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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105769

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105769

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105769
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPESCHANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2021, Mme C A, représentée par Me Peschanski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Peschanski, son conseil, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Mme A soutient que :

- sa requête est recevable.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ; l'exposé sommaire et lacunaire des motifs ne lui permet pas de comprendre les raisons du refus que lui est opposé ; le préfet de Seine-et-Marne n'a pas justifié les motifs retenus pour refuser de lui délivrer un titre de séjour ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur d'appréciation des faits ;

- le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit en l'excluant automatiquement du bénéfice des dispositions du 2° l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison d'une suspicion de fraude ; le préfet de Seine-et-Marne a méconnu l'autorité de la chose jugée attachée à l'ordonnance de placement provisoire du parquet des mineurs du tribunal de grande instance de Paris du 18 novembre 2017 et du jugement du tribunal pour enfants de B du 12 juillet 2018 reconnaissant sa minorité ; le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 313-11 qu'il a méconnues ;

- le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard tant des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- ses attaches privées et familiales lui permettent de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° et du 2 bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; dès lors la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision portant délai de départ volontaire méconnaît les dispositions du II de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 25 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 décembre 2022 à 12 heures.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- et les observations de Me Siran, substituant Me Peschanski et représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 1er décembre 2002 à Daloa (Côte d'Ivoire), a sollicité, le 13 novembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 2 bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celui des dispositions du 2 de ce même article en raison d'une erreur matérielle affectant les écritures de l'intéressée. Par un arrêté du 9 avril 2021, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de B. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée ; / () ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date des décisions attaquées : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. / () ". L'article 47 du code civil, dans sa version alors applicable, dispose que : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. A l'appui de sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions du 2 bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme A a, pour justifier son identité, produit un acte de naissance remis en cause par le préfet de Seine-et-Marne, qui a relevé, ainsi que cela ressort de la décision attaquée, que " ce document après contrôle réglementaire s'est avéré manifestement irrecevable ". Il en a conclu, après avoir indiqué qu'il avait fait un signalement au procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale et qu'il appartenait au préfet de faire échec à une demande de titre de séjour en cas de fraude, que Mme A ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions du 2 bis de l'article L. 313-11. Toutefois, le préfet de Seine-et-Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation en défense ni aucun document reprenant les conclusions du contrôle réglementaire de l'acte de naissance de la requérante de nature à justifier le caractère manifestement irrecevable du document produit dans le cadre de l'instruction de la demande de Mme A. Or, la requérante produit l'extrait de son acte de naissance, délivré le 22 septembre 2022 par l'officier d'état civil de Daloa, indiquant qu'elle est née le 1er décembre 2002 et portant la mention de la " transcription du jugement supplétif de l'acte de naissance n° 528 du 23 août 2021 rendu par le tribunal de première instance de Daloa " ainsi que le soit transmis du 13 septembre 2021 par lequel le procureur de la République près le tribunal de première instance de Daloa a transmis au maire de cette commune " pour exécution [de] l'ordonnance n° 528 du 23/08/2021 du Tribunal de Première Instance de Daloa " par laquelle le président du tribunal a ordonné la transcription de l'acte de naissance n° 5130 du 31 décembre 2002 établi au centre d'état civil de la mairie sur ses registres de naissance de l'année en cours au nom de C A. L'intéressée a, également, produit la copie de son passeport, valable jusqu'au 25 avril 2024, délivré à Daloa le 26 avril 2019 et corroborant les informations tenant à son âge telles que figurant sur l'extrait de son acte de naissance. Dans ces conditions, l'état civil de Mme A doit être regardé comme établi et le préfet de Seine-et-Marne ne peut être regardé comme renversant la présomption d'exactitude figurant dans l'acte d'état civil produit par l'intéressée. Par suite, en rejetant la demande de titre de séjour présentée par Mme A au motif d'une fraude entachant l'acte de naissance produit, le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions citées au point 3. du présent jugement.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard eu motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de Seine-et-Marne, ou tout autre préfet territorialement compétent, réexamine la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Peschanski, conseil de la requérante, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 9 avril 2021 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Peschanski, conseil de Mme A, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105769

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