jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103685 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | TOURKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 21 avril 2021, le 5 mai 2021, le 1er juin 2021, et le 22 avril 2022, M. B A, représenté par Me Tourki, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions n°s 2021000017 et 2021000032 par lesquelles le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris a confirmé les décisions du président de la commission de discipline du centre de détention de Melun du 4 mars 2021 portant sanction respectivement de douze jours de cellule d'isolement et d'avertissement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Tourki, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision n° 2021000017 :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas tenu les propos qui lui sont reprochés ;
- elle ne mentionne pas son courrier en date du 9 janvier 2021 par lequel il dénonce les mauvais traitements dont il aurait fait l'objet de la part de plusieurs agents de l'administration pénitentiaire, en méconnaissance des droits de la défense.
Sur la décision n° 2021000032 :
- la décision attaquée lui inflige une sanction disproportionnée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les propos qu'il a écrits dans une lettre privée ne devraient pas faire l'objet d'une sanction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de légalité externe soulevés dans le mémoire du 22 avril 2022 sont irrecevables, dès lors qu'ils ont été invoqués pour la première fois après l'expiration du délai de recours contentieux et qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par ordonnance du 13 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu au 2 octobre 2023 à midi.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 16 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Issard,
- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est incarcéré au centre de détention de Melun. A la suite d'un incident survenu le 9 janvier 2021, il a fait l'objet d'une sanction de cellule disciplinaire de douze jours prononcée par le président de la commission de discipline du 4 mars 2021. Par ailleurs, à la suite d'un incident survenu le 19 février 2021, il a fait l'objet d'une sanction d'avertissement prononcée par la même autorité le même jour. Par deux décisions n° 2021000017 et 2021000032 du 4 avril 2021, dont il demande l'annulation, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris a confirmé ces sanctions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés attaqués a été invoqué pour la première fois dans le mémoire présenté le 22 avril 2022 pour M. A, soit après l'expiration des délais de recours contentieux. Il en résulte que ces moyens ont été soulevés tardivement. Par voie de conséquence, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice, et d'écarter ce moyen comme irrecevable.
Sur la légalité de la décision n° 2021000017 :
3. Le requérant se prévaut en premier lieu d'un courrier en date du 9 janvier 2021 qu'il aurait adressé à l'administration du centre pénitentiaire dans lequel il dénoncerait les maltraitances dont il aurait fait l'objet de la part de plusieurs de ses agents. Il ressort cependant des termes mêmes de ce courrier, que le requérant ne démontre pas avoir effectivement fait parvenir à l'administration, que bien que l'incident du 9 janvier 2021 y soit brièvement décrit, il a pour principal objet de revenir sur des faits qui se seraient déroulés dans un autre centre pénitentiaire où il aurait été précédemment incarcéré. Par voie de conséquence, le moyen tiré de de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
4. Le requérant soutient, par ailleurs, que cette décision serait entachée d'une inexactitude matérielle quant aux faits qui lui sont reprochés. Il ressort néanmoins des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu d'incident établi le 9 janvier 2021 et de trois témoignages concordants rédigés par des agents pénitentiaires ayant été présents au moment des faits qu'il a proféré des insultes à l'encontre des surveillants chargés de le fouiller à la sortie d'un parloir familial. En l'absence d'élément contredisant la matérialité de ces faits, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
Sur la légalité de la décision n°2021000032 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-3 du code de procédure pénale, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Constitue une faute disciplinaire du troisième degré le fait, pour une personne détenue : () 2° De formuler dans les lettres adressées à des tiers des menaces, des injures ou des propos outrageants à l'encontre de toute personne ayant mission dans l'établissement ou à l'encontre des autorités administratives et judiciaires, ou de formuler dans ces lettres des menaces contre la sécurité des personnes ou de l'établissement. " Aux termes de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / 1° L'avertissement ; ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. Il ressort des pièces du dossier que le 19 février 2021, le requérant a mis à l'envoi un courrier adressé à ses parents dans lequel il affirmait qu'" il est un vieux proverbe qui dit qu'il est bien plus difficile de peigner le diable qui n'a pas de cheveux surtout s'il appelle [l'une des agentes de l'administration pénitentiaire du centre où il est incarcéré] ". Dans ce même courrier, alors qu'il déplore le refus opposé à sa demande de permission, il indique " qu'[il doit] considérer cela plutôt comme une indication utile de la lâcheté [de l'administration], de leur mauvaise foi ". Si le requérant, qui admet avoir rédigé ses propos, se prévaut de ce qu'ils seraient extraits d'un livre, il est constant qu'ils présentent un caractère outrageant et constituent ainsi une faute disciplinaire du troisième degré. La décision attaquée lui infligeant la sanction disciplinaire la plus faible prévue par les dispositions précitées, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 40 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009, dans sa rédaction alors applicable : " () Le courrier adressé ou reçu par les personnes détenues peut être contrôlé et retenu par l'administration pénitentiaire lorsque cette correspondance paraît compromettre gravement leur réinsertion ou le maintien du bon ordre et la sécurité. En outre, le courrier adressé ou reçu par les prévenus est communiqué à l'autorité judiciaire selon les modalités qu'elle détermine. / Ne peuvent être ni contrôlées ni retenues les correspondances échangées entre les personnes détenues et leur défenseur, les autorités administratives et judiciaires françaises et internationales, dont la liste est fixée par décret, et les aumôniers agréés auprès de l'établissement. / Lorsque l'administration pénitentiaire décide de retenir le courrier d'une personne détenue, elle lui notifie sa décision ". L'article D. 262 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dresse la liste limitative des autorités administratives et judiciaires françaises mentionnées par ces dernières dispositions.
9. Si le requérant soutient que les propos tenus dans les courriers qu'il adresse à ses parents ne peuvent pas faire l'objet d'un contrôle de la part de l'administration pénitentiaire, ces personnes ne sont pas au nombre de celles limitativement énumérées à l'article D. 262 du code de procédure pénale avec lesquelles le détenu pouvait correspondre sous pli fermé. Par ailleurs, ainsi qu'il a été vu au point 7, ces courriers contenaient des propos outrageants à l'égard d'agents de l'administration pénitentiaire. Cette dernière pouvait donc légalement contrôler ses correspondances sans que le secret de la correspondance que le détenu échange avec ses proches ne puisse être invoqué.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tourki et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au directeur du centre de détention de Melun.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, première conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
C. ISSARD
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026