jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2104402 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LE MIGNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 avril et 31 août 2021, M. A B, représenté par Me Le Mignot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 février 2021 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la date de notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour,
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les termes des circulaires du 12 mai 1998 et du 10 mars 2014 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît sa situation personnelle et professionnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français,
- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache d'illégalité la décision contestée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par décision du 21 juillet 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B.
Vu :
- les décisions contestées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa codification applicable jusqu'au 30 avril 2021 ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 :
- le rapport de M. C ;
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né en 1984, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 mars 2018. Il a sollicité le renouvellement d'une carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 10 février 2021, le préfet du Val-de-Marne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour,
2. En premier lieu, l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur prévoit, à son article 2, que " () L'avis communiqué au préfet par le collège des médecins de l'OFII ne comporte aucune information couverte par le secret médical, détaillé en annexe I, ni aucun élément susceptible de révéler la pathologie du demandeur. Le rapport médical mentionné au premier alinéa du présent article n'est communicable ni à cette autorité administrative ni à aucune autre. Les conditions de transmission du certificat médical, telles que prévue dans l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du CESEDA sont assurées dans le respect du secret médical, qui implique que les agents des services préfectoraux ne puissent pas accéder à une information médicale couverte par ce secret. Ces agents ne peuvent faire état d'informations médicales concernant un étranger que celui-ci a, de lui-même, communiquées, que dans le cadre d'une procédure contentieuse ".
3. En l'espèce, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de M. B, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 313-11 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision mentionne également l'avis défavorable rendu par le collège des médecins de l'OFII le 9 octobre 2020. Par suite et au regard du nécessaire strict respect du secret médical, tel que rappelé au point précédent, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de M. B, au regard des informations dont il avait connaissance.
5. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 9 octobre 2020 aurait dû lui être communiqué préalablement à l'édiction de la décision portant refus de titre afin qu'il puisse en connaître les motifs, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même aucune autre disposition législative ou réglementaire ne prévoit une telle communication. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte au principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-de-Marne se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII, dont il s'est seulement approprié les motifs.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié (). La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
8. Dans un avis du 9 octobre 2020, qui a été transmis par le préfet du Val-de-Marne le 17 novembre 2021 et communiqué le même jour au requérant, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que cet état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.
9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été victime d'un infarctus le 7 novembre 2018 à la suite duquel il a été hospitalisé, le compte rendu d'intervention du 4 décembre suivant indiquant qu'il a été atteint " d'une hémiplégie droite et aphasie révélant un infarctus sylvien gauche avec occlusion de l'artère cérébrale moyenne au niveau de M1 gauche, traitée par thrombectomie en phase aiguë, compliquée par une transformation hémorragique de la zone infarcie asymptomatique cliniquement, avec introduction d'un traitement antiagrégant en prévention secondaire ". Le 4 juin 2019, le collège des médecins de l'OFII a émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour d'une durée d'un an. Une carte de séjour temporaire valable du 4 juin 2019 au 3 juin 2020 lui a alors été délivrée par le préfet du Val-de-Marne, à l'expiration de laquelle le requérant en a sollicité le renouvellement. Le 9 octobre 2020, le collège des médecins de l'OFII a donné un avis défavorable au renouvellement de ce titre au motif qu'" eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
10. Pour contester les conclusions de cet avis, M. B fait valoir que son état de santé s'est dégradé dès lors qu'il a été hospitalisé le 17 octobre 2020 pour une douleur au pied gauche qui a donné lieu à plusieurs interventions chirurgicales en novembre suivant, qu'il a été opéré, le 20 janvier 2021, " pour thrombectomie et réfection de l'anastomose distale de pontage " et que les praticiens qui le suivent ont diagnostiqué qu'il était atteint de la maladie de Behçet. Il produit également des certificats médicaux d'un interne en chirurgie vasculaire en date du 27 janvier 2021 précisant qu'il a été hospitalisé " pour des soins chirurgicaux lourds comprenant de multiples revascularisations ainsi qu'une amputation d'hallux ", d'un médecin généraliste en date du 18 février 2021 indiquant qu'il " doit rester sous surveillance et faire un bilan de sa thrombophilie " et d'un praticien hospitalier en date du 19 avril 2021 indiquant qu'il " est suivi dans le département pour une maladie rare avec une forme sévère. Son traitement consiste en des hospitalisations régulières toutes les 4 semaines pour des perfusions. Sa maladie nécessite un suivi et une prise en charge dans un centre de référence de maladie rare. Sa prise en charge n'est pas possible dans son pays d'origine et nécessitera un suivi en France ". Toutefois, alors même que ces problèmes de santé se sont déclarés après l'intervention du nouvel avis précité du collège des médecins de l'OFII, M. B qui ne peut utilement se prévaloir des circulaires des 12 mai 1998 et 10 mars 2014 qui ne présentent pas de caractère réglementaire, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine en se bornant à produire les documents précédemment énumérés qui ne se prononcent pas précisément sur l'accessibilité effective en Côte d'Ivoire, d'une part, de soins consistant en un suivi et des hospitalisations régulières et, d'autre part, du traitement médicamenteux qui lui est prescrit tel qu'il résulte en dernier lieu de l'ordonnance du praticien hospitalier précité en date du 2 avril 2021, dont rien n'indique qu'il n'y serait pas disponible. Il suit de là qu'en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, le préfet du Val-de-Marne n'a pas méconnu ces dispositions, ni entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.
11. En sixième lieu, M. B fait état de son entrée en France en mars 2018, de la présence en France d'un cousin et de son insertion professionnelle en qualité de menuisier. Toutefois, le requérant est célibataire et sans enfant sur le territoire français, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans et où résident son épouse et son enfant, alors qu'il ne justifie d'aucun lien privé et familial sur le territoire national inscrit dans la durée et la stabilité, ni d'aucune insertion particulière, l'intéressé ayant dû quitter son emploi de menuisier du fait de son état de santé. Ainsi compte tenu de sa durée de présence et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'est donc pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
13. En second lieu, si le requérant fait valoir qu'il est en droit de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet du Val-de-Marne ne pouvait prendre à son encontre une décision l'obligeant à quitter le territoire français, il résulte également de ce qui précède que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement est justifiée. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet du Val-de-Marne en date du 10 février 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le rapporteur,
P. C La présidente,
I. BILLANDON
Le greffier,
G. NGASSAKI
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026