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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104799

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104799

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantDIAWARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2021, Mme A C, représentée par Me Diawara, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 8 mai 2021, en tant qu'il lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfecture du Val-de-Marne) le versement d'une somme de 1 000 euros à verser à son avocat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- le refus de " régularisation " de sa situation au regard du droit au séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;

- cette même décision est insuffisamment motivée ;

- celle-ci méconnaît son droit d'être entendue qu'elle tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en retenant le Mali comme pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office, la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée le 26 mai 2021 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2023 à 12 h 00.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante malienne, née le 31 décembre 1995 à Bandiougoula (Mali), est entrée en France le 5 février 2020 selon ses déclarations. L'intéressée, qui a demandé l'asile en France, a présenté une demande de régularisation de sa situation au regard du droit au séjour au titre de l'asile. La demande d'asile de Mme C a été rejetée par le directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 6 novembre 2020, laquelle a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 janvier 2021, notifiée le 16 février suivant. Par un arrêté du 8 mai 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé son admission au séjour, a retiré son attestation de demandeur d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. La requérante doit être regardée comme demandant, outre l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français contenue dans cet arrêté, celles portant refus de titre de séjour et fixation du pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Postérieurement à l'introduction de sa requête, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a plus lieu d'admettre à titre provisoire l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. La requérante peut être regardée comme soutenant que la préfète du Val-de-Marne a méconnu les stipulations susvisées en ne régularisant pas sa situation au regard du droit au séjour, eu égard à sa situation familiale et à son intégration dans la société française. Toutefois, l'intéressée, qui selon ses propres déclarations était présente sur le sol national depuis un an et trois mois seulement à la date de l'arrêté litigieux, se borne à faire valoir qu'elle y vit avec son concubin, ayant ainsi reconstitué sa cellule familiale, joignant à sa requête un compte rendu d'échographie dressé le 12 mai 2021 dans le cadre du suivi de sa grossesse. Or, ce faisant, en l'absence de la moindre précision, notamment sur la structure de sa cellule familiale, elle n'invoque, ni ne produit aux débats aucun élément démontrant que la préfète aurait, en refusant un titre de séjour à la requérante, porté une atteinte disproportionnée au droit de celle-ci au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen invoqué tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français contestée a été édictée à la suite du rejet définitif de la demande d'asile de Mme C, par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 janvier 2021, comme dit au point 1, sur le fondement des dispositions susvisées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme E B, signataire de l'arrêté en litige, cheffe du pôle asile au sein de la direction des migrations et de l'intégration, délégation pour signer les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français pris en application des dispositions figurant alors au 6° de l'article L. 511-1 du même code, désormais codifiées au 4° de l'article L. 611-1 de ce code. L'intéressée disposait ainsi d'une délégation régulière à l'effet de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

8. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1, mentionne en particulier que la demande d'asile de Mme C a fait l'objet d'un rejet définitif, et que l'intéressée ne peut dès lors prétendre à un titre de séjour délivré aux étrangers reconnus réfugiés, sur le fondement des dispositions auparavant codifiées aux article L. 314-11 8° et L. 313-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées respectivement aux articles L. 424-1 et L. 424-9 de ce code. Ces mentions énoncent de façon suffisante les éléments de fait et de droit qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de cette décision doit être écarté.

9. En troisième lieu, d'une part, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

10. D'autre part, toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

11. La requérante, en se bornant à invoquer un " manquement " au regard de son droit à être entendue avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français en litige, n'assortit pas le moyen qu'elle a entendu soulever de précision suffisante. En outre, ce faisant, l'intéressée n'allègue pas sérieusement n'avoir pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et préalablement à la décision en litige, ou encore, avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons qu'exposées au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant l'obligation de quitter le territoire français en litige, la préfète du Val-de-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si la requérante soutient que l'exécution de la décision d'éloignement édictée à son encontre l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants, elle n'apporte aucune précision à cet égard et n'établit pas la réalité ainsi que l'actualité de tels risques, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dernier lieu, la seule circonstance que le Mali ne figure pas dans la liste des pays d'origine considérés comme sûrs, au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne saurait suffire à démontrer que Mme C encourrait un risque personnel pour sa vie et sa liberté en cas de retour dans ce pays, ce que l'intéressée n'établit pas, ainsi qu'il vient d'être dit. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'en décidant que Mme C est susceptible d'être reconduite d'office au Mali, la préfète du Val -de-Marne aurait commis une erreur d'appréciation, ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Diawara.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.

La rapporteure,

S. DLa présidente,

M. F

La greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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