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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103486

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103486

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103486
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

C une requête, enregistrée le 15 avril 2021, Mme B A, représentée C

Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites des 16 octobre 2020 et 15 février 2021 rejetant sa demande de communication de documents administratifs ;

2°) d'enjoindre à la commune de Meaux de lui communiquer les documents sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros C jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Meaux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les documents dont elle a sollicité la communication entrent dans le champ d'application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus de communiquer les documents sollicités est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

C un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, la commune de Meaux, représentée C son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que les documents sollicités C la requérante lui ont été communiqués C courrier du 24 mars 2021 ;

- les documents demandés ont de nouveau été transmis à l'intéressée C courrier du

4 juin 2021 ;

- et que, pour ces raisons, le recours est devenu sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, C ordonnance : / () /

3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser /

5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

2. Mme A, agent titulaire au sein de la commune de Meaux, en qualité d'ajointe technique, a sollicité du maire de la commune, le 14 septembre 2020, notifiée le 16 septembre suivant, la communication des documents relatifs à l'instruction de la demande de congé de longue maladie évoquée dans l'arrêté n° 17-5267 et les documents permettant de vérifier la régularité de la procédure suivie dans le cadre de l'instruction de son dossier C le comité médical qui a émis un avis le 10 juin 2020. A la suite du silence gardé C l'administration, la requérante a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (" CADA "), le 15 décembre 2020, d'une demande d'avis sur la communication des documents précités. Le 22 février 2021, cette commission a émis un avis favorable sous réserve. C suite, les 24 mars et 4 juin 2021, la commune de Meaux a adressé à l'intéressée deux courriers, d'une part, indiquant, que sont joints les documents relatifs à la procédure ayant conduit à l'avis du comité médical du 10 juin 2020, et, d'autre part, refusant de lui communiquer les autres documents. C la présente requête,

Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite du 16 octobre 2020 portant rejet de sa demande de communication de documents et de la décision implicite du

15 février 2021 C laquelle l'administration a maintenu son refus de lui communiquer les documents sollicités.

Sur l'exception de non-lieu soulevée en défense :

3. En soutenant que les documents sollicités C Mme A lui ont été communiqués C courrier du 4 juin 2021, la commune de Meaux doit être regardée comme soulevant une exception de non-lieu à statuer. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le maire de la commune de Meaux a communiqué à la requérante les documents relatifs à l'instruction de son dossier au comité médical, pour lequel ce dernier a émis un avis en date du 10 juin 2020, notamment le procès-verbal du comité médical du

10 juin 2020, le bordereau de saisine de ce comité, l'arrêté municipal n° 20-2111 du 20 juillet 2021 entérinant la décision du comité médical et le profil de poste proposé. Il produit à cet égard un courrier du 4 juin 2021 mentionnant " Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint les documents demandés : - Procès-verbal du comité médical du 10/06/2020, - Bordereau de saisine du comité médical, - Arrêté municipal n°20-2111 du 20/07/2021 entérinant la décision du comité médical, - Profil de poste ". Mme A ne conteste pas avoir effectivement reçu ces documents le

4 juin 2021, ni n'allègue que ceux-ci s'avèreraient incomplets. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête, relatives aux documents permettant de vérifier la régularité de la procédure suivie dans le cadre de l'instruction du dossier de Mme A C le comité médical qui a émis un avis le 10 juin 2020.

4. En revanche, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les documents relatifs à l'instruction de la demande de congé de longue maladie évoquée dans l'arrêté n° 17-5267 auraient été communiqués à la requérante en cours d'instance. C suite, l'exception de non-lieu soulevée en défense relative aux conclusions à fin d'annulation concernant ces documents doit être écartée.

Sur le surplus des conclusions tendant à l'annulation du refus de communication des documents relatifs à l'instruction de la demande de congé de longue maladie évoquée dans l'arrêté n° 17-5267 :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et

L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues C le présent livre ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 311-2 du code précité : " Le droit à communication ne s'applique qu'à des documents achevés ". Selon le cinquième alinéa de l'article L. 311-6 du même code : " Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou C l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ". Aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, C des professionnels de santé, C des établissements de santé C des centres de santé, C le service de santé des armées ou C l'Institution nationale des invalides qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. () ".

6. D'autre part, selon l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées C le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées C l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Il est consulté obligatoirement pour : () b) L'octroi et le renouvellement des congés de longue maladie ou de longue durée ; () / Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : () - de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; () L'avis du comité médical est communiqué au fonctionnaire sur sa demande. () ".

