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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103354

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103354

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantRACINE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, la SCI Rabelais, représentée par le cabinet Racine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2020 par lequel le maire de Saint-Maur-des-Fossés s'est opposé à la déclaration préalable tendant au changement de destination d'un local commercial, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 14 février 2021 et la décision explicite de rejet de son recours gracieux du 22 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Maur-des-Fossés une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse méconnait les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle constitue une décision de retrait soumise au respect d'une procédure contradictoire ;

- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle est intervenue plus de trois mois après la naissance d'une décision tacite de non-opposition.

La requête a été communiquée à la commune de Saint-Maur-des-Fossés qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 9 novembre 2021 à la commune de Saint-Maur-des-Fossés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Zanella rapporteur public,

- et les observations de Me Richard, représentant la SCI Rabelais.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Rabelais a déposé le 29 avril 2020 une déclaration préalable tendant au changement de destination d'un local commercial en logement. Par un courrier daté du 25 juin 2020 dont il a été accusé réception le 26 juin 2020, le maire de Saint-Maur-des-Fossés lui a adressé une demande de pièces complémentaires. Par un arrêté du 13 octobre 2020, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a informé la pétitionnaire de l'opposition apportée à sa déclaration. La SCI Rabelais a sollicité le retrait de cette décision par un recours gracieux formé le 14 décembre 2020 dont il a été accusé réception le 18 décembre suivant. Ce recours gracieux a été rejeté par un courrier du 22 mars 2021 confirmant la décision implicite de rejet née le 18 février 2020. La SCI Rabelais demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, la décision tacite d'opposition à sa déclaration préalable et, d'autre part, les décisions de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'une décision de non-opposition à déclaration préalable délivrée à la SCI Rabelais à la suite de sa demande du 29 avril 2020 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes.". Aux termes de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un dossier de déclaration préalable est incomplet, la commune doit inviter le demandeur, dans un délai d'un mois à compter de son dépôt, à compléter sa demande en lui indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. Si le demandeur adresse, dans le délai de trois mois à compter de la réception de ce courrier, l'ensemble des pièces manquantes, le délai d'instruction commence à courir à la date à laquelle la commune reçoit ces pièces et, si aucune décision n'est notifiée à l'issue du délai d'instruction, fait naître une décision implicite de non-opposition à déclaration préalable. A l'inverse, si le demandeur n'adresse pas à la commune l'ensemble des pièces manquantes dans le délai de trois mois, une décision tacite d'opposition à la déclaration préalable naît à l'expiration de ce délai.

4. D'autre part, l'article 12 ter de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et l'adaptation des procédures pendant cette même période, dans sa version applicable au litige, dispose que : " Sans préjudice de la faculté de prévoir, pour les mêmes motifs que ceux énoncés à l'article 9, une reprise des délais par décret, les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, y compris les délais impartis à l'administration pour vérifier le caractère complet d'un dossier ou pour solliciter des pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction, ainsi que les procédures de récolement prévues à l'article L. 462-2 du même code, qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période comprise entre le 12 mars 2020 et le 23 mai 2020 est reporté à l'achèvement de celle-ci. / Les mêmes règles s'appliquent aux délais impartis aux collectivités territoriales et à leurs établissements publics, aux services, autorités ou commissions, pour émettre un avis ou donner un accord dans le cadre de l'instruction d'une demande ou d'une déclaration mentionnée à l'alinéa précédent ainsi qu'au délai dans lequel une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou une autorisation d'urbanisme tacite ou explicite peut être retirée, en application de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ".

5. En application des dispositions précitées, le délai d'instruction du dossier de déclaration de préalable de la SCI Rabelais, qui a été réceptionné le 29 avril 2021, a débuté le 24 mai 2020. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Saint-Maur-des-Fossés lui a adressé une demande de pièces complémentaires par un courrier daté du 25 juin 2020 et notifié le 26 juin 2020, soit postérieurement au délai d'instruction d'un mois qui avait expiré le 24 juin 2020 à minuit. Dans ces conditions, la décision en litige doit être regardée comme constituant une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition dont la société requérante était alors bénéficiaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Aux termes de l'article L. 121-1 de ce code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige s'analyse, ainsi qu'il l'a été dit au point 5, comme une décision de retrait. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la SCI Rabelais a été informée par le maire de Saint-Maur-des-Fossés, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure du 9 novembre 2021, qu'il était envisagé de remettre en cause les droits acquis résultant de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable et qu'elle a été invitée à présenter ses observations sur la mesure envisagée. Par suite, la décision contestée est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie. Dans les circonstances de l'espèce, le non-respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration a privé la SCI Rabelais d'une garantie en ne pouvant pas présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision contestée, ce qui a été également susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision en litige. Par suite, elle est fondée à demander pour ce motif l'annulation de la décision en litige.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".

10. En application de ces dispositions, le maire de Saint-Maur-des-Fossés ne pouvait prononcer le retrait de la décision tacite de non opposition à déclaration préalable née le 24 juin 2020, à la supposer illégale, que dans un délai de trois mois à compter de l'intervention de cette décision, soit, en l'espèce, jusqu'au 24 septembre 2020. Il suit de là que la société requérante est également fondée à soutenir que la décision de retrait de la décision de non opposition à déclaration préalable prise le 13 octobre 2020 est illégale pour être intervenue au-delà du délai légal prévu par ces dispositions.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Rabelais est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 octobre 2020 portant retrait de la décision de non-opposition dont elle était bénéficiaire.

Sur les frais liés au litige :

12. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Maur-des-Fossés la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Rabelais et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Saint-Maur-des-Fossés du 13 octobre 2020 est annulé ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 14 février 2021 confirmée par la décision explicite du 22 mars 2021.

Article 2 : La commune Saint-Maur-des-Fossés versera à la SCI Rabelais la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Rabelais et à la commune de Saint-Maur-des-Fossés.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. L'HIRONDEL

La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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