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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105101

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105101

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantRENET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2021, M. A B, représenté par Me Renet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté n°2021 DII-15 n°220 du 9 avril 2021 par lequel la préfecture de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Il soutient que :

Les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet et d'une erreur de droit.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire national.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 février 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin, conseillère rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauricien né le 18 septembre 1985, déclare être entré en France pour la dernière fois le 11 mars 2017, après avoir séjourné sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de titre de séjour valable du 24 août 2010 au 24 août 2011. Il a demandé le 10 novembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ".

3. En l'espèce, s'agissant du refus de titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne mentionne notamment, contrairement à ce qu'allègue le requérant, l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, d'ailleurs, les dispositions de l'article L. 313-11 7° du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Il mentionne de manière précise et circonstanciée les conditions d'entrée et du séjour en France du requérant ainsi que sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Il ressort, en outre, du courriel du 10 novembre 2020 de l'association Saint-Vincent de Paul de Seine-et-Marne appuyant sa demande de titre de séjour, que l'intéressait sollicitait l'obtention d'un titre portant la mention " salarié ". En tout état de cause, le fait que le préfet a également procédé à un examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-14-1 du code précité, compte tenu de la situation professionnelle déclarée par le requérant dans le cadre de l'instruction de sa demande, n'est pas de nature à entacher la décision d'un défaut de motivation, cette obligation s'appréciant, indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire, cette décision, qui lorsqu'elle fait suite à un refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ce moyen doit être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort pas de la lecture des décisions attaquées, ni des pièces du dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

5.En troisième lieu, le préfet de Seine-et-Marne s'est prononcé sur la demande de M. B formulée au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard des critères posés par ce texte, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français et à celle fixant le pays de destination :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6.Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7.M. B invoque une durée cumulée de séjour en France de plus de huit années ainsi qu'une insertion sociale et professionnelle. Toutefois, il déclare avoir séjourné une première fois en France entre les mois d'avril et de mars 2009 sous couvert d'un visa étudiant, avant de résider une seconde fois sur le territoire national de 2010 à 2014, muni d'un visa étudiant. Il expose être retourné une nouvelle fois dans son pays d'origine entre les mois de novembre 2014 et de mars 2017 avant de revenir en France le 11 mars 2017, sous couvert d'un visa de court séjour ne l'autorisant pas à s'installer durablement en France. Il ne réside donc de manière continue en France que depuis le mois de mars 2017. Par ailleurs, il est célibataire, sans charge de famille en France et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il est retourné vivre à compter du mois de novembre 2014 durant deux années et demie après un séjour en France d'une durée d'environ quatre années, dont trois années en situation irrégulière. S'il a exercé plusieurs activités professionnelles entre le 29 avril 2017 et le 9 avril 2019, en qualité d'équipier, de valet de chambre, de plongeur puis de réceptionniste dans différents hôtels et produit également une attestation d'emploi par le 115 en qualité de cuisinier bénévole depuis le 10 septembre 2020, ces éléments ne suffisent pas à démontrer une présence régulière inscrite dans la durée et la stabilité. Il ne produit en outre aucun élément relatif aux études et diplômes qu'il aurait suivies ou obtenus en France. Il ne justifie donc ni de sa stabilité professionnelle ni de l'intensité de ses liens personnels en France Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8.Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination et tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, par les mêmes arguments que ceux soulevés à l'encontre de ces dernières, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2021, par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfecture de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Lu en audience publique le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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