jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | NGUYEN VAN HO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 avril 2021 et le 10 mars 2022,
Mme C A, représentée par Me Nguyen Van Ho, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations des 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du quinzième jour suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Val-de-Marne la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut pour le préfet du Val-de-Marne d'avoir saisi la commission du titre de séjour en application de
l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'avis rendu le 24 novembre 2020 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé et de sa vie privée et familiale ;
S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays à destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, qui n'a produit aucune observation en défense.
Par une lettre du 12 avril 2021, le tribunal a invité le préfet du Val-de-Marne à produire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 novembre 2020 et à préciser le nom du médecin rapporteur, dans un délai de dix jours. Cet avis a été produit par le préfet du Val-de-Marne le jour même et communiqué à Me Nguyen Van Ho, conseil de Mme A, le 13 avril 2021.
Par une ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 avril 2022 à 12 heures
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du17 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante algérienne née le 14 juillet 1964 à Mekla (Algérie), entrée en France le 2 avril 2016 munie d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type C, a présenté une demande de certificat de résidence algérien le 10 septembre 2020 en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du
29 décembre 2020, le préfet du Val-de-Marne, qui a estimé que la situation personnelle et familiale de l'intéressée ne relevait d'aucun des cas évoqués dans l'accord franco-algérien ni de ceux énoncés aux articles L. 313-11 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation ;
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " (). / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / ; () ; / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ". Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ".
3. Pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé sur l'avis du 24 novembre 2020 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée " nécessite une prise en charge médicale " dont le défaut " peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ", elle peut, " eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire ", " y bénéficier effectivement d'un traitement approprié " et peut, " au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis () voyager sans risque vers le pays d'origine ".
4. Mme A doit être regardée comme soutenant que la décision portant refus de titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut pour le préfet du Val-de-Marne d'avoir saisi la commission du titre de séjour alors qu'il y est tenu dès qu'elle peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de malade. La requérante, qui déclare qu'elle est " handicapée de naissance au niveau neuro-psychiatrique " et " serait atteinte de la maladie de Parkinson ", qu'elle est dépendante et qu'elle ne peut être prise en charge en Algérie, le système algérien de santé étant caractérisé par d'importantes difficultés en terme de prise en charge des malades et d'accès aux médicaments, produit le certificat médical confidentiel du 17 septembre 2020, rédigé par un neurologue, qui a été adressé à l'OFII, et qui fait mention, sous l'intitulé " pathologie psychiatrique ", d'un " probable état de déficience mentale ", corroboré par les certificats médicaux du
16 septembre 2020 d'un médecin généraliste et, au titre des " perspectives et diagnostic " indique " stabilité ", sous l'intitulé " pathologie somatique ", d'un handicap moteur des membres inférieurs et d'une suspicion de maladie de Parkinson. Elle produit, en outre, le certificat médical établi le 11 mai 2014 par un médecin généraliste, assermenté, qui indique que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge dans un centre spécialisé. Toutefois, ces documents, au demeurant peu circonstanciés sur le défaut d'une prise en charge médicale de la requérante et sur l'impossibilité d'être prise en charge en Algérie, ne permettant pas de contredire efficacement la décision en litige ni l'avis du collège des médecins de l'OFII, lequel ne peut être regardé comme entaché d'erreur d'appréciation. Mme A ne pouvait donc prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de malade. Dans ces conditions, le préfet du Val-de-Marne n'était pas tenu, en application de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de soumettre le cas de la requérante à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Mme A ne peut, à cet égard, utilement se prévaloir de la circulaire du
27 octobre 2005 dépourvue de toute portée impérative.
5. En second lieu, Mme A doit être regardée comme soutenant que le préfet du Val-de-Marne a entaché la décision en litige d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle tant au regard de son état de santé que de sa vie privée et familiale.
6. D'une part, la requérante se prévaut de son état de santé et de l'impossibilité de bénéficier d'une prise en charge en Algérie, le suivi thérapeutique continu de sa maladie chronique par des équipes pluridisciplinaires spécialisées et l'accompagnement psychologique n'étant pas mis en œuvre de manière satisfaisante. Toutefois, au vu de ce qui a été énoncé au point 4. du présent jugement, Mme A n'est pas fondée à reprocher au préfet du Val-de-Marne d'avoir entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. D'autre part, la requérante se prévaut des circonstances qu'elle réside chez son frère, qui demeure en France sous couvert d'une carte de résident, depuis son arrivée sur le territoire français, qu'elle y a d'autres attaches familiales, quatre autres frères et sœurs y résidant, également, sous couvert de carte de résident, que ses sœurs restées en Algérie ne peuvent la prendre en charge, que ses parents sont décédés et que son état de santé nécessité l'aide d'une tierce personne. Toutefois, la requérante, qui n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas recevoir tout le soutien matériel et affectif dont elle aurait besoin des membres de sa famille qui demeurent en Algérie. Les pièces qu'elle a versées au dossier, notamment, les certificats médicaux relatifs à l'état de santé de ses sœurs demeurant en Algérie établis les 4, 6 et 7 février 2021, sont, à cet égard, insuffisantes pour établir que ses sœurs seraient dans l'incapacité de lui prêter une assistance utile. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.
9. En second lieu, si Mme A soutient que l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français aura des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation et que cette décision est " donc au surplus entachée d'erreur manifeste d'appréciation ", cette circonstance est sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, au vu de la situation décrite aux points 4., 6. et 7. du présent jugement, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays à destination :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Si Mme A soutient que l'exécution de la décision fixant le pays de destination aura des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation, cette circonstance est sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, au vu de ce qui a été énoncé aux points 4., 6. et 7. du présent jugement, Mme A, qui ne démontre pas que son retour en Algérie l'exposerait à un risque de traitement inhumain ou dégradant, n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En second lieu, au vu de la situation décrite aux points aux points 4., 6. et 7. du présent jugement, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions formant l'arrêté du 29 décembre 2020 par lesquelles le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
Mme Réchard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. B
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026