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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103994

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103994

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOURGEOIS REZAC MIGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 avril 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.

Par une requête, enregistrée le 18 février 2021, et un mémoire, enregistré le

22 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Mignon-Louvet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail à raison de l'emploi d'un étranger en situation irrégulière et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 15 000 euros, ainsi que la décision du 22 décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité habilitée ;

- c'est à tort que les contributions lui ont été appliquées dès lors que la matérialité des faits de travail dissimulé n'est pas établie ;

- la décision attaquée est disproportionnée au regard de sa situation financière et de sa bonne foi dans la gestion de la situation contractuelle de ses trois salariés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2021, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cyril Dayon, conseiller,

- les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle routier effectué sur le territoire de la commune de Fleury-en-Bière (Seine-et-Marne), les services de douanes ont constaté, dans un véhicule contenant du matériel de chantier, la présence d'un ressortissant pakistanais dépourvu de titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 5 octobre 2020, le directeur général de l'OFII a mis à la charge de M. B la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a limité le montant total des contributions à la somme de 15 000 euros. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que celle du 22 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du directeur général de l'OFII :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ". La qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à leur relation mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. Elle suppose l'existence d'un lien, fût-il indirect, de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie. Dès lors, pour l'application des dispositions des articles L. 8251-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

3. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal d'infraction, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le 13 mai 2020, les services de la douane ont constaté la présence dans un véhicule appartenant à M. B d'un de ses salariés ainsi que d'un ressortissant pakistanais, dépourvu de titre de séjour et d'autorisation de travail. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de ce contrôle, le salarié de M. B a déclaré qu'il avait effectué un déplacement professionnel à la suite d'un chantier réalisé sur le territoire de la commune de Saint-Tropez (Var), au cours duquel il aurait " pris en stop " ce ressortissant pakistanais à la sortie de la commune de Saint-Tropez. S'il ressort du procès-verbal que les douaniers ont constaté la présence de matériel de chantier dans le véhicule ainsi que d'un sac, dont il n'a pas été contesté au cours du contrôle qu'il appartenait audit ressortissant pakistanais et dans lequel se trouvait une combinaison maculée de peinture ainsi que des rouleaux de peinture, ces seules constatations ne permettent pas à elle seule d'établir l'existence d'une relation de travail entre M. B et cet individu, qui n'a pas pu communiquer avec les douaniers parce qu'il ne parlait pas le français et n'a pas ultérieurement été entendu. Dans ces conditions, en considérant que ce ressortissant pakistanais était en situation de travail lors du contrôle, au seul motif de la présence d'un sac lui appartenant et contenant du matériel de peinture, le directeur général de l'OFII a fait une appréciation erronée des faits de l'espèce.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 5 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de M. B la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail à raison de l'emploi d'un étranger en situation irrégulière et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 15 000 euros, ainsi que la décision du 22 décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux, doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 5 octobre et du 22 décembre 2020 sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

M. Dominique Binet, premier conseiller,

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. Dayon

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

C. Kiffer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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