jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103437 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SEINGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril 2021 et 5 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Seingier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 février 2021 par laquelle la directrice des
Hôpitaux de Saint-Maurice l'a suspendue de toutes fonctions au sein des Hôpitaux de
Saint-Maurice à compter du 18 février 2021 et jusqu'au 18 mai 2021 inclus, avec toutes conséquences de droit ;
2°) d'enjoindre aux Hôpitaux de Saint-Maurice de lui verser les primes qu'elle a perdues en conséquence de la décision attaquée et de retirer de son dossier administratif les pièces relatives à l'accusation litigieuse et de les détruire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge des Hôpitaux de Saint-Maurice la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les conclusions aux fins d'injonction sont recevables ;
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- le conseil de discipline n'a pas été immédiatement saisi et ne l'a pas été postérieurement à la décision attaquée ;
- la décision litigieuse est entachée d'erreur de fait ; l'enquête administrative a démontré que les témoignages sur lesquels elle repose étaient mensongers ; en tout état de cause, aucun fait grave ne ressort du rapport du 12 mars 2021 consécutif à l'enquête administrative menée ; le juge administratif peut prendre en considération de tels éléments, même postérieurs à la décision attaquée, dès lors qu'ils contribuent à démontrer une erreur qui aurait pu être évitée par l'administration ; cette dernière avait connaissance des signes de harcèlement dont Mme B se plaignait et aurait dû être vigilante à ne pas se faire instrumentaliser par les syndicats ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été prise sans que ne soient démontrés ni le caractère de vraisemblance suffisant ni le caractère de faute grave des faits sur lesquels elle se fonde ; elle est fondée sur trois dénonciations calomnieuses ; elle a été victime d'une cabale soutenue et amplifiée par deux représentantes syndicales ; aucune faute ne peut lui être reprochée et l'intérêt du service ne justifiait pas la mesure prise ; ses évaluations élogieuses pour les années 2019 et 2020 démontrent que la décision attaquée est illogique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, les
Hôpitaux de Saint-Maurice, représentés par leur directeur en exercice, représenté par la Selarl Houdart et Associés, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les conclusions tendant à ce qu'il leur soit enjoint de verser à Mme B les primes dont elle a été privée du fait de la mesure de suspension prise à son encontre sont irrecevables ;
- les moyens tirés de ce que la décision est insuffisamment motivée et de ce que le conseil de discipline n'a pas été immédiatement saisi ne peuvent qu'être écartés comme inopérants ;
- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mars 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,
- et Mme B à qui la parole a été donnée et qui a présenté des observations.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, recrutée, à compter du 2 décembre 2019, en qualité d'infirmière en soins généraux du 1er grade ISGS stagiaire, par un arrêté de la directrice des
Hôpitaux de Saint-Maurice (HSM) du 4 décembre 2019, a été affectée à l'unité psychiatrique Louise Michel. La direction des ressources humaines des Hôpitaux de Saint-Maurice ayant reçu plusieurs témoignages de collègues de Mme B mettant en cause son comportement professionnel, la directrice des Hôpitaux de Saint-Maurice l'a, par une décision du 19 février 2021, suspendue de toutes fonctions du 18 février au 18 mai 2021 inclus. Par la présente requête,
Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre aux Hôpitaux de
Saint-Maurice de lui verser les primes dont elle a été privée en conséquence de la décision attaquée et de retirer de son dossier administratif les pièces relatives à l'accusation litigieuse et de les détruire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. () ".
3. En premier lieu, la mesure de suspension est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Elle n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées par application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée est inopérant et ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, qui ont imparti à l'administration un délai de quatre mois pour statuer sur le cas d'un fonctionnaire ayant fait l'objet d'une mesure de suspension, ont pour objet de limiter les effets dans le temps de cette mesure sans qu'aucun texte n'enferme dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire ni même fasse obligation à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'engager une procédure disciplinaire. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que, faute d'avoir engagé la procédure disciplinaire à son encontre, la directrice des HSM a entaché d'illégalité la décision par laquelle elle a prononcé sa suspension. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le conseil de discipline n'a pas été saisi dans les conditions prévues à l'article 30 précité de la loi du 13 juillet 1983 ne peut qu'être écarté.
5. En troisième et dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article 30 de la loi du
13 juillet 1983 qui viennent d'être énoncées au point 2. du présent jugement, qu'une mesure de suspension de fonctions ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire que lorsque les faits imputés au fonctionnaire présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. Eu égard à la condition de légalité tenant au caractère vraisemblable de certains faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision. Les éléments nouveaux qui seraient, le cas échéant, portés à la connaissance de l'administration postérieurement à sa décision, ne peuvent ainsi, alors même qu'ils seraient relatifs à la situation de fait prévalant à la date de l'acte litigieux, être utilement invoqués au soutien d'un recours en excès de pouvoir contre cet acte.
