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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103809

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103809

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantOFFICIO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2021 et 26 janvier 2024,

M. C B, représenté par Me Videcoq, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2020 par laquelle la directrice du centre hospitalier intercommunal de Créteil a mis fin à son stage et l'a licencié à compter du 1er janvier 2021 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 26 février 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier intercommunal de Créteil de procéder à sa réintégration sur le poste d'électricien ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation au regard de ses droits à titularisation, sous astreinte de cent euros par jour de retard, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Créteil la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titularisation en fin de stage est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-1 code des relations entre le public et l'administration, le privant ainsi d'une garantie ; la procédure contradictoire préalable devait s'appliquer dans la mesure où son licenciement pour insuffisance professionnelle dissimule une sanction disciplinaire ;

- les faits retenus par l'administration pour caractériser une insuffisance professionnelle ne sont pas établis ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le

centre hospitalier intercommunal de Créteil, représenté par sa directrice en exercice, représenté par le cabinet Officio Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'absence de respect du contradictoire est inopérant en l'absence d'obligation pesant sur le centre hospitalier s'agissant d'une prétendue communication préalable du dossier à M. B ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

29 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2016-636 du 19 mai 2016 ;

- le décret n° 2016-1705 du 12 décembre 2016 ;

- le décret n°94-487 du 12 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- les observations de Me Videcoq, représentant M. B, et de

Me Agnoletti-Defferrard, représentant le centre hospitalier intercommunal de Créteil.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en qualité d'électromécanicien-technicien de maintenance par le centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC) sous couvert d'un contrat à durée déterminée (CDD) pour la période courant du 18 novembre 2013 au 28 février 2014, contrat renouvelé à six reprises jusqu'au 30 avril 2016, puis sous couvert d'un contrat à durée indéterminée (CDI) à compter du 1er mai 2016. Lauréat du concours sur titre permettant l'accès au premier grade du corps des ouvriers professionnels, il a été nommé, à compter du 1er juin 2019, ouvrier principal de deuxième classe stagiaire pour une durée d'un an. Son stage a été prolongé pour une durée de six mois à compter du 1er juin 2020. Par une décision du 22 décembre 2020, la directrice du CHIC a, après l'avis du 17 décembre 2020 de la commission administrative paritaire, mis fin au stage de M. B à compter du 1er janvier 2021 et l'a licencié à compter de cette date. Le requérant a formé un recours gracieux le 12 février 2021, réceptionné le 22 février 2021, qui a été rejeté par une décision du 26 février 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 décembre 2020 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du

26 février 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :

2. Aux termes de l'article 8 du décret du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière : " () / Les ouvriers principaux de 2e classe sont recrutés conformément aux dispositions de l'article 4-6 de ce décret relatives aux recrutements par concours interne et externe sur titres. / L'affectation, le stage et la titularisation des candidats admis à ces concours sont régis par les dispositions des articles 4-8, 4-9 et 4-10 du décret du 19 mai 2016 précité ". Aux termes de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés au titre du concours externe dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2 sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an. / A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés. / Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. / () ". L'article 9 du décret du

12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière prévoit que : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 34 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury. / () ".

En ce qui concerne la légalité de la décision du 22 décembre 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

4. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour décider de mettre fin au stage de M. B à l'issue de son stage et le licencier, la directrice du CHIC s'est fondée sur le rapport établi, le 18 novembre 2020, par M. A, adjoint ingénieur maintenance, aux termes duquel il a relevé le manque d'autonomie de M. B dans l'accomplissement des tâches qui lui ont été confiées, malgré la prolongation de son stage pour une durée de six mois et un accompagnement par sa hiérarchie directe, et son incapacité à exercer de manière satisfaisante ses missions. Cette appréciation, qui est appuyée par la fiche d'évaluation renseignée le même jour par M. A mettant en évidence une majorité de compétences, sur les vingt-trois évaluées, comme " non acquise " ou " insuffisamment acquise ", est corroborée par le rapport établi le 20 novembre 2020 par M. D faisant mention de " compétences techniques limitées, voire dangereuses pour les fonctions () confiées ", de l'absence de force de proposition ou encore d'un travail qualifié de " minimum " et relatant plusieurs incidents commis pendant la période de stage. Il suit de là que, contrairement à ce que soutient M. B, ces éléments, pris dans leur ensemble, révèlent des insuffisances dans l'exercice de ses fonctions et des carences dans sa manière de servir. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée du 22 décembre 2020, qui ne peut être regardée comme constitutive d'une sanction disciplinaire déguisée, aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable.

6. En deuxième lieu, pour apprécier la légalité d'une décision portant refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir.

7. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des rapports concordants de M. A et M. D, ainsi qu'il a été dit au point 5. du présent jugement, que M. B a manqué d'autonomie, de conscience professionnelle dans l'exécution des tâches qui lui ont été confiées et s'est montré dans l'incapacité à prendre en charge les missions confiées en raison " compétences techniques limitées, voire dangereuses ". La circonstance alléguée que M. B a fait l'objet d'appréciations favorables en 2016 et 2018 est sans incidence dès lors qu'elles concernent une période antérieure à sa nomination en qualité de stagiaire. Par ailleurs, si M. B a présenté de bons états de service lui ayant permis de bénéficier d'une revalorisation indiciaire le

1er janvier 2015 et d'une progression de grade le 1er janvier 2017, ces promotions ne sont, ainsi que le fait valoir le CHIC, que la conséquence de mesures réglementaires en faveur de certains agents publics conduisant à une augmentation indiciaire et un reclassement automatiques. Enfin, la circonstance que M. B a demandé à passer le concours d'ouvrier principal de 2ème classe n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par sa hiérarchie sur ses compétentes professionnelles. Ainsi, au vu de l'ensemble de ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que la directrice du CHIC se serait fondée sur des faits matériellement inexacts, ni qu'elle aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée du 22 décembre 2020 ainsi que celle de la décision de rejet de son recours gracieux du 26 février 2021. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHIC, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 800 euros sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera au centre hospitalier intercommunal de Créteil une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au

centre hospitalier intercommunal de Créteil.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2103809

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