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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105255

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105255

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUJNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2021, M. A C, représenté par Me Boujnah, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2021 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, le cas échéant, un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner la préfecture de Seine-et-Marne à lui verser une somme de 3 000 euros de dommages et intérêts ;

5°) de " condamner la préfecture de Seine-et-Marne à payer les entiers et dépens au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ".

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal que la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée tardivement et, à titre subsidiaire, que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2021.

Par une ordonnance du 25 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022 à midi.

Par une lettre du 5 avril 2022, notifiée le 6 avril suivant, M. C a été invité, en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser dans un délai de quinze jours les conclusions indemnitaires de sa requête par la production de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable ou, dans l'hypothèse où un rejet implicite aurait été opposé à cette demande, de la preuve de la réception par l'administration d'une telle réclamation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant ivoirien né le 7 avril 1989 à Bouake (Côte-d'Ivoire), qui est entré France en 2017 muni d'un visa de type D délivré par les autorités suisses à Abidjan valable du 22 mai 2017 au 18 août 2017, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 19 mai 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 août 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. C. Par suite, cette demande est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'indemnisation :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

5. Il résulte de l'instruction que M. C demande au tribunal de condamner la préfecture de Seine-et-Marne à lui verser une somme de 3 000 euros de dommages et intérêts. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. C a saisi le préfet de Seine-et-Marne d'une demande indemnitaire préalable à la saisine du juge administratif. En dépit de la demande de régularisation dans un délai de quinze jour qui lui a été adressée par lettre du 5 avril 2022, notifiée le 6 avril suivant, M. C n'a pas, à l'expiration du délai qui lui était imparti, régularisé sa requête par la production de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable ou de la preuve de la réception par l'administration d'une telle réclamation. Ainsi, en l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires présentées par M. C sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet s'est fondé sur les motifs, d'une part, de ce que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française en se fondant en particulier sur la circonstance qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny, le 2 octobre 2018, à cinq ans d'emprisonnement pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour faciliter un crime ou un délit, suivi de libération avant 7 jours et pour extorsion par violence, menace ou contrainte et a fait l'objet d'une levé d'écrou le 7 mai 2020 et, d'autre part, qu'en dépit de l'avis favorable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 août 2020 à ce que les soins qu'il reçoit soit poursuivis sur le territoire pendant une durée de 12 mois, le médecin conseil du consulat de France à Abidjan contacté a affirmé par courriel du 29 avril 2021 que les personnes vivant avec le virus de l'immunodéficience humaine en Côte-d'Ivoire sont prises en charge dans des centres de distributions gratuite des médicaments adaptés et que l'intéressé peut donc effectivement y poursuivre son traitement. M. C, qui se borne à produire un compte rendu de consultation médicale du 8 avril 2021 indiquant qu'il est atteint du virus de l'immunodéficience humaine depuis 2006 et qu'il a arrêté son traitement depuis un an à défaut de couverture sociale sans même soutenir qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, n'apporte aucun élément ni argument de nature à remettre en cause les motifs de cette décision. Par suite, et alors qu'en tout état de cause, le comportement pénalement répréhensible du requérant doit être regardé, en dépit de son caractère isolé, comme constituant une menace à l'ordre public justifiant le rejet de sa demande, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions contestées méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En se bornant à soutenir qu'il réside en France depuis 2012, ce qu'il n'établit au demeurant pas, et à produire un diplôme initial de langue française et une attestation de formation " communiquer au travail " sanctionnant 11 heures de présence, alors qu'il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille sur le territoire français et qu'il n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 34 ans, M. C, qui représente au demeurant, ainsi qu'il a été dit, un trouble à l'ordre public constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées ont porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si M. C soutient que les décisions contestées méconnaissent les stipulations précitées, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2021 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Boujnah et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruno-Salel, présidente,

M. Lacote, conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.

Le rapporteur,

J.-N. B

La présidente,

C. BRUNO-SALEL

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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