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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105663

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105663

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2021, M B C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le préfet de l'Eure a suspendu son permis de conduire pour une durée de neuf mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en droit et en fait et méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du même code ;

- elle ne précise pas la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre en méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route ;

- aucun élément du dossier n'indique l'identité de l'appareil ayant servi à enregistrer l'infraction qui lui est reprochée, ni ne permet de vérifier son homologation, ni ne précise l'identité de l'organisme vérificateur, en méconnaissance des articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route et des articles 36 et suivants du décret n° 2001-387 du 3 mai 2001

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est titulaire d'un permis de conduire délivré le 27 septembre 2001. A la suite d'un contrôle routier opéré le 1er juin 2021, son permis de conduire a fait l'objet d'une rétention après qu'aient été relevés à son encontre l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et un excès de vitesse de plus de 40 km/h. Par une décision du 4 juin 2021, le préfet de l'Eure a prononcé la suspension administrative du permis de conduire de M. C pour une durée de neuf mois. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions des articles L. 224-1 à L. 224-3 et L. 224-7 du code de la route, le représentant de l'État dans le département peut prendre des mesures de suspension du permis de conduire à l'encontre des personnes soupçonnées d'avoir commis certaines infractions. Il résulte en particulier des dispositions des articles L. 224-1 et L. 224-2 que, lorsqu'un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et que le véhicule est intercepté ou lorsque le conducteur conduit après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, le permis de conduire du conducteur est retenu à titre conservatoire par les officiers ou agents de police judiciaire et que le préfet peut alors, dans un délai de soixante-douze heures, en prononcer la suspension pour une durée maximale de six mois, pouvant être portée à un an en cas de conduite après usage de plantes ou substances classées comme stupéfiants.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Au sens de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions du code de la route applicables, notamment ses articles L. 224-1 et L. 224-2. Elle mentionne que M. C a, le 1er juin 2021, fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, que les vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route ont établi l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, que M. C a commis un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée, en précisant la vitesse autorisée de 90 km/h et la vitesse retenue de 131 km/h, et qu'il représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Ainsi, cette décision, qui mentionne clairement la nature de l'infraction reprochée et les dispositions du code de la route la réprimant, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et répond à l'obligation de motivation résultant des dispositions précitées. La circonstance que seule la vitesse retenue et non la vitesse constatée est indiquée est sans incidence sur la légalité de l'acte dès lors, d'une part, que l'excès de vitesse de plus de 40 km/h est indiqué et d'autre part, que l'avis de rétention qui a précédé la mesure de suspension de permis dont a été destinataire l'intéressé faisait mention de la vitesse constatée et de la vitesse retenue. En tout état de cause, la motivation de la décision attaquée ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". De même, au sens de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / () ".

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur à l'origine d'un excès de vitesse de plus de 40 km/h retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit ci-avant, que le 1er juin 2021, M. C conduisait sous l'emprise de plantes ou substances classées comme stupéfiants, a commis un excès de vitesse de plus de 40 km/h et a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire. Pour faire usage de la possibilité qu'il tenait de l'article L. 224-2 du code de la route de suspendre son permis de conduire pour une durée de neuf mois, le préfet de l'Eure, compte tenu du délai de 72 heures dans lequel s'exerçait son action et eu égard au danger grave et immédiat que représentait l'intéressé pour la sécurité, n'était pas tenu de suivre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route, dans sa rédaction issue du décret du 3 novembre 2017 : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; / 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus. ".

9. Il résulte des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Eure a, en application de l'article R. 221-13 du code de la route, subordonné la restitution de son permis de conduire au requérant à une visite médicale devant la commission médicale, avant la fin de la mesure de suspension, et une décision d'aptitude médicale. Par suite, M. C a reçu les informations relatives à la nature des examens médicaux qu'il devait passer afin de pouvoir récupérer son permis de conduire à l'échéance prévue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route doit être écarté.

10. En dernier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la décision de suspension ou l'avis de rétention de permis de conduire sur lequel est fondée la décision de suspension contestée mentionnent les informations relatives à l'identification de l'appareil utilisé pendant le contrôle ainsi que sa date et ses conditions de vérification et d'homologation. Par suite, le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 juin 2021 par lequel le préfet de l'Eure a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

M. DLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2105663

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