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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103731

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103731

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 avril et 25 mai 2021, M. A B, représenté par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle

l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive à compter du 1er janvier 2021, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à Me Pierre, son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de

l'Office français de l'immigration et de l'intégration cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil sans l'avoir au préalable informé de sa décision définitive de suspension ; l'Office a commis une irrégularité de procédure en prenant une décision implicite de suspension des conditions matérielles d'accueil en méconnaissance de la procédure légale ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru, à tort, en situation de compétence liée au regard de la décision du préfet l'ayant placé en fuite ; il ne s'est pas soustrait intentionnellement et systématiquement au contrôle de l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a répondu à l'ensemble des convocations en préfecture et qu'il a justifié de l'impossibilité d'accéder au guichet pour la convocation du 9 novembre 2020 après avoir été testé positif à la covid-19 ; il ne pouvait donc être légalement considéré en fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021,

l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 20 mars 1980 à Sylhet (Bangladesh), a présenté une demande d'asile enregistrée le 4 août 2020 selon la procédure dite " Dublin ". Il a, à cette date, bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 18 novembre 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil lui a notifié l'intention de l'Office de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle l'OFII a ensuite suspendu effectivement ses conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 21 juillet 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il suit de là que ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ;/ ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; /ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. /En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / 6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ".

4. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. "

5. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, n° 428530, 428564, le Conseil d'Etat a jugé que les termes précités de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ne s'opposent pas à ce que les demandeurs d'asile ne bénéficient des conditions matérielles d'accueil que sous réserve de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile. Il a également jugé qu'en créant des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et en excluant, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018, s'avèrent incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Compte tenu des motifs d'incompatibilité retenus dans cette décision, il reste notamment possible à l'OFII, comme l'a précisé le Conseil d'Etat dans sa décision du 24 février 2022 n° 451437, de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui, après les avoir acceptées, n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

6. En premier lieu, M. B se prévaut de ce qu'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil doit être écrite, notifiée au demandeur et motivée. Toutefois, dès lors qu'il ne résulte pas des termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tels qu'interprétés à la lumière des exigences de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, qu'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil pour non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile doive être prise par écrit et notifiée à son destinataire, le moyen invoqué doit être écarté comme inopérant.

7. En deuxième lieu, M. B soutient que l'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil sans l'avoir au préalable informé de sa décision définitive de suspension. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, l'OFII lui a notifié, par un courrier du 18 novembre 2020, son intention de procéder à cette suspension et, d'autre part, aucune décision définitive n'avait été prise avant que l'intéressé ait été mis en mesure de formuler des observations, qu'il a d'ailleurs présentées par courrier du 3 décembre 2020. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B a été enregistrée selon la procédure dite " Dublin " et qu'un arrêté de transfert vers les autorités allemandes, qui n'a pas été contesté par M. B, a été pris par le préfet du Val-de-Marne le 18 août 2020. Par une lettre du 18 novembre 2020, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a informé le requérant, après examen de la situation de celui-ci, de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il " [n'avait] pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en [s'] abstenant de [se] présenter aux autorités ". Il ressort en outre de la fiche produite en défense que le délai de transfert aux autorités allemandes a été prolongé au motif que le requérant avait refusé d'embarquer sur le vol prévu le 11 novembre 2020 et était ainsi considéré en fuite. Or, il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier, et notamment des termes du courrier du 18 novembre 2020, qu'en prenant sa décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, l'OFII, qui a préalablement examiné la situation du requérant, se soit placé en situation de compétence liée au regard à la décision du préfet ayant placé le requérant en fuite. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise l'OFII en se plaçant en situation de compétence liée, doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle est fondée à tort sur son placement en fuite. Il est constant que l'intéressé a répondu à certaines convocations des autorités préfectorales, et notamment celles des 28 septembre 2020 et 26 octobre 2020. Il justifie en outre de son incapacité à honorer sa convocation du 9 novembre 2020 après avoir été testé positif à la covid-19 le 3 novembre 2020. Toutefois, s'il conteste toute intention ou volonté de se soustraire au contrôle des autorités, le requérant, qui omet d'évoquer la convocation pour le vol du 11 novembre 2020 destiné à exécuter son transfert vers l'Allemagne, n'apporte aucun élément justifiant le refus d'embarquer. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme contestant sérieusement son placement en fuite, et le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103731

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