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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104050

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104050

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMICHALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, M. et Mme B A, représentés par Me Michallon, demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.

Ils soutiennent que :

- la charge de la preuve du bien-fondé des impositions en litige incombe à l'administration ;

- la vérification de comptabilité a été engagée à tort dans le département de Seine-et-Marne alors que M. A avait, le 3 janvier 2019, porté à la connaissance de l'administration fiscale sa nouvelle adresse en Charente-Maritime ; la vérification de comptabilité a été initiée dès le mois de juillet 2019 et l'examen de situation fiscale personnelle au mois d'avril 2019 ;

- l'administration fiscale a refusé à tort de leur accorder un délai supplémentaire de trente jours, dans le cadre de l'examen de situation fiscale personnelle, alors que ce délai était de droit dans le cadre de la procédure contradictoire suivie ;

- l'administration fiscale n'a pas respecté le principe du contradictoire dans le cadre de la vérification de comptabilité dès lors que M. A n'avait donné aucun mandat au comptable mais sollicité de l'administration fiscale que les opérations de contrôle se déroulent dans ses locaux ;

- l'administration fiscale a manqué à son obligation de loyauté ; en effet, l'administration fiscale, qui a commis l'erreur d'inscrire, dans la déclaration pré-imprimée, les revenus que M. A a perçus en qualité de collaborateur occasionnel du service public dans la catégorie des revenus exceptionnels, ne pouvait qualifier son activité de collaborateur occasionnel du service public d'activité occulte ;

- les propositions de rectification sont insuffisamment motivées en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration fiscale, qui n'a pas motivé les pénalités exclusives de bonne foi, ne justifie pas leur application.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, le

directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la circonstance que les impositions litigieuses ont été établies dans une commune alors que selon le contribuable elles auraient dû l'être dans une autre commune est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition ;

- il est laissé au juge le soin de se prononcer sur la charge de la preuve ;

- les requérants ne développent aucun moyen spécifique relatif au bien-fondé des impositions en litige ;

- les autres moyens invoqués par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 novembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, médecin, a exercé, au cours des années 2016 et 2017, son activité auprès du ministère de la justice, dans le cadre d'interventions à caractère médical qu'il effectuait sur réquisitions du procureur de la République sur le fondement des dispositions de l'article R. 117 du code de procédure pénale, en qualité de collaborateur occasionnel du service public (COSP). D'une part, M. A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période courant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a, par une proposition de rectification du 13 décembre 2019, informé, notamment, de la reconstitution des bénéfices non commerciaux (BNC), une partie des sommes portées dans la catégorie des " traitements et salaires " et des " revenus de remplacement " ayant été requalifiés en BNC. D'autre part, M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle (ESFP) aux termes duquel l'administration fiscale leur a notifié, par une proposition de rectification du 13 décembre 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 tenant compte de la requalification des revenus de M. A, en sa qualité de COSP, dans la catégorie des BNC après diminution des recettes de cette activité du montant des sommes portées dans les rubriques des " traitements et salaires " et des " revenus de remplacement ". Dans les suites du recours hiérarchique présenté par M. A, de nouvelles conséquences financières ont été notifiées à M. et Mme A le 30 mars 2020, et les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 23 octobre 2020, à hauteur de la somme totale de 30 851 euros. M. et Mme A ont présenté le 28 octobre 2020 une réclamation contentieuse sur laquelle l'administration fiscale ne s'est pas expressément prononcée aux termes d'un délai de six mois. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III du code général des impôts : " () / II. - 1. Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer les attributions que ces dispositions leur confèrent à l'égard des personnes physiques ou morales ou groupements de personne de droit ou de fait qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial du service déconcentré ou du service à compétence nationale dans lequel ils sont affectés une déclaration, un acte ou tout autre document ainsi qu'à l'égard des personnes ou groupements qui, en l'absence d'obligation déclarative, y ont été ou auraient dû y être imposés ou qui y ont leur résidence principale, leur siège ou leur principal établissement. / () / 2. Les fonctionnaires territorialement compétents en application du 1 pour contrôler les déclarations de revenus, les déclarations de bénéfices ou de résultat d'une personne physique ou morale ou d'un groupement peuvent exercer les attributions définies au premier alinéa du I pour l'ensemble des impositions, taxes et redevances dues par ce contribuable, quel que soit le lieu d'imposition ou de dépôt des déclarations ou actes relatifs à ces impositions, taxes et redevances. / () ".

3. Contrairement à ce que soutiennent M. et Mme A, la direction départementale des finances publiques (DDFP) de Seine-et-Marne avait compétence, en application des dispositions précitées, pour engager la vérification de comptabilité relative à l'activité médicale exercée par M. A en qualité de collaborateur occasionnel du service public à Chelles au titre des années 2016 et 2017 dès lors qu'il n'est pas contesté que cette activité a généré des BNC qui auraient dû faire l'objet d'une déclaration auprès de ce service. En outre, la DDFP était également compétente, en vertu des mêmes dispositions, pour procéder à l'ESFP dont M. et Mme A ont fait l'objet au titre de ces mêmes années dès lors qu'il n'est pas contesté qu'ils résidaient à Chelles au 31 décembre 2019, la déclaration n° 2042 des revenus 2019 faisant mention d'une adresse à Chelles au 1er septembre 2019 et d'une adresse en Charente-Maritime au 1er janvier 2020, et étaient tenus d'effectuer le dépôt de leur déclaration de revenus dans le département de Seine-et-Marne. A cet égard, si les requérants font valoir qu'ils avaient signalé leur changement d'adresse en Charente-Maritime, le 3 janvier 2019, ils ne le démontrent pas. En tout état de cause, il résulte de l'instruction l'administration fiscale a adressé l'avis d'ESFP aux deux adresses des requérants, que la proposition de rectification, qui leur a été adressée à Chelles, a été réceptionnée le

