 26 septembre 2020, la requérante a adressé un recours administratif préalable obligatoire à la commission des recours militaires, dont celle-ci a accusé réception le 5 octobre 2020, afin de contester cette décision. En l'absence de réponse de la commission, une décision de rejet de ce recours est intervenue 4 mois après sa réception, soit le 5 février 2021. Une décision explicite confirmative de ce rejet est intervenue le 9 juin 2021. La requérante demande l'annulation de la décision mettant fin à son contrat ainsi que de celle rejetant son recours préalable obligatoire, d'enjoindre à l'Etat de la réintégrer au sein du corps des officiers de la gendarmerie nationale et de reconstituer sa carrière à compter du terme de son contrat.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, le ministre de l'intérieur, pour estimer que l'inaptitude professionnelle de la requérante était établie, s'est fondé sur la circonstance que la requérante avait une attitude fermée qui l'isolerait de ses camarades et serait incompatible avec la vie militaire, et qu'elle aurait tenue, au cours de sa formation, des propos à caractère antisémite, xénophobe et négationnistes incompatibles avec l'état de militaire et avec les valeurs républicaines. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que, d'une part, aucun élément n'est apporté par le ministre pour démontrer que son caractère introverti et discret serait incompatible avec la vie militaire alors même que son dernier bulletin de notation de 2018 dans la réserve, tout en relevant son caractère discret, notait qu'elle devrait pouvoir prétendre à des responsabilités supérieures. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les accusations d'antisémitisme, ne reposent que sur le témoignage d'un seul élève sur une promotion de près de 120 officiers, témoignage au demeurant imprécis et non circonstancié, qui l'accuse d'avoir tenu des propos antisémites alors même que la sous-lieutenante Buessard s'est quant à elle rétractée par une lettre en date du 12 juillet 2020 dans laquelle elle précise que son précédent rapport avait été écrit " sur ordre " et qui atteste au contraire de l'absence de tout propos raciste, antisémite ou négationniste. Si le ministre de l'intérieur estime également que l'appartenance de la requérante à l'association " chrétiens d'orient " prouve son idéologie extrémiste, la seule circonstance que la requérante a effectué un stage d'un mois à l'étranger avec cette association ne saurait suffire à démontrer son adhésion à une idéologie contraire aux valeurs républicaines. Enfin, le fait que la requérante, qui a déjà servi dans la réserve, estime qu'il est du devoir d'un officier de la gendarmerie de rester stoïque face aux images d'un attentat ne saurait constituer la preuve d'un manque d'empathie tel qu'il serait incompatible avec l'état de militaire. Il suit de là que les faits reprochés à la requérante n'étant pas établis, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 31 juillet 2020 mettant fin au contrat de Mme A épouse D ainsi que celle du 5 février 2021 rejetant implicitement son recours préalable doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

4. L'annulation de la décision attaquée implique seulement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de la réintégrer dans le corps des officiers sous contrat d'engagement pour la période qui restait à courir jusqu'à la fin de la période probatoire.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A épouse D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 31 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a dénoncé le contrat d'engagement initial de Mme A épouse D est annulée, ensemble la décision implicite en date du 5 février 2021.

Article 2 : il est enjoint au ministre de l'intérieur de réintégrer Madame A épouse D pour la période restant à courir jusqu'à la fin de la période probatoire.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A épouse D une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A épouse D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Madame C A épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Iffli, conseillère,

M. Rehmann-Fawcett, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

C. IFFLI

Le président,

S. DEWAILLY Le greffier,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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