vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | KIOUNGOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai 2021 et 24 mars 2022, M. A B, représenté par Me Kioungou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Kioungou, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de la réalité et du sérieux de ses études et qu'il justifie d'attaches familiales sur le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mai 2021.
Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 5 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lacote, conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais né le 11 novembre 1994 à Brazzaville (République du Congo), qui est entré en France le 27 août 2016 sous couvert d'un visa étudiant, s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant à compter du 27 août 2017. L'intéressé a sollicité le 12 mars 2021 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 29 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui a refusé un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquée tiré du défaut de motivation :
2. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour de M. B comporte l'indication des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, suffisantes. A cet égard, la circonstance que la formation de M. B ne serait pas sanctionnée par l'obtention d'un diplôme est sans influence sur le caractère complet de cette motivation. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français vise les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à son fondement et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte que la décision refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire seraient entachées d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B. A cet égard, la circonstance que l'arrêté contesté indique que M. B dispose d'une attestation de fin de formation de fin de master en Cyber sécurité, sans avoir obtenu son diplôme, alors que sa formation ne devait pas être sanctionnée par l'obtention d'un diplôme, ne saurait relever un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que l'arrêté se fonde sur l'absence de caractère réel et sérieux de ses études à la date de son édiction pour lui refuser un titre de séjour en cette qualité et non sur le seul échec de la validation de son année quand bien même des solutions aurait été proposées au requérant tel qu'un redoublement ou la mobilisation de ses droits acquis au titre de son compte personnel de formation pour une validation des acquis de l'expérience. En outre, contrairement à ce qu'affirme l'intéressé, il ne ressort pas de l'arrêté contesté que sa situation familiale n'aurait pas été prise en compte, l'arrêté indiquant notamment qu'il est père d'un enfant.
4. En deuxième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 313-5-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle doit être en mesure de justifier qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens ". Aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". () ".
5. Lorsqu'il est saisi d'une demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", il appartient au préfet de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le caractère réel et sérieux des études est conditionné par la progression dans les études suivies par l'étudiant étranger et la cohérence du parcours universitaire.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est inscrit dans une formation en cyber-sécurité comprenant une phase pratique constituée d'un contrat d'apprentissage auprès de la société Equenswordline du 18 septembre 2017 au 31 août 2019 puis d'un contrat d'alternance du 2 septembre 2019 au 20 novembre 2020 auprès de la société S.I.I. et que cette formation devait déboucher sur une certification pour laquelle il a toutefois été ajourné par la commission chargée de la lui délivrer. La circonstance que son école lui a proposée, par courrier du 12 janvier 2021, le choix entre un redoublement, une validation des acquis professionnels dans 1 an minimum ou le passage en candidat libre de certaines épreuves ne saurait établir, à la date de l'arrêté contesté, le caractère réel des études de M. B, nonobstant la circonstance postérieure qu'il a fait le choix d'une validation des acquis de l'expérience. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur d'appréciation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 423-23 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".
8. M. B soutient qu'il est le père d'un enfant né le 10 décembre 2017 d'une compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 29 novembre 2029. Toutefois, en se bornant à produire une attestation peu circonstanciée de cette dernière et la preuve de virements de 150 euros par mois en moyenne de mai 2020 à novembre 2020 à la mère de l'enfant, soit dans les mois précédant l'édiction de la décision contestée dont la légalité s'apprécie à cette date, M. B n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. En outre, en se bornant à produire deux fiches de paie des mois d'avril et mars 2021, l'intéressé n'établit pas être titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er mars 2021 et, en tout état de cause, il n'établit pas une insertion professionnelle stable et inscrite dans la durée à la date de la décision contestée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui est entré en août 2016 sur le territoire français muni d'un titre de séjour étudiant qui ne lui donnait pas vocation à rester sur le territoire français après la fin de ses études, serait isolé dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 21 ans. Dans ces conditions, la décision attaquée du préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et ses moyens doivent être écartés.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, le moyen doit également être écarté.
11. En dernier lieu, et compte-tenu des considérations qui précèdent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. La décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, M. B n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2021 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Lacote, conseiller.
Lu en audience publique le 23 septembre 2022.
Le rapporteur,
J.-N. LACOTE
Le président,
S. DEWAILLY
La greffière,
C. SISTAC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026