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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104884

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104884

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2021, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocate, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- celles-ci n'ont pas été édictées par une autorité compétente pour ce faire.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été précédé d'un examen individualisé de sa situation ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions alors codifiées à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il a été pris en violation des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour en litige ;

- les décisions susvisées violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation.

La requête a été communiquée le 27 mai 2021 au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 23 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 octobre 2021 à 12 h 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian, né le 2 mai 1974 à Bénin City (Nigéria), est entré en France le 28 février 2017, selon ses déclarations, muni d'une carte de résident longue durée-UE délivrée le 30 juin 2016 par les autorités italiennes. Il a sollicité, le 21 juin 2019, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 15 février 2021 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié depuis le 15 avril 2011 à une compatriote titulaire d'une carte de résident en France, valable jusqu'au 28 février 2027, avec laquelle il a eu trois enfants, respectivement âgés de 9, 3 et 1 ans à la date de l'arrêté attaqué, nés sur le territoire français pour les deux plus jeunes. Si le couple a d'abord vécu en Italie, et a connu une séparation après la naissance de leur fils aîné, selon les déclarations du requérant, ce dernier justifie de la reprise, en France, en 2017, de la vie commune, l'intéressé produisant en particulier deux attestations, établies les 28 novembre 2017 et 14 mai 2021, par le Samu social de Paris et l'association Empreintes, justifiant de l'hébergement quasi continu du ménage en France entre le 10 juillet 2017 et le 15 février 2021, date de l'arrêté attaqué. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A est mère d'un enfant français, né d'un tiers durant la période de séparation du couple, le 11 mars 2013. Enfin, les enfants du couple sont tous scolarisés en France, où en outre leurs deux fils aînés bénéficient d'une prise en charge de troubles autistiques importants, justifiant notamment d'un accompagnement adapté par les services d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) et de la nécessité de ce suivi, dans les mêmes conditions. Ainsi, alors même que M. A, selon les termes non contestés de l'arrêté en litige, ne dispose pas de ressources pour l'entretien de ses enfants, il justifie d'une durée d'environ trois ans et demi de séjour durable et de vie commune sur le sol national et, ce faisant, de l'intensité de ses attaches familiales en France, où son épouse, mère de leurs trois enfants, a vocation, eu égard à la nature de son titre de séjour et de sa qualité de mère d'un enfant de nationalité française, à résider, situation telle que le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté en litige a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté attaqué, des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être accueilli.

4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 15 février 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions susvisées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jaslet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 15 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à Me Jaslet, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour cette avocate de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Jaslet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.

La rapporteure,

S. CLa présidente,

M. D

La greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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