mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2104665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2104665, par une requête, enregistrée le 18 mai 2021, M. A B, représenté par Me Desfarges, avocat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre une décision du 6 octobre 2020 portant notification d'un indu de revenu de solidarité active de 11 265,96 euros et de le décharger du paiement de cette somme ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Val-de-Marne de réexaminer sa situation, dans un délai quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse totale de cette dette ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département du Val-de-Marne une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision contestée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues à l'article R. 311-3-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte qu'elle a été privée d'une garantie ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- cette décision est entachée d'un vice de procédure, à défaut de saisine de la commission de recours amiable ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense, garantis notamment par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que les termes de la décision ne lui permettent pas de comprendre les faits qui lui sont reprochés et la base de calcul retenue, qu'elle n'a pu comparaître devant l'auteur de la décision et qu'elle n'a pas eu communication des conclusions du contrôleur ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation dès lors que c'est à tort que le président du conseil départemental a considéré qu'il ne justifiait pas d'une résidence stable et effective en France ;
- il sollicite, en application de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, le droit à l'erreur, dès lors notamment que l'indu mis à sa charge ne résulte pas de manœuvres frauduleuses.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, le département du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations.
M. A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
II. Sous le n° 2207124, par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Desfarges, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler le titre exécutoire n° 7356 émis le 27 juin 2022 par lequel le département du Val-de-Marne a mis à sa charge une somme de 11 165,86 euros ;
3°) de le décharger du paiement de cette somme ;
4°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le titre exécutoire litigieux, relatif à un indu de revenu de solidarité actif qui a été mis à sa charge, a été pris en méconnaissance du caractère suspensif de son recours contentieux, lequel est garanti par l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- à défaut de signature, ce titre méconnait l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales signature ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la somme mise à sa charge n'est pas fondée dès lors qu'il justifie d'une résidence stable et effective en France.
La requête a été communiquée au département du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations.
La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 aout 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
Par un courrier du 12 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, eu égard à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 9 avril 2024 à 11 heures.
Mme Lina Bousnane, rapporteure, a présenté son rapport au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, après appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B était allocataire du revenu de solidarité active depuis le mois de septembre 2018. Par une décision du 6 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne lui a notifié un indu d'un montant de 11 165,86 euros pour la période de février 2019 à septembre 2020. La caisse d'allocations familiales a mis fin aux droits de l'intéressé à compter du 30 novembre 2020. L'intéressé a introduit un recours administratif préalable obligatoire contre cet indu, lequel a implicitement été rejeté par le président du conseil départemental du Val-de-Marne. Le 27 juin 2022, le département du Val-de-Marne a émis un titre exécutoire n° 7356 tendant au recouvrement de cet indu de revenu de solidarité active. Par sa première requête n° 2104665, M. B demande au tribunal, à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le président du conseil département a implicitement confirmé la totalité de son indu de revenu de solidarité active et de le décharger du paiement de la somme mise à sa charge et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de cette dette. Par sa seconde requête n° 2207124, M. B demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire n° 7356 émis le 27 juin 2022 par le département du Val-de-Marne.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un même allocataire et concernent le même indu de revenu de solidarité active. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Par une décision du 31 août 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de l'instance n° 2207124. Dans ces conditions, sa demande présentée dans le cadre de cette-même instance et tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite confirmant un indu de 11 265,96 euros de revenu de solidarité active :
4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.
En ce qui concerne la régularité de la décision contestée :
5. En premier lieu, il résulte des termes mêmes du premier alinéa de l'article
L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration que cet alinéa ne s'applique que lorsqu'un traitement algorithmique a fondé, en tout ou partie, une décision individuelle. Ainsi, à supposer même qu'un traitement algorithmique de données ait eu une incidence sur le déclenchement du contrôle de la situation de M. B, il résulte de l'instruction que le contrôle a été effectué sur pièces et après échanges avec l'intéressé, de sorte que la décision notifiant les indus ne résulte pas elle-même d'un traitement algorithmique de données. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles
L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, lesquelles prévoient au demeurant leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Enfin, aux termes de l'article L. 231-4 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () ".
