jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CAMUS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2008649 du 30 mars 2021, enregistrée le 1er avril 2021, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.
Par cette requête, enregistrée le 22 décembre 2020, M. B A, représenté par Me Camus, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de faire droit à sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et au versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou de réexaminer son droit aux conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, Me Camus, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas bénéficié de l'entretien prévu à l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par le requérant sont infondés ;
- en tout état de cause, la décision en litige pouvait également se fonder sur le fait que M. A a obtenu le bénéfice de la protection internationale en Italie et dissimulé cette circonstance, en présentant sa demande d'asile sous une fausse identité, en sorte qu'il y a lieu le cas échéant de procéder à une substitution de motifs.
Par ordonnance du 22 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 22 juillet 2023 à 12 h 00.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la directive (UE) n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant somalien né en 2000, a présenté, le 5 septembre 2018, sous l'alias de M. C, une première demande d'asile. Compte tenu d'une prise d'empreintes au moyen du système " Eurodac " effectuée en Italie, ce pays a été saisi d'une demande de prise en charge de l'intéressé en tant qu'Etat responsable de sa demande. Un accord implicite des autorités italiennes étant né le 1er octobre 2018, M. A a été transféré vers ce pays le 6 mars 2019. Revenu en France, M. A a de nouveau sollicité l'asile, une nouvelle fois sous l'alias précité, puis sous sa véritable identité, cette dernière demande ayant été enregistrée le 17 juillet 2020. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Sollicitées à fin de reprise en charge de M. A, les autorités italiennes ont, par courrier du 20 août 2020, opposé un refus, au motif que l'intéressé s'était vu accorder une protection internationale dans ce pays. Un refus a également été opposé par les autorités allemandes. Le 25 août 2020, l'OFII a édicté l'encontre de M. A une décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil (CMA) du demandeur d'asile. Par courriel du 28 septembre 2020, l'intéressé en a sollicité le rétablissement. Par une décision du 21 octobre 2020 dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a refusé de faire droit à sa demande.
2. En premier lieu, si M. A soutient ne pas avoir bénéficié de l'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité alors prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII a toutefois produit l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil correspondant à sa demande d'asile du 17 juillet 2020, sur lequel le requérant a certifié avoir été évalué par l'office dans une langue qu'il comprend avec l'assistance d'un interprète. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité des conditions dans lesquelles la situation de M. A a été examinée ne peut qu'être écarté.
3. En second lieu, aux termes d'une part de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ". Dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La CIMADE et autres, n° 428530 et 428564, le Conseil d'Etat a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
4. Il résulte des termes de la décision attaquée que celle-ci se fonde sur un motif tiré de ce que M. A n'aurait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile, à la circonstance qu'il a présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Italie. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile enregistrée le 5 septembre 2018 ait été examinée par l'Italie et la délivrance d'une attestation de demande d'asile enregistrée en procédure " normale " remise à M. A le 21 septembre 2020, révèle une décision de la France d'examiner la nouvelle demande présentée par l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'OFII ne pouvait légalement, pour fonder la décision en litige, lui opposer la présentation d'une nouvelle demande postérieurement à son transfert.
5. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Il n'est pas contesté que le requérant a obtenu le bénéfice de la protection internationale en Italie et s'est vu remettre, le 26 septembre 2017, un permis de résidence au titre de la protection subsidiaire. M. A, qui invoque seulement ne pas avoir pu bénéficier, suite à son transfert vers l'Italie le 6 mars 2019, des droits ouverts aux demandeurs d'asile, notamment d'une prestation d'hébergement, n'allègue pas ni ne justifie que l'Etat italien n'assurerait pas de façon effective à son égard le bénéfice des droits qu'il tient de la protection internationale qui lui a été accordée. Or, le requérant, qui après son retour en France, a de nouveau présenté en premier lieu une demande sous une fausse identité, ne conteste pas avoir en outre dissimulé, lors de l'enregistrement de ses demandes d'asile, le fait qu'il bénéficiait déjà de la protection internationale en Italie, et n'a ainsi pas fourni les informations utiles à fin d'instruire, notamment, sa dernière demande en date. Ce motif pouvait légalement justifier la décision contestée. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée par l'OFII, soumise au contradictoire dans le cadre de l'instance et qui n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie de procédure.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de faire droit à sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Camus.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026