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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104003

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104003

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantRAPOPORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2021, M. C B, représenté par Me Rapoport, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 24 mars 2021 en tant que le préfet de

Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, et à titre subsidiaire, d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, sans délai, sur le fondement de l'article

L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreurs de fait, le préfet de Seine-et-Marne ayant relevé qu'il n'entretenait aucune relation avec la mère de l'enfant et qu'il ne payait aucune pension alimentaire ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Rapoport, représentant M. B, requérant présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 27 juillet 1988 à Brazzaville (République démocratique du Congo), entré irrégulièrement en France le 2 juillet 2017 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mars 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne a prononcé à son encontre les décisions portant refus de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée portant refus de titre de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise les dispositions sur le fondement desquelles M. B a sollicité son admission au séjour, soit les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne, à ce titre, que " l'intéressé ne verse aucune pension alimentaire et n'a aucune relation avec la mère de l'enfant ", " qu'il ne présente aucun élément probant en l'absence d'éléments permettant de s'assurer de l'effectivité des faits " invoqués et que, " par conséquent, [il] ne peut prétendre aux bénéfices des dispositions de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Toutefois, si M. B est père d'un enfant de nationalité française né le 26 juin 2019, dont il est constant qu'il vit avec sa mère sur la commune de Nemours, située dans le département de la Seine-et-Marne, et qu'il ne justifie pas, par les pièces produites, contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'elle comporte des précisions relatives à l'appréciation portée par le préfet-et-Marne sur sa situation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Dans ces conditions, la décision attaquée ne comporte pas, avec de suffisantes précisions, l'énoncé des considérations de fait sur lesquelles elle est fondée et révèle que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il suit de là que les moyens tirés de l'insuffisante motivation en fait de la décision litigieuse et du défaut d'examen de la situation de M. B doivent être accueillis.

5. Il résulte de ce tout qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que celle, par voie de conséquence, lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement, eu égard aux motifs d'annulation retenus et dès lors qu'aucun autre des moyens soulevés n'est de nature à entraîner la délivrance d'un titre de séjour, implique seulement que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, pendant le temps nécessaire à ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 mars 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, pendant le temps nécessaire à ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard , première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

F. A

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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