7. Si les dispositions citées au point 5 reconnaissent le droit à toute personne d'accéder aux informations concernant sa santé, les règles de communication des pièces du dossier soumis au comité médical diffèrent selon que ce comité a ou non rendu son avis. Avant l'avis du comité médical, la communication à l'agent territorial du dossier soumis à ce comité est prescrite C l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984. L'article L. 342-2 du code des relations entre le public et l'administration ne donne pas compétence à la CADA pour se prononcer sur le droit d'accès de l'agent à toutes les pièces de son dossier, y compris médicales, qui est régi C ce décret. Une fois l'avis du comité médical rendu, les documents composant le dossier qui lui est transmis sont des documents administratifs communicables à l'intéressé, en application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve d'en occulter d'éventuelles mentions faisant apparaître le comportement de tiers nommément désignés et dont la divulgation pourrait leur porter préjudice.

8. En l'espèce, les courriers des 24 mars et 4 juin 2021 indiquent qu'aucune procédure n'a été engagée devant le comité médical. Ce motif est toutefois contredit C l'arrêté n° 17-5267 invoqué C la requérante qui vise " la procédure engagée auprès du comité médical en vue d'obtenir un avis sur une demande de congé de longue maladie ". Dans ces conditions, l'administration n'apportant aucune précision en défense à cet égard, le comité médical doit être regardée comme ayant été saisi d'une telle procédure. En revanche, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas d'avantage allégué C la requérante, que ce comité se serait prononcé sur cette procédure, la requérante, dont les droits à congé maladie ordinaire expiraient le 7 novembre 2017, ayant été au demeurant placée en congé maternité du 3 janvier au 25 avril 2018 puis en congés pour maladie ordinaire du 31 mai au 29 juin 2018. Dans ces conditions, la communication des documents relatifs à l'instruction de la demande de congé de longue maladie évoquée dans l'arrêté n° 17-5267 relève toujours, à la date de la présente ordonnance, des dispositions du décret du

30 juillet 1987 et non de celles relatives au code des relations entre le public et l'administration. C suite, la décision implicite de refus de communiquer ces documents est intervenue au terme du silence gardé C l'administration durant un délai de deux mois sur la demande de communication du 14 septembre 2020, notifiée le 16 septembre suivant. Les conclusions dirigées contre la décision implicite du 16 octobre 2020 doivent ainsi être regardée comme dirigées contre la décision implicite de refus du 16 novembre 2020. Pour les mêmes raisons, les conclusions de la requête ne sauraient également être dirigées contre la décision implicite du 15 février 2021, née du silence gardé C l'administration à la suite de la saisine de la CADA.

9. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé C l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ". En vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé C l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

10. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé C l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

11. Ainsi qu'il a été mentionné au point 8, le silence gardé C l'administration sur la demande de communication de documents de la requérante a fait naître une décision implicite de refus le 16 novembre 2020. En application des dispositions de l'article R. 421-2 du code de justice administrative cité au point 9, le délai de recours contre cette décision implicite a couru à compter de cette date et Mme A était recevable à la contester jusqu'au 18 janvier 2021, dès lors que les décisions expresses des 24 mars et 4 juin 2021 C lesquelles le maire de la commune de Meaux a rejeté la demande de Mme A en ce qui concerne les documents relatifs à l'instruction de la demande de congé de longue maladie évoquée dans l'arrêté n° 17-5267, présentent le caractère de décisions purement confirmatives de la décision implicite du 16 novembre 2020, qui était devenue définitive. Il s'ensuit que le recours de Mme A, enregistré postérieurement au 18 janvier 2021, est dès lors tardif en ce qui concerne l'annulation de la décision implicite de refus du 16 novembre 2020 et, C suite, est irrecevable s'agissant de cette dernière décision.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer la fin de

non-recevoir opposées en défense et sur les moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A, en ce qui concerne les documents relatifs à l'instruction de la demande de congé de longue maladie évoquée dans l'arrêté n° 17-5267, sont entachées d'une irrecevabilité manifeste, et doivent, C suite, être rejetées en application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même C voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que de celles présentées C Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en ce qui concerne les documents permettant de vérifier la régularité de la procédure suivie dans le cadre de l'instruction du dossier de Mme A C le comité médical qui a émis un avis le 10 juin 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au maire de la commune de Meaux.

Le président de la 8e chambre,

J-Ch. Gracia

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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