jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2104198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, M. A C, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 15 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de reprendre le versement de l'allocation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du mois de mars 2021 ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros, sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Hug, son conseil, qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise sans qu'il ait été préalablement informé de l'intention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de suspendre ses conditions matérielles d'accueil et sans qu'il lui ait été permis de formuler des observations ;
- elle a été prise sans qu'ait été réalisé l'entretien de vulnérabilité prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans que sa vulnérabilité soit prise en compte ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'a pas commis les manquements que lui a reprochés l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12 heures.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 16 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1997 à Baghlan (Afghanistan), qui a déclaré être entré en France le 27 août 2020, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée le 9 septembre 2020 selon la procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. A l'issue de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de cette demande d'asile, le préfet du Val-de-Marne a, par un arrêté du 1er octobre 2020, prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités autrichiennes. Par un jugement du tribunal administratif de Melun du 15 décembre 2020, cet arrêté de transfert a été annulé et il a été enjoint au préfet du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. Par une décision du
11 février 2021, le directeur territorial de l'OFII de Créteil lui a notifié son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil et l'invitait à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. A défaut d'avoir reçu les observations de l'intéressé, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a, par une décision du 15 mars 2021, dont le requérant demande l'annulation, suspendu le bénéficie des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 16 juin 2021, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. C. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () / ; c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ".
4. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / (). " Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, alors applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Enfin, aux termes de l'article D. 744-38 du même code : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours ".
5. M. C fait valoir à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision attaquée qu'il n'a pas été, préalablement à cette décision, informé de l'intention de l'OFII de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil, ni mis en mesure de présenter des observations dans le délai de quinze jours, en méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées au point précédent. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 11 février 2021, que l'OFII a produit en défense, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a signifié à M. C son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas " respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en " [s']abstenant de [se] présenter aux autorités " et lui a donné un délai de quinze jours pour formuler des observations. Ce courrier, qui a été présenté le 17 février 2021 à l'adresse de M. C et qui est retourné à l'OFII avec la mention " pli avisé non réclamé ", doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à l'intéressé à la date du 17 février 2021. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'OFII se serait dispensé, à tort, de l'informer de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil et de lui offrir d'un délai pour formuler des observations.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. () ".
7. Contrairement à ce que soutient M. C, les dispositions précitées n'imposent pas, s'agissant d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, la tenue préalable d'un nouvel entretien personnel afin d'évaluer sa vulnérabilité, l'évaluation de la vulnérabilité pouvant être réalisée sur pièces.
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites par l'OFII, que M. C a fait l'objet le 9 septembre 2020, lors de la présentation de sa demande d'asile, d'un entretien individuel de vulnérabilité au cours duquel ses besoins en termes d'hébergement et de besoins d'adaptation ont été évalués, et à l'occasion duquel l'intéressé, assisté d'un interprète dans une langue qu'il a déclaré comprendre, n'a signalé aucun facteur particulier de vulnérabilité. Dans ces conditions, le requérant, qui au demeurant n'invoque pas de circonstances nouvelles particulières survenues depuis cet entretien, n'est pas fondé à soutenir que l'OFII se serait dispensé à tort de prendre en compte sa vulnérabilité et ses besoins en matière d'accueil en ne procédant pas à un entretien de vulnérabilité préalable à la décision attaquée. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure sera donc écarté.
9. En troisième et dernier lieu, M. C, soutient que l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif de ce qu'il n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile dans la mesure où il n'a été destinataire d'aucune convocation, n'a manqué aucun rendez-vous et a été placé à tort en fuite. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense que l'intéressé a fait l'objet de trois convocations, les 1er décembre 2020, 18 janvier et 14 février 2021 qu'il n'a pas honorées et que, compte tenu de ses carences, il a été placé en fuite, prolongeant ainsi le délai de transfert vers l'Etat responsable. Ainsi, l'OFII doit être regardé comme établissant la réalité du motif ayant justifié la suspension des conditions matérielles d'accueil de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Créteil a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que les conclusions présentées sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
J. RECHARD La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026