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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104897

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104897

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantGUEGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 mai 2021, le 21 juillet 2021, le 22 octobre 2021 et le 19 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Guegan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2021 par laquelle le maire de Saint-Mesmes s'est opposé au raccordement de la parcelle située 1 ruelle aux Prêtres, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux du 30 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Mesmes de délivrer un avis favorable au raccordement de sa parcelle située 1 ruelle aux Prêtres, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Mesmes une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif tiré de ce que la parcelle en cause est située dans un secteur non urbanisé de la commune est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme et de l'article N2 du plan local d'urbanisme ;

- le motif dont la substitution est sollicitée, et tenant à ce que la parcelle n'a jamais été raccordée et que le non-raccordement vise à éviter l'installation de gens du voyage est également entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme ;

- la construction présente sur la parcelle, à usage de garage, ancienne d'environ 70 ans et reconstruite à la suite d'un incendie, a été régulièrement édifiée, et n'a fait l'objet d'aucun changement de destination, ce qui n'est pas utilement contesté par la commune.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 juillet 2021, le 9 novembre 2021 et le 17 novembre 2021, la commune de Saint-Mesmes, représentée par Me de Jorna, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- suite à un incendie, la construction a été reconstruite sans permis de construire ;

- le changement de destination de garage vers habitation n'a pas été autorisé ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par lettre du 21 octobre 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 22 novembre 2021.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 7 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Toutias, rapporteur public.

Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme B le 27 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 22 janvier 2021, le maire de la commune de Saint-Mesmes a émis un avis défavorable au raccordement des parcelles ZB 22 et ZB 23, appartenant à Mme B et situées 1 ruelle aux Prêtres, en zone N du plan local d'urbanisme. Par un recours daté du 28 janvier 2021, la requérante a sollicité le retrait de cette décision. La requérante demande l'annulation de la décision du 22 janvier 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision en cause est fondée sur le motif tiré de ce que le terrain dont le raccordement au réseau d'électricité a été sollicité est situé en zone non urbanisée de la commune et de ce que ce raccordement occasionnerait des travaux sur le domaine public communal. Toutefois, ainsi que le soutient la requérante, aucune disposition d'urbanisme n'autorise l'autorité compétente à s'opposer au droit des usagers au raccordement au réseau pour ces motifs. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

3. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

4. La commune fait valoir dans ses mémoires en défense communiqués à la requérante que la décision attaquée est fondée sur l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, aux termes duquel : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ".

5. Il résulte de ces dispositions que le maire peut s'opposer, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale, et alors même que l'infraction pénale constituée par la construction sans autorisation serait prescrite, à un raccordement définitif aux réseaux publics des bâtiments, locaux ou installations dont la construction ou la transformation n'a pas été régulièrement autorisée ou agréée selon la législation en vigueur à la date de leur édification ou de leur transformation, ni régularisée depuis lors. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier, au regard des éléments apportés par le pétitionnaire, et le cas échéant des éléments que lui soumet l'administration, si la construction dont le raccordement aux réseaux est demandé peut être regardée, compte tenu de la date de son édification et des exigences applicables à cette date en matière d'autorisation de construire, comme ayant été régulièrement édifiée.

6. Aux termes de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un bâtiment régulièrement édifié vient à être détruit ou démoli, sa reconstruction à l'identique est autorisée dans un délai de dix ans nonobstant toute disposition d'urbanisme contraire, sauf si la carte communale, le plan local d'urbanisme ou le plan de prévention des risques naturels prévisibles en dispose autrement ". Toutefois, ces dispositions n'ont ni pour objet ou ni pour effet de dispenser la personne désireuse d'édifier une construction de solliciter un permis de construire avant d'entreprendre les travaux.

7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle en cause était propriété du père de la requérante depuis 1952 et qu'elle supportait dès l'origine un cabanon, devenu garage. Cette construction, d'une surface d'environ 55 m², a été reconstruite à l'identique en 2011, suite à un sinistre. La requérante, légataire de son père, est devenue propriétaire de la parcelle en cause en 2016. Si la régularité de la construction initiale n'est pas contestée par la commune, sa reconstruction en 2011 sans permis de construire n'est pas plus contestée par la requérante. Ainsi, en tout état de cause, quelle que soit la destination réelle de cette construction, la reconstruction de ce garage a été effectuée sans demande de permis de construire. Dans ces conditions, la circonstance que le maire n'a pas rédigé de procès-verbal d'infraction étant indifférente à cet égard, le maire pouvait, sans erreur de droit ou d'appréciation, s'opposer au raccordement de ce terrain en se fondant sur l'article L. 111-12 précité. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de l'instruction que le maire de Saint-Mesmes aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le fait que la construction avait été irrégulièrement reconstruite. Il y a lieu dès lors à procéder à la substitution demandée.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 janvier 2021 par laquelle le maire de Saint-Mesmes s'est opposé au raccordement de la parcelle située 1 ruelle aux Prêtres et la décision implicite de rejet du recours gracieux doivent être rejetées.

Sur l'injonction demandée :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Mesmes, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre des frais liés à l'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros à verser à la commune.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Saint-Mesmes la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Saint-Mesmes.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

M. Allègre, premier conseiller,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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