18 décembre 2019, que l'avis de vérification de comptabilité adressé à M. A à Chelles a été réceptionné par celui-ci, de même que la proposition de rectification qui lui a été notifiée à cette même adresse. Le moyen tiré de l'incompétence territoriale du service vérificateur ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales : " A moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ". Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. / () ". Il résulte de ces dispositions que la prolongation du délai de réponse est de droit pour les redressements notifiés selon la procédure de rectification contradictoire. L'administration ne peut pas établir les impositions supplémentaires avant l'expiration du délai légal ouvert au contribuable pour répondre aux propositions de rectifications.

5. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions reportées sur la proposition de rectification du 13 décembre 2019 que l'administration fiscale a adressée à M. et Mme A à l'issue de l'ESFP dont ils ont fait l'objet, qu'ils disposaient d'un délai de trente jours pour présenter des observations au cours duquel il n'est pas contesté que M. A a, par un courrier reçu le 29 décembre 2019, demandé un délai supplémentaire de trente jours. Il disposait donc de droit d'un délai de soixante jours à compter de la notification de la proposition de rectification pour présenter ses observations, sans qu'il ait à attendre la confirmation de l'administration fiscale. M. et Mme A, qui n'ont pas été privés d'une garantie, ne sont pas fondés à soutenir que l'administration fiscale aurait méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et, notamment, du courrier du

1er août 2019, que M. A a demandé à l'administration fiscale que les opérations de vérification de comptabilité se déroulent avec le concours de l'expert-comptable à son cabinet

d'expertise-comptable situé à Chelles. Le même jour, M. A a rédigé une procuration fiscale, qu'il a signée, aux termes de laquelle il a, notamment, donné pouvoir à l'expert-comptable afin qu'il le représente auprès de l'administration fiscale dans le cadre de la vérification de comptabilité de son activité médicale. Dans ces conditions, M. A, qui a donné mandat à

l'expert-comptable, n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale aurait méconnu le principe du contradictoire.

7. En quatrième lieu, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme A, que l'administration fiscale aurait oralement indiqué à M. A que les revenus perçus dans le cadre de son activité médicale exercée en qualité de COSP devaient être déclarés, à tort, dans la catégorie des revenus exceptionnels. Les requérants ne peuvent, à cet égard, invoquer, à supposer qu'ils aient entendu se placer sur ce terrain, une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. En tout état de cause, l'administration fiscale soutient, en défense, que " la rubrique " revenus exceptionnels " ne peut en aucun cas être servie par le biais de la déclaration pré-remplie ". A cet égard, pour l'année 2016, les indemnités perçues ont été pré-remplies dans la rubrique " traitements et salaires " et la rectification de la déclaration aurait dû être réalisée, sur ce point, conformément aux consignes diffusées par le ministère de la justice. Pour l'année 2017, seuls les salaires perçus par M. A de l'université de Versailles Saint Quentin et de l'hôpital Jean Verdier ont été reportées sur la déclaration pré-remplie, les sommes issues de tiers déclarants ayant été renseignées dans la rubrique " informations connues de l'administration ". En l'absence de déclaration des revenus par le ministre de la justice, au titre de l'année 2017, M. A a porté lui-même ces revenus en " revenus exceptionnels ". D'autre part, et contrairement à ce que soutiennent M. et Mme A, l'administration fiscale était fondée, dans le cadre de la vérification de comptabilité, à qualifier d'occulte l'activité exercée par M. A dès lors qu'il n'avait pas accompli les formalités auxquelles il était tenu lors de la création de son activité (inscription auprès de l'URSSAF notamment) et qu'il n'avait pas rempli ses obligations fiscales déclaratives dans les délais légaux. Il suit de là que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que l'administration fiscale aurait méconnu son obligation de loyauté.

8. En cinquième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

9. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification du 13 décembre 2019 mentionnent le montant des rehaussements envisagés, les impôts concernés, leur fondement légal, ainsi que la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés. Elles exposent, en outre, les motifs pour lesquels les revenus provenant de l'activité de M. A doivent être requalifiés en BNC, sur le fondement, notamment, de l'article 92 du code général des impôts. Dans ces conditions, et alors que M. et Mme A se bornent à rappeler que les propositions de rectification doivent, de manière très générale, être motivées, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

Sur les pénalités :

10. M. et Mme A ne peuvent utilement soutenir que l'administration fiscale, qui n'a pas motivé les pénalités exclusives de bonne foi, ne justifie pas leur application dès lors que l'administration fiscale n'a appliqué aucune pénalité pour manquement délibéré.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A, qui n'ont pas contesté le bien-fondé des impositions en litige, ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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