vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103178 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | TIGOKI IYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2021 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 7 avril 2021 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. B A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2021 par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de procéder au rétablissement à son profit des conditions matérielles d'accueil de demandeur d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration aux dépens ;
5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'incompétence négative dès lors que son auteur s'est cru en compétence liée ;
- elle est entachée d'une violation de la loi dès lors qu'il n'a pas été procédé à un nouvel examen de sa situation personnelle qui aurait permis de prendre en compte sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'auteur de la décision n'a pas procédé à un examen actuel de sa situation et s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où il a été contraint de fuir son pays en raison des persécutions et des menaces dont il était l'objet et qu'il est dépourvu de tout revenu et de logement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
L'instruction a été rouverte par la communication la communication du mémoire enregistré le 25 novembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été présenté au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin, conseillère rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 17 novembre 1996 à Arr (Mauritanie), a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 24 septembre 2018, sa demande étant enregistrée en procédure Dublin,et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile à la même date. Par une décision du 21 février 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses allocations au motif qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. Le 3 février 2021, il a présenté une demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile de l'Essonne, enregistrée en procédure normale. L'intéressé a sollicité leur rétablissement le 4 février 2021. Par décision du 9 février 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à sa demande de rétablissement. Par la présence requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 octobre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. A. Par suite, cette demande est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / () . 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sans préjudice de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, en cas de refus ou d'abandon de l'hébergement proposé en application du premier alinéa du présent article, le demandeur d'asile ne peut être hébergé dans un établissement mentionné au 8° du I de l'article L. 312-1 du même code et à l'article L. 322-1 dudit code ou bénéficier de l'application de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. Après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, un décret en Conseil d'Etat détermine les informations qui doivent être fournies par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au service intégré d'accueil et d'orientation pour la mise en œuvre du troisième alinéa du présent article. ".
5. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, n° 428530, 428564, le Conseil d'État a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
6. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 20 point 1 de la directive du 26 juin 2013 et la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 précitées. Elle indique, en outre, que le requérant n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, sans que les motifs évoqués par l'intéressé soient de nature à justifier ce manquement et que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, effectuée le 8 février 2021, ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6, ni de besoins particuliers en matière d'accueil, de sorte qu'il ne peut être donné une suite favorable à sa demande de rétablissement. Ainsi, la décision contestée est suffisamment motivée et le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision ni d'aucun des éléments du dossier, alors notamment que le requérant n'apporte aucun élément sur sa situation personnelle, que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée telle que rappelée au point n°6 que le directeur territorial de l'OFII, qui a non seulement rappelé le non-respect de l'obligation de se présenter aux autorités mais également l'absence de facteur particulier de vulnérabilité ou de besoin particuliers en matière d'accueil, se soit cru en situation de compétence liée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit au motif que le préfet se serait cru en situation de compétence liée et de l'incompétence négative ne sont pas fondés.
9. En quatrième lieu, M. A, qui ne conteste pas ne pas s'être rendu aux convocations, soutient que la décision est illégale dès lors qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation, notamment à un nouvel examen de sa situation de personnelle, qui aurait permis de prendre en compte sa vulnérabilité. Toutefois, la décision attaquée mentionne expressément qu'il a été procédé à une évaluation de sa situation personnelle et familiale le 8 février 2021, soit la veille de la décision attaquée et ainsi que cela a été évoqué aux point 5. En outre, l'OFII produit la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le 8 février 2021 dans laquelle M. A n'a fait état d'aucun élément particulier de vulnérabilité. Ainsi, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen particulier de la situation de vulnérabilité de M. A. Par suite, et alors qu'en outre, le requérant n'apporte aucun élément sur sa situation personnelle, le moyen tiré de la violation de la loi et de l'erreur de droit tiré du défaut d'examen particulier et d'appréciation de vulnérabilité doit être écarté.
10. En cinquième lieu, M. A indique lui-même dans ses écritures qu'il n'a pas pu se rendre aux convocations des autorités et s'il invoque être en situation de très grande précarité, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce attestant de la vulnérabilité dont il se prévaut. En outre, la décision contestée ne tendant pas à lui permettre d'obtenir le statut de réfugié, il ne saurait se prévaloir des persécutions et des menaces dont il serait l'objet dans son pays. Par suite, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'étant pas établie, ce moyen n'est pas fondé.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle de M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Lacote, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
S. BOURDIN
Le président,
S.DEWAILLY La greffière,
C. SISTAC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026