jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | STEPHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2021, M. B E, représenté par Me D, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la préfecture de Seine-et-Marne la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- la décision n'est pas motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays à destination :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
10 mars 2022 à 12 heures.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a produit aucune observation en défense.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 17 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant camerounais né le 16 février 1974 à Douala, qui est entré en France le 22 septembre 2013 muni d'un visa Schengen de type C, a sollicité la régularisation de sa situation administrative. Par un arrêté du 12 février 2021, le préfet de
Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le préfet refuse la délivrance d'un titre de séjour constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en fait comme en droit.
3. La décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise les éléments principaux de la situation personnelle et familiale du requérant au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rend compte de l'appréciation portée par le préfet du Val-de-Marne au titre de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. E soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. A cet égard, il fait valoir qu'il réside en France depuis huit ans, qu'il n'a plus de famille proche au Cameroun, qu'il s'est marié avec Mme C, avec laquelle il entretient une relation amoureuse depuis trois ans, et qui réside régulièrement sur le territoire français. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré régulièrement en France le 22 septembre 2013 et que, s'il s'y est maintenu irrégulièrement dans des conditions précaires, les pièces qu'il a versées au dossier ne permettent pas de s'assurer avec certitude d'une présence effective et pérenne depuis cette date. D'autre part, le requérant ne démontre pas, par les pièces qu'il a produites, dont l'attestation d'hébergement du 3 avril 2021 par laquelle le tiers hébergeant atteste l'héberger ainsi que son épouse à titre gratuit depuis 2018, le récépissé de l'enregistrement de la déclaration conjointe des partenaires du pacte civil de solidarité (PACS) du 26 novembre 2019, la copie de l'acte de mariage du 29 août 2020 et quelques documents (courriers, avis d'impôt sur les revenus, contrat de travail et bulletins de paie de l'épouse du requérant) établis au titre de l'année 2020, la réalité d'une vie commune stable et ancienne avant la signature du PACS. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. E, qui ne peut justifier d'une réelle insertion au vu des pièces produites et qui ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de trente-neuf ans, il ne peut être reproché au préfet de Seine-et-Marne d'avoir porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et d'avoir méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, au vu de ce qui vient d'être énoncé au point précédent du présent jugement, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences au regard de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicables : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () ; / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / (). / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. () ".
8. La décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. E à quitter le territoire français est consécutive à la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, la décision attaquée n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de titre de séjour qui est suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été dit aux points 2. à 6. du présent jugement,
M. E n'est pas fondé à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision.
10. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux point 5. et 6. du présent jugement, le préfet de Seine-et-Marne ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comme ayant entaché la décision contestée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. Les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, ainsi que cela a été dit aux points 2. à 10. du présent jugement, M. E n'est pas fondé à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 février 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. E, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E demande sur le fondement de ses dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à M D et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
Mme Réchard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026