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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105927

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105927

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPAULHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2021, M. A B, représenté par Me Paulhac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 avril 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir avec effet rétroactif dans ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son placement en situation de fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. Cyril Dayon, conseiller, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan ayant demandé l'asile, a accepté le 8 octobre 2020 les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées. Par une décision du 13 avril 2021, dont M. B demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 septembre 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, qui est devenue sans objet.

Sur les surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les textes applicables et relève que M. B a méconnu l'obligation de se présenter aux autorités, qu'il a été invité à présenter des observations par une lettre du 12 mars 2021 l'informant de l'intention du directeur général de l'OFII de suspendre, pour ce motif, les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et que sa situation ne présente aucun facteur de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dans sa rédaction applicable au présent litige : " La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Ces dispositions doivent être interprétées en ce sens qu'il est également possible pour l'OFII, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées le 8 octobre 2020 à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique de la préfecture du Val-de-Marne. Par un arrêté du 9 novembre 2020, le préfet du Val-de-Marne a prononcé le transfert de la demande d'asile de M. B aux autorités slovènes qui a été convoqué par une lettre du 10 novembre 2020 à des entretiens en vue de sa remise aux autorités slovènes le 26 janvier, le 16 février et le 3 mars 2021. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été avisé le 13 novembre 2020, à l'adresse qu'il avait indiquée, de la mise en instance, dans un bureau de poste, du pli contenant cette lettre, qu'il n'a pas réclamé. M. B s'est seulement présenté à la préfecture du Val-de-Marne que le 25 mars 2021, soit près de 3 mois après la première convocation. Dans ces conditions, M. B, qui doit être regardé comme ayant été régulièrement convoqué aux rendez-vous qui lui ont été fixés et qui n'apporte aucun élément de nature à justifier son absence, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige fait une inexacte application des dispositions citées au point 6.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

M. Dominique Binet, premier conseiller,

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. Dayon

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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