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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105993

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105993

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105993
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantRICCARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2021 et 1er octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Riccardi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2020 par lequel le maire de Fontainebleau l'a suspendue de ses fonctions à compter du 4 janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fontainebleau la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A doit être regardée comme soutenant que :

- la décision attaquée n'est pas signée par l'autorité décisionnaire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil de discipline n'a pas été saisi ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de droit dès lors, d'une part, que le maire ne pouvait fonder sa décision sur l'intérêt du service et sur l'existence d'une faute grave et, d'autre part, qu'elle ne comporte aucune limitation de durée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 juillet 2021 et 18 octobre 2022, présentés par Me de Faÿ, la commune de Fontainebleau, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 23 octobre 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,

- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de Me Riccardi, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerce les fonctions de directrice d'accueil périscolaire au sein de la commune de Fontainebleau. Suite à un signalement d'une des animatrices travaillant sous sa responsabilité et à différents entretiens d'agents menés par la directrice des ressources humaines et par le supérieur hiérarchique direct de Mme A, le maire de Fontainebleau a décidé par un arrêté du 31 décembre 2020 de suspendre cette dernière de ses fonctions à compter du 4 janvier 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, une mesure de suspension de ses fonctions prise à l'encontre d'un fonctionnaire est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Elle n'est donc pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, alors applicable : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / () / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. () ".

4. Ces dispositions, qui ont imparti à l'administration un délai de quatre mois pour statuer sur le cas d'un fonctionnaire ayant fait l'objet d'une mesure de suspension, ont pour objet de limiter les effets dans le temps de cette mesure sans qu'aucun texte n'enferme dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire ni même fasse obligation à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'engager une procédure disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été suivie de la saisine du conseil de discipline, doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, la requérante soutient que le maire ne pouvait fonder la décision de suspension sur l'intérêt du service, motif qui serait contradictoire avec celui tiré de l'existence d'une faute grave. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 que la suspension est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service, en cas de faute grave commise par un fonctionnaire. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le maire de Fontainebleau a pu fonder sa décision sur l'existence d'une faute grave et sur l'intérêt du service.

6. En quatrième lieu, les dispositions précitées de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 trouvent à s'appliquer dès lors que les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. De plus, cette condition s'apprécie à la date de la décision de suspension, au regard des informations dont disposait l'administration.

7. Au cas particulier, Mme A soutient que les motifs qui fondent sa suspension sont imprécis et que les faits invoqués par le maire de Fontainebleau ne sont pas établis. Toutefois, il ressort des témoignages détaillés et concordants de plusieurs agents d'animation placés sous la responsabilité de Mme A, recueillis dans le cadre d'une enquête administrative initiée par les responsables hiérarchiques de l'intéressée, que celle-ci tenait régulièrement des propos dénigrants envers certains agents auprès de leurs collègues, qu'elle employait des méthodes managériales fondées sur la menace de baisses de rémunération et sur la crainte d'un licenciement, qu'elle adoptait des discours contradictoires selon ses interlocuteurs et déloyaux envers sa hiérarchie, et que cette attitude générale contribuait à alimenter les dissensions au sein de l'équipe et à dégrader l'ambiance de travail au détriment de la qualité du service rendu aux enfants. Ces seuls éléments, en dépit de l'existence d'autres témoignages minoritaires soulignant le professionnalisme de Mme A, présentaient à la date de la décision attaquée un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. Contrairement à ce que soutient la requérante, la circonstance que le maire de Fontainebleau n'a prononcé, à la suite de sa suspension, aucune sanction disciplinaire à son encontre est sans incidence. Par suite, cette même autorité n'a pas commis d'erreur d'appréciation en décidant la suspension conservatoire de Mme A, qui n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, alors applicables, la situation du fonctionnaire suspendu " doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions ".

9. Il ne résulte pas de ces dispositions que l'administration serait tenue de fixer la durée de suspension dans la décision la prononçant. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 31 décembre 2020 ne comporte aucune limitation de durée est inopérant et doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Fontainebleau, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme que la commune de Fontainebleau demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la commune de Fontainebleau sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Fontainebleau.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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