7. En l'espèce, M. B soutient qu'il n'est pas établi que l'auteur de la décision litigieuse ait bénéficié d'une délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée, alors que les décisions relatives au revenu de solidarité active sont de la compétence exclusive du président du conseil départemental. Il résulte toutefois de l'instruction que le recours administratif préalable obligatoire présenté par l'intéressé à l'encontre de la décision du 6 octobre 2020 de notification d'un indu de revenu de solidarité active a implicitement été rejeté, de sorte que cette décision résulte nécessairement du silence gardé par le président du conseil départemental du Val-de-Marne, autorité administrative saisie par le requérant en application de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse ne saurait qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 232-4 du même code dispose : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Enfin, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".
9. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet prise sur son recours préalable obligatoire. Par suite, l'intéressé ne peut utilement soutenir qu'aurait été méconnue l'obligation de motivation imposée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". L'article R. 262-89 du même code prévoit : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
11. Il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
12. En l'espèce, il résulte de l'article 6 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 7 avril 2017 entre le département du Val-de-Marne et la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, applicable au litige en vertu de l'avenant n° 2 signé le 12 juin 2020, que les contestations relatives au bien-fondé de l'indu et les demandes de remise de dette de revenu de solidarité active sont dispensées de l'avis de la commission de recours amiable. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de ladite commission de recours amiable.
13. En cinquième lieu, M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les droits de la défense dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire. Toutefois, il résulte des termes mêmes du rapport d'enquête en date du 28 septembre 2020 établi par le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, qui ne sont pas contestés par l'intéressé, que ce dernier a été informé de la possibilité d'apporter des précisions, modifications ou rectifications à ce rapport, ou de le contester, rapport qui a d'ailleurs été établi au terme d'un entretien avec l'intéressé. Par ailleurs, et en tout état de cause, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales de communiquer aux allocataires le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue de ce contrôle. Enfin, le requérant a pu utilement faire valoir ses observations dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé le 3 novembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit donc être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision contestée :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
15. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
16. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, à la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, dont le rapport d'enquête a été établi le 28 septembre 2020, il est apparu que M. B résidait de manière permanente à l'étranger depuis le mois de février 2019 de sorte qu'il avait indument perçu des prestations de revenu de solidarité active sur la période de février 2019 à septembre 2020. Si l'intéressé récuse une telle résidence permanente étrangère et soutient résider effectivement en France de manière stable, il résulte de l'instruction que celui-ci a déclaré, dans le cadre de son recours administratif préalable obligatoire, qu'il a passé plusieurs mois de prospection dans le Nevada en 2019 afin d'y ouvrir une crêperie, qu'il s'est rendu à New York entre le mois d'octobre 2019 et le début de l'année 2020 dans le but d'y ouvrir un autre restaurant et qu'il a rejoint son compagnon au Mexique au mois de mars 2020, et jusqu'à la réouverture des frontières, afin de pouvoir passer le confinement lié à l'épidémie de covid-19 en sa compagnie. Il résulte également de l'instruction, et notamment des pièces produites par le requérant lui-même, que celui-ci, d'une part, a effectué de nombreux séjours à Las Vegas, Mexico, New York et Cuba entre le mois d'avril 2019 et le mois de mars 2020, alors qu'il n'est rentré à Paris que ponctuellement sur cette période, et, d'autre part, qu'il s'est notamment investi dans une affaire américaine en février 2020 pour laquelle il a signé un bail commercial à New York. Il résulte ainsi de l'instruction que M. B a séjourné pendant de longues périodes aux Etats-Unis entre le mois de février 2019 et le mois de mars 2020 afin d'y implanter son activité professionnelle et qu'il s'est rendu de manière fréquente et prolongée au Mexique afin d'y rejoindre son compagnon. Dans ces conditions, eu égard au nombre, aux motifs et à la durée des séjours qu'il a effectués entre le mois de février 2019 et le mois de novembre 2020 au Mexique et aux Etats-Unis ainsi qu'aux liens professionnels et personnels qu'il entretient sur ces territoires, et en l'absence de toute pièce de nature à établir sa résidence en France sur la période litigieuse, M. B ne justifie pas avoir résidé en France de manière stable et effective pendant cette même période. Il suit de là que c'est à bon droit que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a confirmé le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge et d'un montant de 11 165,86 euros pour la période de février 2019 à septembre 2020.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
18. La décision contestée n'a pour objet que de récupérer les prestations de revenu de solidarité active indûment versées à l'intéressé et ne constitue dès lors, ni une sanction pécuniaire, ni une sanction consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due au sens des dispositions invoquées. Il suit de là que M. B ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement desdites dispositions, d'un " droit à l'erreur " pour contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 165,86 euros pour la période de février 2019 à septembre 2020. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 10 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et d'injonction.