6. Il ressort des pièces du dossier que, pour suspendre Mme B de ses fonctions, la directrice des HSM a estimé, au vu des témoignages reçus les 25 et 28 janvier 2021 et
10 et 11 février 2021, que la gravité des faits qui lui étaient reprochés justifiaient, dans l'attente des résultats de l'enquête à mener, qu'elle soit suspendue de toutes fonctions du 18 février au 21 mai 2021 inclus. Il ressort de ces témoignages, rapportés de manière anonyme par la
chargée de mission " gestion prévisionnelle des métiers et compétences et qualité de vie au travail " à la demande du directeur des ressources humaines dans le rapport du 12 mars 2021, que quatre collègues de Mme B ont remis en cause son comportement au sein du service. Le premier témoignage souligne qu'" [elle est] harcelée " par la requérante, qui lui a indiqué " je ne veux plus travailler avec toi, tu es une bonne à rien, je ne veux plus te voir ", que la requérante l'a insultée à plusieurs reprises, qu'elle [l']a traitée de tous les noms " et qu'" [elle s'est] sentie humiliée, rabaissée et honteuse ". Le deuxième de ces témoignages rapporte des propos inadaptés de Mme B, notamment, à son encontre tels que " vous me prenez pour une fille facile ", a dénoncé le fait que la requérante " réagit souvent avec un vocabulaire à connotation sexuelle ", le fait qu'elle lui a reproché les aménagements d'horaires accordés par la cadre de santé au mois de septembre et s'est, à cet égard, montrée " menaçante sur le pouvoir de [lui] faire supprimer cet arrangement " et qu'elle se montre très familière avec certains patients qu'elle prend " à partie " contre certains agents. Le troisième témoignage relate une altercation entre une collègue et la requérante et le fait qu'elle a assisté à des altercations entre Mme B et des aides-soignantes qu'" elle [a] humili[é] ", que " courant octobre / novembre 2020, elle [lui] a dit que ça allait être la guerre à Louise Michel, que nous les infirmières nous nous étions ralliées à Mme A et que nous allions le regretter " et que, lors d'une discussion au cours de laquelle a été évoqué l'incident avec Mme A, elle " a ouvert sa blouse en grand, gonflant sa poitrine sous son tee-shirt et () me disant " tu veux que je lèche la chatte ' ". Enfin, le témoignage de la dernière collègue indique que Mme B a raconté " des médisances " sur elle, qu'elle " est un loup et nous des agneaux qu'elle mangera ", qu'elle lui a proposé de " lui lécher la chatte ", qu'elle l'a traitée de " pauvre fille " et l'a menacée " d'aller à la direction pour [la] briser et [la] faire virer sur le champ ".
7. D'une part, au vu du éléments concordants et circonstanciés de ces différents témoignages qui ont unanimement dénoncé des comportements déplacés et inadaptés de Mme B tenant à son agressivité, sa grossièreté et ses propos insultants à l'endroit de ses collègues, susceptibles de perturber le service de psychiatrie au sein duquel elle était affectée, et nonobstant la circonstance qu'elle ait fait antérieurement l'objet d'évaluations professionnelles favorables, la directrice du centre hospitalier était fondée à estimer que les faits qui lui étaient reprochés présentaient un caractère suffisant de gravité et de vraisemblance justifiant la mesure de suspension en litige.
8. D'autre part, les circonstances que Mme B ait dénoncé au mois de février 2020 une agression par l'une de ses collègues et qu'aucune procédure disciplinaire n'ait été ultérieurement engagée à son endroit ne sont pas de nature à remettre en cause la vraisemblance des faits reprochés à la date de la décision compte tenu d'une part de l'ancienneté de l'agression dénoncée et d'autre part, de ce que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité d'engager une procédure disciplinaire repose sur des éléments postérieurs à la date de la décision en litige. Par ailleurs, la circonstance que, postérieurement à la décision attaquée, l'enquête diligentée par la section syndicale confédération française démocratique du travail (CFDT) des HSM, ait procédé à des constatations qui sont de nature à contredire certains des faits relevés à son encontre, sont sans incidence sur la légalité de cette décision, qui s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, et qui, en outre, n'est pas subordonnée à l'existence de faits matériellement établis, mais seulement au caractère suffisamment vraisemblable, à cette date, des faits retenus.
9. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation ne pourront qu'être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par les HSM, ses conclusions aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge des HSM, qui ne sont pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par les HSM sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par les Hôpitaux de Saint-Maurice sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et aux Hôpitaux de Saint-Maurice.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103437
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026