vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105941 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre, JU |
| Avocat requérant | PITTI-FERRANDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2021 et 8 décembre 2022, Mme C A, représentée par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le maire de Champigny-sur-Marne a implicitement rejeté sa demande tendant à ce qu'il soit procédé à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019 ;
2°) d'enjoindre à la maire de Champigny-sur-Marne de procéder à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été prise en méconnaissance de l'article 76 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- le mémoire en défense présenté par la commune de Champigny-sur-Marne est irrecevable, en l'absence de production d'une délibération du conseil municipal régulièrement publiée autorisant le maire à la défendre dans la présente instance.
Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 12 juillet 2022 et 12 décembre 2022, la commune de Champigny-sur-Marne, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 92-850 du 28 août 1992 ;
- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mentfakh, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mentfakh, première conseillère,
- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Morel, substituant Me Pitti-Ferrandi, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, agente titulaire relevant du cadre d'emplois des agents techniques territoriaux, a été recrutée, à compter du 27 novembre 2002, au sein de la commune de Champigny-sur-Marne.
2. Par un courrier du 19 mars 2021, reçu le 25 mars 2021, elle a saisi le maire de Champigny-sur-Marne d'une demande tendant à ce qu'il soit procédé à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
3. Aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice. " Selon l'article L. 2122-22 de ce code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.
4. Il résulte de l'instruction que, par une délibération du 18 novembre 2020, le conseil municipal de Champigny-sur-Marne a, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, donné à M. D B, son maire, délégation pour agir en justice, en reproduisant les termes du 16° de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales. Cette délégation lui a conféré qualité pour agir en justice au nom de la commune ou la défendre dans les actions intentées contre elle dans tous les domaines du droit et devant toutes les juridictions devant lesquelles la commune peut être attraite en justice. L'irrecevabilité du mémoire en défense invoquée par la requérante doit, dès lors, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. D'une part, aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " La valeur professionnelle des fonctionnaires fait l'objet d'une appréciation qui se fonde sur une évaluation individuelle donnant lieu à un compte rendu qui leur est communiqué. ". L'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, désormais codifié à l'article L. 521-1 et suivants du même code, dispose : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. Ce compte rendu est visé par l'autorité territoriale qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. Lors de l'entretien professionnel annuel, les fonctionnaires reçoivent une information sur l'ouverture et l'utilisation de leurs droits afférents au compte prévu à l'article 22 quater de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée. / A la demande de l'intéressé, la commission administrative paritaire peut demander la révision du compte rendu de l'entretien professionnel () ". L'article 3 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux prévoit : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des évolutions prévisibles en matière d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, ses capacités d'encadrement ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ainsi que l'accomplissement de ses formations obligatoires. 7° Les perspectives d'évolution professionnelle du fonctionnaire en termes de carrière et de mobilité () ". L'article 4 du même décret dispose : " Les critères à partir desquels la valeur professionnelle du fonctionnaire est appréciée, au terme de cet entretien, sont fonction de la nature des tâches qui lui sont confiées et du niveau de responsabilité assumé. Ces critères, fixés après avis du comité technique, portent notamment sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par l'agent et la réalisation des objectifs ; / 2° Les compétences professionnelles et techniques ; / 3° Les qualités relationnelles ; / 4° La capacité d'encadrement ou d'expertise ou, le cas échéant, à exercer des fonctions d'un niveau supérieur. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 16 décembre 2014 susvisé : " Le présent décret s'applique à tous les corps, cadre d'emplois ou emplois de la fonction publique territoriale dotés d'un statut particulier. ". D'autre part, aux termes de l'article 15 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " La valeur professionnelle des membres de ce cadre d'emplois est appréciée dans les conditions prévues par le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux. ".
6. S'il résulte des dispositions précitées que, sauf dérogation prévue par les statuts particuliers, doit être attribuée chaque année à tout fonctionnaire en activité une note chiffrée accompagnée d'une appréciation écrite exprimant sa valeur professionnelle, l'application de ces dispositions est subordonnée à la présence effective du fonctionnaire au cours de l'année en cause pendant une durée suffisante, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées, pour permettre à son chef de service d'apprécier sa valeur professionnelle.
7. Il est constant qu'en 2013, à la suite d'un accident de service et dans le cadre de son reclassement, Mme A a été affectée au pôle mobilité recrutement au sein du service des ressources humaines de la commune de Champigny-sur-Marne. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année 2019, l'intéressée a exercé ses fonctions au sein de la collectivité territoriale du 1er juin au 27 octobre 2019. Il ressort également des pièces du dossier qu'à compter du 18 juillet 2019, elle a débuté une nouvelle mission sur un poste administratif au sein du service des ressources humaines. Alors qu'initialement, elle n'avait été envisagée que pour une durée de deux mois, la requérante établit que son employeur avait prévu dans la fiche de poste correspondante à la mission confiée la réalisation d'un bilan à l'issue de celle-ci. Si, en défense, l'administration fait valoir que compte tenu de la période de présence et eu égard à la nature des tâches accomplies par l'agente, il n'y avait pas lieu de procéder à une évaluation professionnelle pour cette période, celle-ci n'apporte aucune pièce ou précision de nature à établir que la nature des tâches accomplies par l'intéressée rendait effectivement impossible toute évaluation professionnelle au titre de l'année 2019. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la durée de près de cinq mois durant laquelle la requérante a effectivement été présente à son poste est de nature à revêtir un caractère suffisant, nonobstant la circonstance invoquée en défense que l'intéressée aurait pris huit jours et demi de congés et bénéficié de dix jours de formation sur cette période. Aussi, la circonstance que Mme A ait été en congé maladie toute l'année 2020 ne faisait pas obstacle à ce que la commune de Champigny-sur-Marne procède à son évaluation à son retour de congé et, notamment, après la demande en ce sens de l'intéressée au début de l'année 2021. Dans ces conditions, en estimant qu'il n'était pas en mesure d'apprécier la valeur professionnelle de Mme A compte tenu tant des fonctions qui lui étaient confiées que de la durée de sa présence effective au cours de l'année considérée, le maire de Champigny-sur-Marne a méconnu les dispositions précitées de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 mai 2021 par laquelle le maire de Champigny-sur-Marne a implicitement rejeté sa demande tendant à ce qu'il soit procédé à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
10. L'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que, sauf changement de circonstances de droit ou de fait sur la situation de la requérante, le maire de Champigny-sur-Marne procède à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'autorité territoriale d'y procéder, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le défendeur sur ce même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 25 mai 2021 par laquelle le maire de Champigny-sur-Marne a implicitement rejeté la demande de Mme A tendant à ce qu'il soit procédé à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Champigny-sur-Marne, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, de procéder à l'évaluation professionnelle de Mme A au titre de l'année 2019, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Champigny-sur-Marne versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Champigny-sur-Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Champigny-sur-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 février 2023.
La magistrate désignée,
L. MENTFAKH
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026