Sur les conclusions à fin de remise :
20. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que, tout à la fois, si, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et si, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.
21. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision.
22. Il résulte de l'instruction que M. B a omis de déclarer à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne ses séjours à l'étranger, dont la durée excédait trois mois, alors qu'il a continué à souscrire tout au long de cette période à ses déclarations trimestrielles de ressources en vue de percevoir le revenu de solidarité active. Dans ces conditions, eu égard à la durée et au motif de ses séjours à l'étranger ainsi qu'au caractère réitéré de son omission déclarative, l'intéressé ne saurait être considéré de bonne foi de sorte qu'il ne peut, en tout état de cause, bénéficier de la remise gracieuse totale de sa dette de revenu de solidarité active. Sa demande doit, dès lors, être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire n° 7356 émis le 27 juin 2022 par le département du Val-de-Marne :
23. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet () les créances du département au président du conseil général. () Le président du conseil général constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. () ".
24. Lorsque la loi attache un caractère suspensif à l'exercice d'un recours administratif ou contentieux, l'exécution de la décision qui fait l'objet de ce recours ne peut plus être poursuivie jusqu'à ce qu'il ait été statué sur ce recours. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriale.
25. Il résulte de l'instruction que M. B a introduit un recours contentieux, enregistré le 22 novembre 2022 sous le n° 2104665, à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active lui ayant été notifié le 6 octobre 2020 pour un montant de 11 165,86 euros et qui est l'objet du titre exécutoire litigieux. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'avait pas été statué sur ce recours avant l'émission dudit titre le 27 juin 2022, le caractère suspensif du recours faisait obstacle à ce que la somme en cause lui soit réclamée par un titre exécutoire. Il suit de là que M. B est fondé, par le moyen tiré de la méconnaissance de l'article
L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, à demander l'annulation du titre exécutoire contesté.
26. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler le titre exécutoire n° 7356 émis le 27 juin 2022 par le département du Val-de-Marne pour un montant de 11 165,86 euros. Toutefois, eu égard au motif retenu et, par suite, à la régularisation dont la procédure de recouvrement est susceptible de faire l'objet sous réserve du respect des règles de prescription, l'annulation de cette décision n'implique pas nécessairement de prononcer la décharge de la créance en litige, mais uniquement de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme qui, par elle-même, n'éteint que l'exigibilité de cette créance.
Sur les frais du litige :
27. D'une part, dans le cadre de l'instance n° 2104665, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département du Val-de-Marne, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée sur ce fondement par M. B.
28. D'autre part, dans le cadre de l'instance n° 2207124, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de Val-de-Marne le versement à Me Desfarges de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La requête enregistrée sous le n° 2104665 est rejetée.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de l'instance n° 2207124.
Article 3 : Le titre exécutoire n° 7356 émis le 27 juin 2022 par le département du Val-de-Marne pour un montant de 11 165,86 euros est annulé.
Article 4 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 11 395,56 euros rendue exécutoire par le titre n° 7356 émis le 27 juin 2022. Cette décharge n'éteint que l'exigibilité de cette créance, qui résulte de ce titre, non la créance elle-même.
Article 5 : Il est mis à la charge du département de Val-de-Marne, dans le cadre de l'instance n° 2207124, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à verser à Me Desfarges, avocat de M. B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2207124 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Desfarges et au département du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au directeur de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne..
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
L. Bousnane
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2104665
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026